En décembre, l'astronaute canadien David Saint-Jacques a tenu une conférence de presse depuis la Station spatiale internationale.

Terra incognita

CHRONIQUE / Si, comme moi, vous êtes des passionnés d’astronomie, je suppose que vous suivez la mission de l’astronaute canadien David Saint-Jacques, actuellement en orbite autour de la Terre dans la Station spatiale internationale. Pendant son affectation dans l’espace, qui devrait durer plus de six mois, ce dernier effectuera une série d’expériences scientifiques, notamment dans les domaines de la robotique et des nouvelles technologies. Mais à quoi bon tout cela, me demanderez-vous ? C’est une question légitime : à quoi sert l’exploration spatiale ?

Il y a plusieurs façons de répondre à cette question. Personnellement, puisque je suis professeur de philosophie, j’ai toujours pensé que l’exploration spatiale répondait à un besoin humain fondamental, soit celui d’explorer et de repousser toujours davantage les limites de la connaissance et du monde connu. À mes yeux, il y a d’ailleurs de nombreuses ressemblances entre la philosophie et l’astronomie, à commencer par le fait que ce sont deux disciplines qui stimulent la réflexion et l’imaginaire. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de se pencher sur la condition humaine, sur notre passé, notre présent et notre avenir, et qui plus est sur la place que nous occupons dans l’univers.

C’est dans la nature de la bête, comme on dit. Les êtres humains sont effectivement des explorateurs, pour ne pas dire des conquérants, donc ils ne se contentent jamais de rester là où ils sont, ni des réponses toutes faites. Ils en veulent toujours plus – pour le meilleur et pour le pire. En ce sens, les astronautes sont les navigateurs de notre temps, comme le furent autrefois Colomb, Magellan et Cook. La conquête spatiale nous permet ainsi de poursuivre le voyage qu’ils ont entamé pour nous. Un voyage vers la terra incognita (du latin signifiant « terre inconnue »).

Bon, c’est bien beau tout ça, mais je sens que vous n’êtes pas tous convaincus. N’y aurait-il pas d’autres priorités, me demanderez-vous ? N’y a-t-il pas des besoins plus criants auxquels nous devrions répondre ici-même, sur Terre ? Ce faisant, est-ce vraiment raisonnable d’engouffrer des milliards de dollars dans l’exploration spatiale alors que des enfants souffrent de malnutrition un peu partout dans le monde ? Bref, à quoi sert CONCRÈTEMENT l’exploration spatiale ?

Vous serez peut-être surpris de l’apprendre, mais depuis le début de l’ère spatiale, de nombreuses avancées et découvertes scientifiques ont été faites et nous pouvons maintenant en bénéficier au quotidien, sans nécessairement en avoir conscience. Le principe est simple : pour aller dans l’espace, nous avons été forcés d’innover, de développer des technologies très avancées. D’abord conçues pour aller dans l’espace, ces technologies trouvent ensuite diverses applications concrètes sur Terre, dans des domaines connexes.

Vous voulez des exemples ? Pour cela, je vous réfère au livre 100 inventions tombées du ciel, de Jean-François Pellerin, que j’ai découvert grâce à Astronogeek, une excellente chaîne YouTube dédiée à l’astronomie et à la vulgarisation scientifique. Je ne vais cependant pas vous laisser en plan, voici donc une courte liste d’inventions ou d’avancées technologiques que nous devons à la conquête spatiale :

• le GPS (qui fonctionne grâce aux satellites qui orbitent autour de la Terre) ;

• les systèmes de recyclage et de stérilisation de l’air dans les avions (pour la pressurisation des cabines) ;

• les pompes des cœurs artificielles ;

• les préparations pour bébés malades et/ou prématurés ;

• les couches jetables hyper absorbantes (je vous laisse imaginer pourquoi).

Au final, il y aura probablement toujours des gens pour dire que l’exploration spatiale est un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir, que nous avons des problèmes plus urgents et immédiats à régler. Je comprends cela, mais je crois par ailleurs que nous devons aussi penser à long terme, car le jour où nous aurons peut-être besoin de quitter cette planète pour en coloniser une autre, nous serons grandement redevables de ces pionniers qui ont pris la peine de nous paver la voie.