Spectacle aérien de Bagotville.

Renoncer, c’est payant!

CHRONIQUE / Rassurez-vous, amis motoneigistes, je n’ai pas l’intention de m’acharner sur votre cas. Il est vrai que, dans une récente chronique, j’ai été un peu sévère à votre endroit, mais vous me l’avez bien rendu ! De toute façon, si j’ai choisi de m’en prendre à vous, sachez que ce n’est pas parce que je vous considère pires que les autres, mais simplement parce que vous incarnez un symbole. Bref, je vous ai cités en exemple, mais il n’en demeure pas moins que la réflexion à laquelle je vous ai soumis, elle s’adresse à nous tous, moi le premier.

En effet, nous avons tous des « plaisirs coupables » dont nous arrivons difficilement à nous passer, même si nous savons pertinemment qu’il s’agit de mauvais choix. Personnellement, j’ai toujours eu un faible pour les avions de chasse. Vous n’imaginez même pas à quel point il me sera difficile de résister à la tentation d’assister au spectacle aérien de Bagotville l’été prochain. Mais puisque le plaisir n’est pas tout dans la vie, je crois que je vais rester chez moi plutôt que de me déplacer pour regarder des avions brûler tout ce précieux carburant, simplement pour me divertir. Je vais essayer, du moins. La malbouffe est aussi un bon exemple. Nous savons tous que c’est mauvais pour notre santé et pour l’environnement, mais puisque ça goûte bon, nous n’arrivons généralement pas à y renoncer. La plupart d’entre nous n’essaient d’ailleurs même pas. Au mieux, nous réduisons un peu notre consommation, mais sans plus. Pourquoi ? Parce que le plaisir que nous procurent ces aliments est si fort que nous sommes prêts à assumer les risques. Comme quoi la quête du plaisir peut parfois nous pousser à prendre des décisions irrationnelles.

Pour cette raison, je suis d’avis que c’est une erreur d’accorder autant d’importance au plaisir dans la vie. Je crois par ailleurs que le plaisir est quelque chose de beaucoup trop fugace et arbitraire pour constituer la véritable source du bonheur. Mais qu’importe, je comprends et je respecte les gens qui pensent le contraire. Qui plus est, un peu de plaisir ne peut certainement pas faire de mal. Là où le bât blesse, c’est lorsque le plaisir devient si important qu’il prend le pas sur n’importe quelle autre considération.

À ce propos – et question de rester dans le domaine de l’alimentation –, j’aimerais vous parler de la consommation de viande. D’entrée de jeu, je ne vous ferai pas de cachette. Je suis végétarien depuis maintenant près d’un an. Par contre, je ne vous cacherai pas non plus que ce n’est pas toujours facile. La consommation de viande est tellement ancrée dans notre culture et dans nos habitudes qu’il est souvent très difficile d’y échapper. Renoncer à la viande, ce n’est donc pas seulement renoncer à un plaisir, mais aussi à « faire partie de la gang ».

Sauf que, ne lui en déplaise, tout indique que la gang est en train de saboter la planète avec sa consommation excessive de viande. En effet, plusieurs indicateurs tendent à démontrer que l’augmentation de la consommation de viande, en plus de contribuer aux changements climatiques, constitue une importante menace pour la biodiversité. Bon, je sais, vous allez encore me reprocher de vous faire la morale ou d’être un « casseux de party », mais que voulez-vous, les faits sont têtus. Et si nous souhaitons léguer un futur viable à nos petits-enfants, il faudra bien en tenir compte et accepter de faire certains sacrifices.

Mais tous ces « petits » sacrifices n’ont rien d’aisés, j’en sais quelque chose. Cela dit, aussi étrange que cela puisse paraître, il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans le renoncement. Moralement et physiquement, on y gagne vraiment quelque chose. En réduisant significativement votre consommation de viande, par exemple, non seulement vous contribuerez à améliorer le sort de la planète, mais aussi votre propre sort. Car, oui, en dépit de certains préjugés tenaces, il est maintenant reconnu que manger moins de viande – voire pas de viande du tout – a de nombreux effets bénéfiques sur la santé. Autrement dit, vos efforts seront largement récompensés. Comme quoi renoncer, c’est payant !