Polluer « pour le fun »

CHRONIQUE / Il y a de cela plusieurs années maintenant, j’ai fait mes premiers pas dans le vaste monde de la philosophie par le biais d’un petit livre d’Albert Jacquard intitulé Petite philosophie à l’usage des non-philosophes. Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas, Albert Jacquard est un biologiste, généticien et essayiste français mort en 2013. Reconnu pour ses qualités de vulgarisateur, c’était aussi un grand humaniste. Mais pas vraiment un philosophe, cela dit. N’empêche, son œuvre m’a profondément marqué et je la recommande à quiconque souhaite s’initier à la philosophie et à la culture scientifique.

Dans sa « petite philosophie », publié en 1997, je me souviens notamment d’un passage où Jacquard nous met en garde contre les changements climatiques et les comportements irrationnels qui en sont la cause. Parmi ceux-ci, il insistait souvent sur le gaspillage éhonté que nous faisons de certaines ressources naturelles, à commencer par le pétrole. Or, avant même d’envisager de « sortir » du pétrole, disait-il, il nous faudrait réfléchir à l’usage que nous en faisons.

Et pour illustrer son propos, il faisait remarquer qu’un jour, en voyant des archives de F1 tournant bêtement sur des circuits, nos descendants seront certainement abasourdis (pour ne pas dire choqués) de constater que nous nous amusions ainsi à dilapider cette ressource rare et polluante, et ce, sans raison valable, si ce n’est pour nous divertir. En effet, avec tout ce que nous savons maintenant au sujet de l’impact de l’activité humaine sur l’environnement et le réchauffement climatique, n’est-ce pas absurde de continuer à polluer de la sorte, juste « pour le fun » ?

Je sais que je ne me ferai pas d’amis en disant cela, mais cet exemple, j’y repense chaque année lorsque je vois la saison de la motoneige approcher. Et quand je vois tous ces gens prendre d’assaut notre belle forêt boréale avec leurs machines bruyantes et polluantes, je me dis alors que nous sommes foutus, que nous n’avons rien compris.

Vous pensez que j’exagère ? Que je suis alarmiste ? J’aimerais que ce soit le cas, mais les données scientifiques tendent malheureusement à me donner raison. Je ne vais pas rentrer dans les détails ici (au besoin, faites une petite recherche sur Internet), mais disons simplement que la situation n’est pas rose du tout. Et ce qui est clair, c’est que si nous ne changeons pas rapidement et radicalement certaines de nos habitudes de vie, les conséquences risquent d’être catastrophiques.

Malgré tout, je suis conscient que nous sommes encore dépendants au pétrole et que la transition ne se fera pas en claquant des doigts. Je sais aussi que nous avons tous des « plaisirs coupables » et que personne n’est parfait. Pour autant, tout cela ne justifie pas l’inconscience avec laquelle nous agissons – ou avec laquelle nous n’agissons pas. En ce sens, je pense que lorsque nous polluons, nous devrions tâcher de le faire seulement lorsque cela est strictement utile et nécessaire.

Par exemple, que vous ayez besoin de votre voiture pour vous rendre au travail est tout à fait compréhensible, surtout dans une région comme la nôtre. Cela dit, pourquoi ne pas faire du covoiturage ? Par ailleurs, bien que vous aimiez la viande, pourquoi ne pas tenter de réduire votre consommation ? Bref, il y a plusieurs petits gestes concrets que nous pouvons poser pour contribuer à améliorer la situation.

Et les motoneiges, dans tout ça ? Il est vrai que celles-ci sont maintenant beaucoup moins polluantes qu’elles ne l’étaient auparavant, mais il n’en demeure pas moins qu’elles ont toujours un impact non négligeable sur l’environnement. En conséquence, si nous souhaitons léguer un futur viable à nos petits-enfants, il me semble qu’il faille considérer la motoneige comme une activité agréable, certes, mais néanmoins dispensable, donc comme un luxe à consommer avec grande modération.

Évidemment, je ne prétends pas que les motoneigistes soient les seuls responsables de tous nos malheurs, mais avouons que le symbole est fort. Le symbole du non-sens de celles et ceux qui s’évertuent à détériorer notre planète « pour le fun ».