Sébastien Lévesque
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Maudits véganes!

CHRONIQUE / Oui, je sais, ils vous énervent. Oui, je sais, je vous en parle très souvent ces temps-ci, mais je vais quand même vous reparler des véganes et du véganisme, car ils ont mauvaise presse au Québec, notamment depuis qu’un groupe de militants a investi le restaurant Joe Beef, à Montréal, et ce, afin de sensibiliser les clients à la problématique de l’élevage industriel et de la cruauté envers les animaux.

Les réactions n’ont pas tardé et elles ont été assez violentes. Certains chroniqueurs, dont j’éviterai de mentionner le nom ici, ont en outre saisi cette occasion pour casser du sucre sur le dos des véganes à coups d’arguments fallacieux et de propos malveillants.

Certes, on est en droit de se questionner sur le bien-fondé et l’efficacité de ces actions directes, mais il n’en demeure pas moins que c’est le fond qui devrait nous intéresser. Car tenter de discréditer une conception philosophique, politique ou religieuse sur la base de ses éléments les plus faibles ou de ses errances est tout sauf une démarche intellectuelle honnête et constructive. Ça ressemble plus à une bagarre de rue, à vrai dire.

Personnellement, je ne suis pas très à l’aise avec les actions directes, mais devant l’ampleur du problème qu’ils combattent, je comprends que certains militants véganes en viennent à utiliser des méthodes plus radicales. La consommation de viande est si profondément ancrée dans notre culture, et l’exploitation animale banalisée, que les gens ont peut-être besoin d’un électrochoc pour parvenir à remettre en question leurs habitudes.

Quoi qu’il en soit, tâchons d’éviter toute forme de généralisation et de caricature. Les véganes ne sont pas tous des extrémistes et des terroristes, tant s’en faut, tout comme les gens qui mangent de la viande ne sont pas tous des monstres d’immoralité. Néanmoins, on peut considérer qu’un grand nombre de personnes qui consomment de la viande le font dans l’ignorance des conditions de vie réelles des animaux d’élevage, lesquelles sont généralement médiocres. Ou alors il s’agit d’un aveuglement volontaire.

Ainsi, si on met de côté les polémiques et qu’on s’en tient aux faits, les arguments en faveur du véganisme ne manquent pas. D’abord, il y a les arguments liés à la santé, mais j’admets d’emblée que ce sont les plus faibles. Certes, nous savons qu’une consommation excessive de viande peut nuire à la santé, mais rien n’indique par ailleurs qu’il faille cesser complètement sa consommation de viande pour atteindre un état de santé optimal.

Ensuite, il y a les arguments environnementaux, qui sont beaucoup plus sérieux et assez bien documentés. À lui seul, on estime que l’élevage industriel serait responsable de plus de 20 à 25 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Et pour celles et ceux qui croient que la solution est dans un régime locavore, sachez que 85 à 90 % de ces émissions surviennent à la ferme elle-même, non dans le transport.

Finalement, il y a les arguments liés à l’éthique animale. Personnellement, je crois que ce sont les plus convaincants, mais aussi les plus dérangeants. De manière générale, les gens aiment sincèrement les animaux et ne souhaitent pas leur causer du tort. Pourtant, en consommant de la viande, ces mêmes personnes encouragent une industrie qui fait de la souffrance et de l’exploitation des animaux la norme.

C’est une vérité qui dérange, alors pour éviter d’avoir à l’affronter, la plupart d’entre nous préfèrent s’enfermer dans le déni ou la pensée magique. On s’imagine alors que « c’est pas si pire » ou que « la nature est ainsi faite », ou encore que nous n’avons pas le choix. Mais nous nous mentons à nous-mêmes, évidemment.

Alors oui, ils sont tannants, ces maudits véganes, mais il apparaît néanmoins que leurs arguments méritent qu’on s’y attarde sérieusement. Ils sont tannants, car ils nous obligent à remettre en question certaines de nos habitudes et de nos croyances les plus profondément ancrées. Et ils nous mettent parfois face à nos propres contradictions. Pour toutes ces raisons, il peut être tentant de chercher à les discréditer, notamment en les traitant d’extrémistes ou d’illuminés, mais se pourrait-il qu’ils aient raison ?