Les joyeux naufrageurs

CHRONIQUE / Cette chronique n’aura pas la prétention d’être « savante » ni même d’être originale. Je vais vous parler d’environnement et ce n’est certainement pas à titre d’expert que je peux vous en parler, car je n’en suis vraiment pas un (je laisse cela à mon excellent collègue Claude Villeneuve). Non, aujourd’hui, c’est à titre de citoyen inquiet que je souhaiterais m’adresser à vous. Et puisqu’une fois n’est pas coutume, je vais le faire sur un ton plus direct et plus personnel qu’à l’habitude.

Cela dit, je le répète, ma chronique ne sera pas très originale. Ce que je m’apprête à vous dire, il y a fort à parier que vous l’ayez déjà lu ou entendu de nombreuses fois de la part d’autres chroniqueurs qui partagent mes préoccupations. Quoi qu’il en soit, je pense qu’une fois de plus ne fera pas de mal et que certaines choses sont si importantes qu’elles méritent qu’on s’y attarde autant de fois qu’il le faudra, et ce, jusqu’à ce le message passe une bonne fois pour toutes.

Mais d’une certaine façon, ce n’est pas directement à vous que je vais m’adresser. Pas prioritairement, du moins. Ceux à qui je voudrais d’abord m’adresser, c’est à nos politiciens. Après tout, nous sommes en campagne électorale, donc je me dis qu’il est possible qu’ils soient un peu plus à l’écoute. Et si je m’adresse à eux, c’est parce qu’il me semble que nous ne les entendons pas suffisamment parler d’environnement depuis le début de cette campagne. Pourtant, s’il y a un enjeu important à l’heure actuelle, c’est bien celui-là. Je dirais même que c’est LA question vers laquelle tout devrait converger.

Mais alors, s’il s’agit d’un enjeu si important, pourquoi est-ce que la plupart des partis semblent ne pas s’y intéresser outre mesure ? Les raisons sont forcément multiples, mais pour ma part, je dirais que c’est avant tout parce que l’environnement n’est pas un sujet populaire (n’en déplaise à nos amis de Québec solidaire et à leur slogan). Qu’est-ce à dire ? Simplement que prendre des engagements clairs au sujet de la réduction des gaz à effet de serre ou sur la gestion des matières putrescibles, c’est pas mal moins sexy que de promettre une croissance économique infinie et des baisses d’impôt et de taxes.

Ajoutons à cela que la « game » politique semble plus que jamais sous le joug de la dictature de l’instantanéité. Cela n’a rien de tout à fait nouveau, vous me direz, mais force est de reconnaître que l’influence croissante des réseaux sociaux tend à accentuer le phénomène. Or, l’enjeu environnemental exige au contraire une vision à moyen et à long terme. Il exige aussi des politiciens qu’ils parviennent à s’élever au-dessus des intérêts partisans pour embrasser l’intérêt général. Bref, tout ce qui fait cruellement défaut à notre classe politique.

À ce propos, bien que je puisse être parfois sévère à l’endroit de ce parti, je me dois ici de souligner l’exception que représente Québec solidaire. En effet, il s’agit ni plus ni moins du seul parti qui semble se préoccuper sérieusement de l’environnement. Évidemment, certains diront que puisque QS n’a aucune chance de prendre le pouvoir, ils peuvent bien promettre n’importe quoi. Ce n’est pas faux, mais il n’en demeure pas moins qu’en choisissant d’utiliser les diverses tribunes qui leur sont offertes pour parler de cet enjeu, les solidaires forcent en quelque sorte leurs adversaires à se positionner à leur tour. Ne serait-ce que pour cette raison, leur apport au débat politique mérite d’être salué.

Au final, je me dis que si la plupart des politiciens ne prennent pas la question environnementale suffisamment au sérieux, c’est peut-être aussi parce que la population ne la prend pas suffisamment au sérieux. Or, je pense que les politiciens ont malgré tout la responsabilité morale d’en parler et de prendre des engagements fermes à ce propos, quitte à froisser un peu l’électorat. Mais c’est probablement trop demander à ces joyeux naufrageurs qui préfèrent s’en tenir à quémander des votes. Et c’est malheureusement ainsi qu’ils en viennent à oublier que le navire est en train de foncer tout droit sur un iceberg.