Les enfants de la liberté

CHRONIQUE / Comme je m’y attendais, ma dernière chronique sur l’éducation libertaire a suscité de nombreuses réactions. Et comme je m’y attendais aussi, celles-ci ont été généralement négatives. C’est forcément le cas lorsque l’on tient des propos qui remettent en question les normes et les pratiques établies, surtout en éducation. Car s’il y a bien un sujet sur lequel les gens n’aiment pas être contredits et qui tend à susciter des débats enflammés, c’est l’éducation des enfants.

Pour ma part, même si je n’ai absolument aucun problème avec les débats et avec le fait d’être contredit, je me désole cependant que la plupart de mes détracteurs aient aussi mal compris mes propos et les intentions derrière mon texte. En somme, je ne cherchais pas à « faire la leçon », mais plutôt à susciter la réflexion sur les fondements de nos pratiques éducatives. Certes, je me suis aussi permis d’énoncer quelques grands principes, mais ceux-ci demeurent toutefois sujets à interprétation. Qui plus est, je ne prétends pas moi-même être un parent parfait, mais simplement un parent qui cherche à s’améliorer.

Quoi qu’il en soit, j’aimerais aujourd’hui apporter quelques précisions à ma pensée et répondre aux principales critiques qui m’ont été adressées. Pour ce faire, je tâcherai cette fois de donner quelques exemples concrets tirés de mon vécu personnel, mais aussi de vous faire part de certaines réflexions plus générales au sujet des enfants.

D’entrée de jeu, sachez que je suis père de deux filles de 8 et 12 ans et que celles-ci ne sont jamais allées à l’école, ni même à la garderie. Nous faisons ce que certains appellent « l’école à la maison ». Cela dit, l’école n’a pas grand-chose à voir avec l’expérience éducative que nous offrons à nos filles, et inversement. Chez nous, en effet, il n’y a pas d’horaire ou de programme imposés, et surtout pas de devoirs. Par ailleurs, nos filles ne sont soumises à aucune évaluation formelle. Est-ce à dire qu’elles ne font rien et qu’elles n’apprennent rien ? Non, au contraire, mais la différence est qu’elles sont libres d’apprendre à leur propre rythme et au moment qui leur convient.

Dans une approche fondée sur les apprentissages libres, les enfants apprennent constamment, au gré des occasions qui se présentent à eux. Il est d’ailleurs étonnant de constater à quel point les enfants, lorsqu’ils sont affranchis des contraintes du système et des évaluations, prennent un réel plaisir à apprendre. Ils en redemandent toujours plus ! Bref, c’est une erreur de croire que si nous ne les « poussons » pas suffisamment, les enfants deviendront paresseux et ignares. Au contraire, puisque les enfants sont naturellement curieux, le mieux que nous pouvons faire est de les accompagner dans leurs apprentissages en leur offrant un environnement riche et stimulant sur le plan intellectuel.

À ce propos, l’erreur la plus commune des parents et des éducateurs consiste à croire que les enfants ont besoin des adultes pour apprendre. Évidemment, l’expérience et les connaissances des adultes s’avèrent de précieuses alliées lorsqu’elles sont mises au service de la curiosité des enfants, mais en aucun temps elles ne peuvent ni ne doivent se substituer à l’enthousiasme naturel des enfants. En ce sens, on pourrait donc dire qu’il n’y a pas de meilleur moyen de démotiver un enfant que de lui imposer un programme et de projeter sur lui des attentes qui n’ont rien à voir avec ses besoins réels (naturels).

Au final, je souhaiterais surtout que les gens retiennent qu’une éducation libertaire n’est pas une éducation laxiste qui consisterait à laisser l’enfant à lui-même, sans aucun encadrement ni aucune règle. Seulement, plutôt que nous interposer constamment entre l’enfant et son désir d’apprendre, nous devons apprendre à lâcher prise et à leur faire confiance. Car si nous souhaitons réellement faire de nos enfants des adultes autonomes, confiants et responsables, nous devons d’abord accepter de leur donner un espace de liberté à l’intérieur duquel ils pourront explorer le monde par eux-mêmes. Évidemment, ils feront bien quelques erreurs, mais n’est-ce pas aussi ainsi que nous apprenons ?