Anakin Skywalker

Les chemins du côté obscur

CHRONIQUE / Aujourd’hui, je vais prendre un grand détour pour vous faire remarquer combien il peut être tentant de commettre le mal au nom du bien. Plus particulièrement, je voudrais vous montrer comment le « côté obscur » peut facilement s’emparer de celles et ceux qui, à partir d’une noble cause, sont prêts à user de tous les moyens possibles pour arriver à leurs fins. Mais pour commencer, vous devez savoir que je suis un fan fini de Star Wars, ce qui explique pourquoi je parle ici de « côté obscur ». Et au risque de passer pour une sorte d’illuminé, je dois dire que les films Stars Wars représentent pour moi bien plus qu’un simple divertissement. À mes yeux, cette saga constitue le plus grand mythe de notre temps et peut servir de repère moral au même titre que plusieurs systèmes philosophiques ou grandes religions.

Je vais tenir pour acquis que la plupart d’entre vous connaissent Star Wars, du moins dans les grandes lignes. En effet, même ceux qui n’ont jamais écouté un seul épisode de la saga connaissent probablement quelques personnages et certaines répliques, à commencer par la célèbre expression « Que la Force soit avec toi! ». Je ne vais donc pas prendre la peine de vous raconter l’histoire en détail, mais plutôt insister sur la réflexion morale proposée dans les films. Pour ce faire, je vais surtout m’intéresser au parcours initiatique de Luke Skywalker, principal héros de la saga. À travers les diverses épreuves que ce dernier a dû surmonter, nous verrons qu’il peut être effectivement facile de sombrer dans le côté obscur (le mal) sans même s’en rendre compte.

Comme Yoda ne manquera pas de le répéter plusieurs fois à Luke, l’attrait du côté obscur tient avant tout à sa facilité. Le côté obscur est plus rapide et plus séduisant, insiste-t-il. Cela dit, je crois que c’est surtout parce qu’il est insidieux qu’il est si facile de basculer du côté obscur. Anakin Skywalker, le père de Luke, l’apprendra d’ailleurs à ses dépens lorsqu’il sera littéralement projeté dans les ténèbres pour avoir tenté de sauver sa femme d’une mort qu’il croyait certaine (c’est finalement lui qui provoquera involontairement sa mort). Ironiquement, c’est donc par amour qu’il a laissé le mal prendre racine en lui et qu’il est devenu l’ignoble Darth Vader. L’expression « l’enfer est pavé de bonnes intentions » prend ici tout son sens. Mais la principale leçon que nous devons en tirer, c’est qu’il ne suffit pas de vouloir faire le bien, il faut savoir faire preuve de discernement et ne pas confondre la fin et les moyens.

Et à ce propos, même des Jedi comme Yoda et Obi-Wan Kenobi ne sont pas exempts de toute critique. Ces derniers, en effet, cherchent à tout prix à détruire le mal qu’incarnent Darth Vader et l’Empereur Palpatine. C’est parfaitement compréhensible, mais il n’en demeure pas moins que les moyens qu’ils emploient sont hautement discutables. Notons, par exemple, qu’ils n’hésitent pas à mentir à Luke sur ses véritables origines et à l’encourager à tuer son propre père. On peut en outre considérer qu’ils agissent ainsi parce qu’ils ne voient pas comment le mal pourrait être enrayé autrement. Qui plus est, ils devaient probablement se dire qu’à situation exceptionnelle équivalent des mesures exceptionnelles. Mais la morale laisse-t-elle réellement place à de telles exceptions?

Luke, du moins, ne l’entend pas ainsi. Comme Socrate et Jésus en leur temps, ce dernier défendra plutôt la conviction selon laquelle « il ne faut point rendre le mal pour le mal », ou encore qu’« il vaut mieux subir l’injustice que la commettre ». Concrètement, Luke refusera donc d’affronter directement ses adversaires et de se laisser gagner par la haine. Tout au contraire, il choisira une voie aussi audacieuse qu’inattendue : celle de l’amour et du pardon. Le résultat était pour le moins incertain, mais nul doute qu’il s’agissait pour lui du seul moyen réellement moral pour tenter de parvenir à ses fins. Le choix de Luke nous aura enseigné l’importance de ne jamais se livrer au mal, même au nom du bien, faute de quoi nous nous engageons nous aussi dans un des nombreux chemins qui mènent au côté obscur.