L’école, un fardeau?

CHRONIQUE / C’est le temps des vacances et qui dit vacances, dit évidemment plaisir. Le plaisir de se la couler douce, entre autres, mais aussi de partir à la découverte de nouveaux horizons. Par ailleurs, l’été se veut une période propice aux réjouissances, où l’on aime se rassembler entre amis ou en famille pour partager un bon repas et une bonne bière autour de la piscine et du BBQ, ou encore manger quelques guimauves grillées près d’un feu de camp. Bref, l’été s’accompagne généralement d’un profond sentiment de liberté et de légèreté.

Pour les enfants, c’est un peu la même chose. L’été, c’est les vacances scolaires, une période qui leur permet de décrocher, d’oublier les devoirs et les diverses obligations qui leur incombent durant le reste de l’année. C’est très bien ainsi, mais d’un autre côté, quand on y pense bien, n’y a-t-il pas quelque chose d’étrange à ce que l’école soit le plus souvent perçue comme une « corvée » ou un « fardeau » dont on souhaite se libérer à la première occasion ? Ne l’oublions pas, pour la majorité des enfants, l’école est le principal lieu de transmission des savoirs et d’acquisition de la culture. Or, si l’école n’arrive pas à se montrer attrayante, c’est la connaissance elle-même qui s’en trouve dévaluée.

Et lorsque je dis que l’école devrait être attrayante, je ne dis pas qu’elle devrait se transformer en une sorte de centre de divertissement où les enseignants seraient réduits au rôle d’amuseurs publics. Je sais bien par ailleurs que tout apprentissage n’est pas forcément facile et amusant. Seulement, je considère qu’il est anormal que des enfants en viennent à craindre le savoir et les livres, voire à s’en détourner complètement. Ce n’est pas normal que des enfants se complaisent ainsi dans l’ignorance alors que l’on sait à quel point ils sont naturellement curieux et avides de connaissances. Et ce n’est surtout pas normal que l’école devienne un éteignoir de la vie intellectuelle alors qu’elle se targue d’en être le tremplin.

Mais qu’est-ce qui ne va pas avec l’école, au juste ? Le problème, selon moi, c’est que nous focalisons beaucoup trop sur les résultats et pas assez sur les procédés pédagogiques. Nous évaluons généralement l’apprentissage en termes de performance alors qu’il s’agit plutôt d’un processus actif, constructif et continu. À ce propos, l’erreur la plus commune consiste à percevoir les enfants comme des « cruches vides » qu’il faudrait remplir au maximum. Nous nous imaginons alors qu’ils ont besoin d’être encadrés continuellement, faute de quoi ils seraient condamnés à l’errance. Sans trop nous en rendre compte, nous en venons donc à croire que l’apprentissage est un processus artificiel qui consiste à assimiler et à accumuler passivement des savoirs. Or, il n’en est rien.

C’est au contraire lorsqu’ils sont libres d’explorer le monde par eux-mêmes que les enfants deviennent plus « performants », non parce qu’ils accumulent davantage de savoirs (quoique…), mais simplement parce qu’ils sont véritablement investis dans ce qu’ils font. Évidemment, puisque chaque enfant est unique, les apprentissages ne se font pas toujours de la même façon et au même rythme, mais en quoi est-ce un problème ? D’ailleurs, le plus important n’est-il pas que chaque enfant demeure constamment ouvert aux opportunités d’apprentissage qui se présentent à lui, et ce à l’intérieur des limites qui sont les siennes ?

Finalement, je dirais qu’il y a quelque chose de profondément pernicieux à laisser entendre que les enfants auraient besoin de prendre des vacances de la connaissance, comme si apprendre était quelque chose de rebutant et d’accablant. Évidemment, puisque nous tentons généralement de leur « bourrer le crâne », cela va de soi que les enfants ont besoin de décrocher. Et pourtant, rien n’exclut en principe la possibilité que l’école puisse être un lieu où apprentissage et plaisir vont de pair. Il n’y a du reste aucune raison pour que la connaissance ne puisse être aussi attrayante que ne le sont la liberté et la légèreté qui caractérisent l’été.