Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Sébastien Lévesque
Le Quotidien
Sébastien Lévesque

Le véganisme est-il une religion?

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Depuis que je m’y intéresse, une des choses que j’ai le plus souvent lues ou entendues à propos du véganisme est qu’il s’agirait d’une sorte de religion. À en croire leurs détracteurs, les véganes seraient les adeptes d’une nouvelle religion, avec ses pratiques, ses croyances et – surtout – ses fanatiques. Mais qu’en est-il en réalité? Qui sont les véganes et à quel genre d’idées adhèrent-ils au juste? Autrement dit, un végane, ça mange quoi en hiver?

Évidemment, étant moi-même végane, je ne peux probablement pas prétendre à une parfaite objectivité en la matière. Néanmoins, je veillerai à expliquer au mieux ce qu’est le véganisme, et surtout à m’en tenir aux faits. Pour le reste, libre à vous d’y adhérer ou non.

D’entrée de jeu, puisque le véganisme est souvent comparé aux religions, il serait bon de définir ce qu’est une religion. Une religion est un système de pratiques et de croyances, souvent irrationnelles (en ce sens où elles ne peuvent être prouvées ou justifiées rationnellement), propres à un groupe ou à une communauté. Par ailleurs, bien que ça ne soit pas systématique, la religion cherche généralement à mettre l’être humain en relation avec le divin ou avec un quelconque ordre supérieur.

À ce propos, soyons clairs, le véganisme n’entretient aucun rapport transcendantal avec la réalité. En lui-même, le véganisme n’implique la croyance en aucun dieu ni principe métaphysique à proprement parler. Tout au plus pourrions-nous dire que les véganes «vénèrent» la nature, mais ce serait encore bien en deçà de la vérité. Car contrairement à un cliché largement véhiculé à leur égard, les véganes ne sont pas des hippies qui célèbrent des rites païens en ne mangeant que du tofu et de la luzerne.

Loin des clichés du genre, donc, le véganisme moderne puise plutôt ses sources dans la rationalité occidentale, et plus particulièrement dans certaines disciplines scientifiques aussi variées que l’éthologie, la climatologie et la nutrition. Il s’agit d’ailleurs des trois axes à travers lesquels je souhaiterais vous présenter le véganisme. Et surtout, je compte démontrer que le véganisme est tout sauf une religion et/ou un ramassis de croyances irrationnelles.

La première raison qui pousse certaines personnes à adopter le véganisme est l’éthique animale. En effet, à la lumière des travaux en éthologie (étude du comportement des espèces animales), nous savons maintenant que les animaux non-humains sont non seulement des êtres sensibles, c’est-à-dire capables de ressentir du plaisir et de la douleur, mais aussi des êtres conscients. Plus largement encore, la théorie de l’évolution met en évidence le fait qu’il n’existe aucune hiérarchie dans le monde animal. Pour toutes ces raisons, les véganes considèrent donc qu’en l’absence de nécessité, il est immoral d’assujettir les autres animaux à nos moindres désirs, et ce, même lorsque la chose nous apparaît utile ou agréable.

Le véganisme est aussi intimement lié à l’éthique environnementale, notamment parce qu’il a été démontré que l’alimentation carnée, et plus particulièrement l’élevage industriel, est grandement responsable de la déforestation et des émissions de gaz à effet de serre. En cessant de consommer des produits d’origine animale, les véganes choisissent donc un mode de vie qui leur permet de limiter au maximum leur empreinte écologique. Ainsi, loin d’être une lubie inventée par quelques illuminés, le véganisme constitue au contraire l’un des meilleurs choix que nous puissions faire pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique et les problèmes environnementaux en général.

Et finalement, je ne pouvais pas terminer ce texte sans évoquer les inlassables débats entourant l’alimentation végane elle-même. En effet, le véganisme est souvent décrié par des gens qui prétendent qu’il mène forcément à des carences nutritionnelles qui accentuent le risque de développer des maladies chroniques. Et pourtant, si l’on en croit les nombreuses études sur le sujet, ces débats n’ont pas lieu d’être puisque nous savons maintenant qu’une alimentation 100% végétale peut tout à fait répondre à l’ensemble de nos besoins nutritionnels. Autrement dit, la consommation de produits d’origine animale n’est aucunement nécessairement au maintien d’une bonne santé physique et mentale.

Bref, vous l’aurez compris, quoi qu’on puisse penser du véganisme, il importe à tout le moins de reconnaître qu’il s’agit d’un choix parfaitement rationnel, car appuyé sur les meilleures données scientifiques dont nous disposions à ce jour. En ce sens, le véganisme n’a donc rien d’une religion, bien au contraire. En fait, comble de l’ironie, il semble que ce soient plutôt les détracteurs du véganisme qui flirtent avec les discours religieux et irrationnels, notamment en s’accrochant à l’idée (fausse) selon laquelle l’être humain jouirait d’une sorte de privilège lié à sa prétendue supériorité, ou encore en refusant de reconnaître les impacts négatifs de leur mode de vie sur l’environnement.