Le christianisme est un humanisme

CHRONIQUE / Cette chronique, je dois dire qu’elle me trottait dans la tête depuis un long moment. N’empêche, j’ai beaucoup hésité avant de la rédiger, et ce pour deux raisons. D’abord, la religion n’a généralement pas très bonne presse et suscite bien souvent des réactions divisées, voire la polémique. En écrivant un texte sur le christianisme, il se peut donc que je heurte la sensibilité de certains lecteurs, y compris des croyants. Par ailleurs, n’étant pas chrétien moi-même, il pourra paraître assez étrange que je consacre un texte à cette religion qui, aujourd’hui encore, occupe une place importante dans la vie de milliers de Québécois.

Quoi qu’il en soit, je me dois avant tout de spécifier que je ne compte pas m’attarder ici au christianisme en tant que religion, mais plutôt en tant que « sagesse ». J’entends par là que ce qui m’intéresse du christianisme n’est pas tant ses institutions ou ses rites, mais davantage son contenu moral. À titre de non-croyant, je n’ai d’ailleurs aucunement honte d’affirmer que Jésus représente à mes yeux un des penseurs les plus importants du monde occidental, et qui plus est, une grande source d’inspiration. Je pense aussi que bien qu’elle demeure la religion de la majorité, la religion chrétienne est de nos jours plutôt en retrait et assez mal-aimée.

Cela dit, au risque de froisser mes amis catholiques, je dirais que si le christianisme se trouve effectivement en mauvaise posture, c’est principalement à cause de l’Église catholique, laquelle s’est souvent montrée assez peu digne du message évangélique, c’est-à-dire du Christ lui-même. Aujourd’hui encore, en dépit d’un pape François qui tend à redonner un visage un peu plus humain à cette institution, force est de constater que l’Église peine à redorer son blason et à s’adapter aux problèmes de notre temps.

Cela ne manque certainement pas d’ironie, surtout lorsqu’on sait que les Évangiles sont l’une des principales sources de l’humanisme moderne et que le christianisme est une composante fondamentale de notre identité collective. D’ailleurs, une des premières choses que je dis à mes étudiants lorsque je leur parle du christianisme, c’est que la plupart d’entre eux sont probablement chrétiens sans le savoir. Inutile de vous dire qu’ils sont plutôt sceptiques et perplexes. À leurs yeux, en effet, la religion chrétienne est généralement synonyme d’oppression et d’obscurantisme (ce qui, en soi, démontre assez bien en quoi l’Église a failli à sa tâche). Il me faut alors leur démontrer que, bien qu’ils n’en soient pas conscients, une part importante de leur héritage culturel et des valeurs qui leur sont chères sont issues de la tradition chrétienne. 

Mais qu’est-ce que la morale chrétienne, au juste, et en quoi serait-elle si moderne? Pour dire les choses simplement et directement, je dirais que toutes les valeurs modernes sont inspirées d’une façon ou d’une autre des grands principes évangéliques. La philosophie des droits de l’homme, par exemple, n’est rien d’autre qu’une forme laïcisée de l’enseignement des Évangiles. « Liberté, Égalité, Fraternité », la devise de la République française, incarne à elle seule cette idée. C’est le Christ, en effet, qui le premier affirmera et mettra en œuvre l’idée selon laquelle tous les êtres humains sont libres et égaux, et également porteurs d’une dignité inaliénable. Ces principes, nous les retrouvons un peu partout dans les Évangiles, mais aussi dans nos chartes des droits et libertés.

Dans l’éthique du Christ, l’être humain occupe donc une place centrale. Le salut dont il nous parle n’est d’ailleurs pas autre chose qu’un appel à aimer son prochain et à aller vers les plus défavorisés. C’est précisément ce qui fait du christianisme un humanisme. Autrement dit, c’est dans la relation à l’autre que la morale chrétienne prend tout son sens, non dans l’accomplissement de certains rituels religieux. C’est aussi pourquoi le message du Christ n’appartient pas qu’aux chrétiens à proprement parler, mais à tous ceux qui rêvent d’un monde où l’amour et la compassion seraient au cœur des relations humaines.