La gauche bric-à-brac

CHRONIQUE / Depuis quelques années, un peu partout dans les démocraties occidentales, on assiste à une montée de la droite conservatrice. Le dernier exemple en date est évidemment l’élection de Doug Ford, en Ontario, mais il demeure par ailleurs difficile de ne pas penser à Donald Trump, qui a su séduire l’électorat américain en jouant le rôle du « outsider » et en adoptant des positions fermes sur l’immigration. Personnellement, je n’aime pas beaucoup Donald Trump et encore moins ses idées, mais il faut à tout le moins lui reconnaître l’intelligence de savoir s’adresser aux gens sur la base d’enjeux qui les interpellent vraiment, une qualité qui se perd au sein de nos « élites » intellectuelles et politiques

Cela dit, l’influence de la droite conservatrice ne s’arrête pas là. Même lorsqu’elle n’est pas au pouvoir, le fait est qu’elle possède de plus en plus la capacité de contrôler l’agenda politique et les enjeux qui y sont débattus. Au Québec, par exemple, même si ce sont les libéraux qui sont au pouvoir depuis plus de 15 ans, il ne se passe pratiquement pas une semaine ou un mois sans que nous ne parlions de signes religieux et d’immigration. Il serait facile de dire que ces enjeux ne sont que des diversions, mais force est peut-être de reconnaître que ceux-ci revêtent une certaine importance aux yeux des citoyens.

Dans ce contexte, la bonne question à se poser n’est donc pas si nous devrions parler de ces enjeux, mais comment nous devrions en parler. Et plus fondamentalement, je crois que la gauche, si elle souhaite un jour couper l’herbe sous le pied de la droite conservatrice, devrait davantage chercher à comprendre les causes de son irrésistible ascension. Mais la gauche semble malheureusement vivre dans une bulle idéologique parfaitement hermétique. Pendant que les gens réclament une charte de la laïcité ou un resserrement des lois sur l’immigration, elle préfère nous parler de culture du viol, de racisme systémique, d’appropriation culturelle, du patriarcat et de toilettes non genrées. Plus déconnectée que ça, tu meurs !

Qu’on me comprenne bien, je ne dis pas que ces enjeux sont dénués d’intérêt, tant s’en faut, mais la réalité c’est que ce ne sont pas des enjeux qui interpellent prioritairement la population. Mais la gauche n’a cure de la réalité, ce qu’elle veut c’est avoir raison. D’ailleurs, si vous vous intéressez un peu trop au peuple, elle vous accusera probablement de populisme. Pour toutes ces raisons, j’en viens souvent à penser qu’une des principales cause de la montée de la droite, c’est la gauche. Cela ne manque pas d’ironie, évidemment. Et c’est d’autant plus navrant que la gauche devrait pourtant être la première à prendre le parti du peuple et des travailleurs, mais dans les faits elle affiche un mépris de plus en plus assumé pour tout ce que le peuple aime, et plus encore pour ce qu’il n’aime pas.

Sur l’enjeu de l’immigration, par exemple, la gauche semble ici aussi plus habile à lancer des accusations qu’à proposer des solutions concrètes. Quiconque ose aujourd’hui remettre en question nos seuils d’immigration ou la perméabilité de nos frontières est aussitôt accusé de racisme, voire de fascisme. Difficile, dans de telles conditions, d’entretenir un débat sain et constructif. C’est regrettable, car peu importe notre position sur le sujet, la sagesse élémentaire exigerait que nous nous y penchions sérieusement, ne serait-ce justement parce que c’est un enjeu qui inquiète la population. 

Finalement, en cherchant à tout prix à pousser un programme bric-à-brac complètement déconnecté des préoccupations et des priorités du commun des mortels, la gauche se tire dans le pied. Pire, elle tend aussi à diviser plutôt qu’à rassembler. C’est le grand paradoxe de cette gauche qui se dit antiraciste, mais qui sépare constamment les gens sur la base de leur race ou de leur religion. Une gauche qui se dit altermondialiste, mais qui est farouchement antinationaliste et opposée à toute forme de contrôles aux frontières. Comprenne qui pourra, mais pendant ce temps, ce sont les Doug Ford et les Donald Trump de ce monde qui en profitent.