Je ne suis pas un homme blanc

CHRONIQUE / La scène se déroule en France, sur un plateau de télévision. L’interviewer interpelle un des invités en lui disant « monsieur », ce à quoi ce dernier rétorque, visiblement irrité, qu’il n’est pas un homme. L’interviewer se ravise et demande alors à l’individu de lui expliquer comment il se définit exactement. Pour faire une histoire courte, il s’agit d’un « non-binaire », c’est-à-dire d’une personne qui ne s’identifie ni comme homme ni comme femme, mais peut-être quelque part entre les deux. Et encore, c’est bien plus compliqué que ça. En fait, c’est tellement compliqué que l’individu lui-même semble s’y perdre et se contente au final de nous dire qu’il existe d’innombrables identités de genre et qu’il ne peut toutes les nommer.

Plus tard, nous apprendrons aussi que ce même individu, en dépit de son apparence, n’est pas blanc. Ainsi, selon lui (ou elle, on ne sait plus trop), non seulement nous pouvons choisir notre sexe, mais nous pouvons aussi choisir notre ethnicité. Tout cela peut peut-être vous sembler anecdotique, voire risible, mais il ne faut cependant pas négliger l’influence grandissante de cette « idéologie trans ». Plus que jamais, en effet, notre époque semble s’ouvrir à l’idée selon laquelle tout un chacun pourrait se définir par lui-même, sans entraves ni limites. Une belle relecture du mythe du self-made-man, je dirais.

Avant tout, je veux être très clair, je crois que toute personne, peu importe son identité de genre ou son appartenance ethnique, mérite respect et considération. Je crois aussi que les droits individuels doivent être respectés. Pour autant, je ne crois pas que nous devrions nous plier aux moindres fantasmes idéologiques, surtout lorsque ceux-ci reposent sur un déni de réalité.

Dire qu’il existe dans l’espèce humaine, comme chez les autres mammifères (car oui, nous sommes des mammifères !), deux sexes, à savoir le sexe mâle et le sexe femelle, n’a rien d’une forme d’intolérance ou d’insulte envers quiconque. Ce n’est au contraire qu’une simple donnée biologique objective. Et si certains militants s’entêtent à dire le contraire, c’est selon moi parce qu’ils confondent malencontreusement certains concepts, à commencer par « sexe » et « genre ».

Bien qu’il puisse être parfois indéterminé ou ambigu, le sexe biologique se constate et n’est pas une construction sociale. Sauf rares exceptions, vous êtes donc soit un homme (mâle), soit une femme (femelle). Le genre, quant à lui, n’a rien de naturel (ou si peu) et est le produit de divers facteurs environnementaux, notamment la culture. En tant que genres, le féminin et le masculin sont alors liés à de nombreux stéréotypes. On suppose ainsi qu’un homme (mâle) devrait faire ceci et qu’une femme (femelle) devrait faire cela.

Comme on peut le constater, les stéréotypes de genre sont des « petites cases » dans lesquelles on enferme les individus, limitant de ce fait leur champ de possibilités. Ne serait-ce que pour cette raison, il apparaît donc sain et naturel que certaines personnes cherchent à les « briser » ou à les repousser. Par contre, il est important de comprendre qu’à strictement parler, tout cela n’a rien à voir avec le sexe biologique. Le fait qu’il puisse y avoir différentes façons d’être homme ou d’être femme (selon les époques et les cultures) ne remet aucunement en question la binarité des sexes.

Enfin, contrairement à ce que laisse entendre mon titre, je suis bel et bien un homme blanc. C’est la réalité, que je le veuille ou non. Seulement, vous l’aurez compris, je devrais être libre d’habiter cette identité de la façon qui me convient. Aussi, il importe d’insister sur le fait que je ne saurais être réduit à mon sexe ou à mon ethnicité. Personne ne devrait l’être. Car par-delà les particularismes, je persiste à croire qu’il existe une humanité commune à laquelle nous sommes tous rattachés. C’est du moins l’idéal universaliste et humaniste auquel j’aspire.

D’ailleurs, à ce propos, je vous parlerai prochainement de la controverse entourant le spectacle SLAV. Nous verrons que ces diverses problématiques sont davantage liées qu’il n’y paraît.