François Legault

François Legault, le fédéraliste?

CHRONIQUE / Avec les années, François Legault nous a habitués à toutes sortes de pirouettes idéologiques, au point où il nous est permis de croire que ses prises de position ont plus souvent à voir avec le calcul politique qu’avec les convictions profondes. Heureusement pour lui, le mot girouette est maintenant banni à l’Assemblée nationale, mais cela n’empêche certainement pas ses détracteurs de penser (non sans raison, selon moi) que le chef de la CAQ se cherche avant tout désespérément une « niche » qui lui permettrait de se démarquer de ses adversaires péquistes et libéraux.

Sur le terrain constitutionnel, par exemple, monsieur Legault avait jusqu’à tout récemment choisi de miser sur l’autonomisme, une forme de nationalisme qui se veut une position mitoyenne entre l’indépendantisme et le fédéralisme. Plus concrètement, l’autonomisme préconise une décentralisation importante des pouvoirs du gouvernement fédéral canadien vers le gouvernement du Québec, sans pour autant chercher à rompre le lien entre le Québec et le Canada. Mais ça, c’était bien avant que sa formation politique se retrouve bonne première dans les intentions de vote…

Probablement conscient des lacunes potentielles de sa position et de ses propres limites, monsieur Legault s’est récemment ravisé en s’adonnant à une étonnante profession de foi fédéraliste, allant même jusqu’à vanter les mérites du modèle social canadien. Cela ne manque pas d’ironie venant d’un homme politique « de droite » qui est généralement plus enclin à vanter les mérites du libre marché que ceux de l’État-providence. Plus encore, on est en droit de se demander ce que le Canada a réellement à voir avec tout ça, car le filet social dont jouissent les Québécois relève avant tout de leur propre volonté. François Legault, qui a lui-même été ministre de l’Éducation puis de la Santé et des Services sociaux, doit forcément savoir tout cela.

Mais puisque son parti s’approche de plus en plus du pouvoir, le chef de la CAQ doit forcément tempérer ses ardeurs, à commencer par ses volontés de réforme. Ainsi, bien qu’il se présente comme le candidat du changement, il fera tout en son pouvoir pour dissimuler les éventuels effets indésirables d’une « réforme Legault » qui consisterait à remettre en question nos acquis sociaux et nos services publics.

Pour ce qui est de la question nationale, monsieur Legault sait pertinemment que la souveraineté est en perte de vitesse. Et puisqu’il s’agit d’un ancien péquiste, il aura fort à faire pour dissiper le doute autour de sa personne. Philippe Couillard n’a d’ailleurs pas tardé à remettre en question la véracité des nouvelles convictions fédéralistes du chef de la CAQ. Dans ce contexte, ce dernier devra donc mettre les bouchées doubles pour convaincre les électeurs qu’il n’est maintenant habité par aucune velléité indépendantiste.

Mais pourquoi alors délaisser la voie autonomiste ? Selon moi, parce qu’il s’agit d’une position trop complexe et difficile à expliquer. On sait d’ailleurs que monsieur Legault n’est pas particulièrement reconnu pour ses talents d’orateur et de pédagogue. Aussi, il n’est pas inutile de rappeler que la défunte ADQ de Mario Dumont a autrefois défendu la position autonomiste, avec un succès plutôt mitigé. Ne serait-ce que pour ces deux raisons, les stratèges caquistes en sont probablement venus à la conclusion qu’il serait plus « payant » de définir la CAQ comme un parti fédéraliste, tout simplement.

N’empêche qu’il demeure assez difficile de croire que François Legault soit un vrai fédéraliste. Et en semant ainsi le doute (une fois de plus) sur ses véritables allégeances, le chef de la CAQ prête flanc à la critique et aux accusations. Cela pourrait donc coûter cher à la CAQ, qui peine effectivement à se démarquer de ses adversaires. Il aurait pourtant été tellement plus simple selon moi de persister dans la voie autonomiste, laquelle demeure possiblement la seule capable de raviver chez les Québécois leur flamme nationaliste d’antan. Mais cela exigerait plus d’audace que monsieur Legault en est vraisemblablement capable.