Êtes-vous spéciste?

CHRONIQUE / Pendant des milliers d’années, l’espèce humaine s’est plu à croire qu’elle était unique ou spéciale dans l’univers. Dans le monde occidental plus particulièrement, le christianisme a pendant longtemps participé à entretenir chez nous l’idée selon laquelle nous ne serions rien de moins que le chef-d’œuvre de la Création, créé à l’image de Dieu, donc détenteurs d’un statut particulier ou de supériorité dans la nature. Concrètement, cela signifiait que l’être humain devait forcément avoir été placé au centre de l’univers et que nous n’étions pas des animaux comme les autres. Double prétention, double erreur.

Avec le temps et grâce à d’importantes découvertes scientifiques, nous avons progressivement pris conscience de la fausseté de ces prétentions, qui ne reposaient finalement que sur des préjugés anthropocentristes. Au 17e siècle, le mathématicien et astrophysicien Isaac Newton a mené à bien la révolution copernicienne et démontré hors de tout doute raisonnable que la Terre n’est pas le centre de l’univers et que c’est elle qui tourne autour du Soleil, et non l’inverse. Quelque deux siècles plus tard, le naturaliste Charles Darwin échafaudera quant à lui la théorie de l’évolution, laquelle établit une filiation évidente entre l’être humain et les autres espèces animales.

Bref, nous savons aujourd’hui que nous ne sommes pas des animaux spéciaux vivant sur une planète spéciale. Nous le savons, mais en avons-nous vraiment tiré toutes les leçons ? Et en avons-nous enfin fini avec les préjugés anthropocentriques ? Si l’on en croit les partisans de la doctrine antispéciste, la réponse est non. Mais qu’est-ce que le spécisme, me demanderez-vous ? Le spécisme est une forme de discrimination fondée sur le critère de l’espèce, de même que le racisme se fonde sur la race et le sexisme sur le sexe. Autrement dit, le spécisme est une idéologie qui postule une hiérarchie entre les espèces, et plus particulièrement la supériorité de l’être humain sur les autres animaux. Inutile de dire que cette idée est encore très répandue de nos jours.

Ainsi, bien nous sommes de plus en plus conscients de notre véritable position dans le cosmos et dans la nature, nous continuons (plus ou moins consciemment, je suppose) à croire que nous possédons un quelconque ascendant sur les autres animaux. Comme quoi les vieux préjugés ont la vie dure, surtout lorsqu’ils font partie intégrante de nos mœurs. En effet, la consommation de viande est si profondément ancrée dans notre culture qu’elle nous apparaît généralement comme la chose la plus naturelle du monde. Or, rien ne démontre que nous soyons forcés de consommer de la viande pour répondre à nos besoins nutritionnels. Au contraire, plusieurs études tendent même à démontrer que la consommation immodérée de protéines animales est dommageable pour la santé. Est-ce à dire que nous devrions tous devenir végétariens ? Non, pas forcément, mais tout cela devrait à tout le moins nous inciter à changer certaines de nos habitudes de vie, et plus fondamentalement à repenser notre rapport au monde et au vivant. Pendant trop longtemps, les êtres humains ont péché par orgueil en croyant qu’ils pouvaient user et abuser de la nature et des animaux à leurs propres fins, sans égard aux conséquences. Mais nous connaissons désormais les effets dévastateurs d’une telle mentalité. Nous devons donc remettre en cause cette vision du monde et admettre qu’il ne pourra y avoir d’équilibre, en nous et autour de nous, que si nous nous efforçons d’entretenir des rapports plus harmonieux avec la nature.

Et pour ce qui est des animaux, ce n’est certainement pas dans un rapport de domination, mais plutôt d’interdépendance et de complémentarité, que nous devrons réapprendre à vivre avec eux. Cela est d’autant plus vrai que nous savons maintenant qu’ils ne sont pas que des machines dénuées de conscience et de sensibilité, comme l’a autrefois soutenu le philosophe René Descartes. Ce sont au contraire des êtres sensibles et intelligents, voire même dotés d’un certain niveau de conscience. Pour toutes ces raisons, ne croyez-vous pas que leurs intérêts devraient être pris également en compte ?