Greta Thunberg lors de son passage remarqué à Montréal le 27 septembre.

Éco-anxieux, toi-même!

C’est le mal des jeunes générations, une toute nouvelle forme de stress : l’éco-anxiété, aussi connue sous le nom de « solastalgie ». Ridiculisées par les uns, incomprises par les autres, les personnes qui en sont atteintes souffrent généralement de détresse et de tristesse face à la perspective de voir notre environnement se dégrader de manière définitive en raison des changements climatiques. Que doit-on penser de ce trouble qui tourne parfois à la maladie?

D’entrée de jeu, reconnaissons que les raisons de s’inquiéter sont bel et bien fondées. À moins d’être un climato-sceptique et de nier le consensus scientifique sur l’origine anthropique du réchauffement planétaire, force est effectivement d’admettre que nous faisons actuellement face à une menace sans précédent qui, à terme, pourrait avoir des conséquences désastreuses pour nous et pour l’ensemble des écosystèmes.

Après, est-il raisonnable de s’inquiéter au point de s’en rendre malade? Probablement pas, mais là n’est pas vraiment la question. Nous ne pouvons pas demander aux anxieux de ne plus être anxieux, d’autant plus qu’ils ont de bonnes raisons de l’être. Tout au mieux pouvons-nous les aider à contrôler leur anxiété, mais cela n’a de sens que si nous mettons en œuvre des moyens concrets pour s’attaquer à la racine du problème. Et le problème, justement, est lié à une menace bien réelle, quoi qu’assez peu (trop peu, devrais-je dire) perceptible pour le commun des mortels.

À celles et ceux qui tournent les éco-anxieux en ridicule, je demanderais donc de faire un petit effort. Je voudrais que vous compreniez que ce ne sont pas les changements climatiques à proprement parler qui génèrent de l’éco-anxiété, mais notre inertie collective. C’est effectivement l’inaction de nos gouvernements, lesquels peinent à reconnaître et à prendre en charge la problématique du climat, qui donne lieu à tout ce stress et aux réactions émotives comme le plus récent discours de Greta Thunberg à l’ONU.

Par ailleurs, il est bon de rappeler que si les émotions sont généralement de mauvaises conseillères, elles n’en sont pas moins nécessaires pour éveiller les consciences. D’une certaine façon, on pourrait dire que les émotions (ou sentiments) servent à mobiliser notre sens moral, lequel s’active ensuite pour trouver des solutions plus rationnelles. Pour toutes ces raisons, je ne vois donc pas l’éco-anxiété comme un problème en soi, mais comme une réponse affective à une menace bien réelle. Mais tout est une question de mesure, évidemment.

En revanche, je trouve beaucoup plus inquiétante la réaction de celles et ceux qui, par ignorance ou par mauvaise foi, refusent d’agir en faveur du climat, voire carrément de reconnaître qu’il y a un problème. Cette indifférence est non seulement navrante, mais considérant les faits, elle devient quasiment criminelle. Je sais, je sais, j’exagère probablement un peu en lançant ce genre d’accusation, mais il n’en demeure pas moins que je me demande parfois ce que ça va prendre pour sortir ces gens de leur torpeur.

En fait, plus j’y pense, plus je me dis que ce sont peut-être eux les plus anxieux, finalement. Ce sont eux qui, accrochés à l’ancien monde et à leurs privilèges, ont effectivement le plus à perdre dans tout ça. Ils n’ont peut-être pas peur de voir la planète se dégrader sous leurs yeux (ils seront probablement morts, de toute façon), mais de devoir faire des compromis sur leur confort et leur qualité de vie. Ainsi, en se réfugiant dans le déni, ils se préservent de la dure réalité qui consiste à reconnaître que notre mode de vie est intenable et que les choses devront forcément changer – et plus tôt que tard, si possible.

Lorsque l’anxiété devient extrême, elle altère, voire paralyse le fonctionnement de la personne. C’est aussi vrai à l’échelle collective, ce qui explique certainement pourquoi il est si difficile de changer le monde – car le changement génère toujours de l’anxiété. Cela dit, nous ne pouvons plus prétexter l’impuissance ou feindre l’ignorance. Nous avons une lourde responsabilité à assumer, ayons donc le courage de regarder la réalité en face et d’agir en conséquence.