Sébastien Lévesque

La fin de l’utopie diversitaire ?

CHRONIQUE / Voilà le genre de texte que j’aurais préféré ne pas avoir à écrire, mais comme on dit, il faut ce qu’il faut. Celles et ceux qui me lisent régulièrement connaissent mes idées et mes valeurs généralement « progressistes ». Vous savez que sur des questions comme la laïcité et la gestion de la diversité ethnoculturelle et religieuse, par exemple, j’ai toujours plaidé en faveur de l’ouverture et de la tolérance. Pour autant, je crois qu’il est peut-être temps que je cesse de prendre mes désirs pour des réalités et que je reconnaisse que l’utopie diversitaire a possiblement atteint sa limite.

Je n’ai aucune certitude à ce propos, cela dit, mais je souhaiterais néanmoins que nous réfléchissions ensemble à la possibilité que, passé un certain seuil, la diversité ne soit plus une richesse, mais davantage un embarras. Je sais, ce n’est pas très politiquement correct de dire ça, mais je le dis sans jugement de valeur, car au-delà des lignes idéologiques et de mes préférences personnelles, il y a aussi la réalité. Et la réalité, c’est probablement que sans valeurs communes fortes, une société est tôt ou tard appelée à se désagréger.

Sébastien Lévesque

Éducation : halte à la compétition

CHRONIQUE / La semaine dernière, Pierre Lavoie a fait une sortie remarquée en s’attaquant à ce qu’il qualifie de « système d’exclusion », c’est-à-dire les programmes sportifs axés sur la compétition. Selon lui, la principale conséquence de cette approche serait que plus de 80 % des jeunes au secondaire « décrochent » des activités sportives, notamment parce qu’ils ne se jugent pas assez bons pour en faire. Personnellement, je suis d’accord avec ce constat et j’irais plus loin en affirmant que la compétition n’a aucunement sa place en éducation.

Mais pour commencer, laissez-moi vous raconter une petite anecdote, une observation tirée de mon expérience de professeur. Lorsqu’ils ont des travaux individuels à faire et à remettre, je suggère souvent à mes étudiants de s’entraider, de préparer tout cela ensemble, dans un esprit de collaboration et de réciprocité. Cela peut prendre diverses formes, ne serait-ce que échanger des idées entre eux sur la question. Malheureusement, avec notre système qui fonctionne à coup d’évaluations et de cote R, les étudiants sont généralement peu enclins à collaborer, surtout que cela pourrait éventuellement se tourner contre eux. En effet, certains ont tout avantage à ce que leurs collègues échouent, question d’améliorer leur propre sort.

Chroniques

Polluer « pour le fun »

CHRONIQUE / Il y a de cela plusieurs années maintenant, j’ai fait mes premiers pas dans le vaste monde de la philosophie par le biais d’un petit livre d’Albert Jacquard intitulé Petite philosophie à l’usage des non-philosophes. Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas, Albert Jacquard est un biologiste, généticien et essayiste français mort en 2013. Reconnu pour ses qualités de vulgarisateur, c’était aussi un grand humaniste. Mais pas vraiment un philosophe, cela dit. N’empêche, son œuvre m’a profondément marqué et je la recommande à quiconque souhaite s’initier à la philosophie et à la culture scientifique.

Dans sa « petite philosophie », publié en 1997, je me souviens notamment d’un passage où Jacquard nous met en garde contre les changements climatiques et les comportements irrationnels qui en sont la cause. Parmi ceux-ci, il insistait souvent sur le gaspillage éhonté que nous faisons de certaines ressources naturelles, à commencer par le pétrole. Or, avant même d’envisager de « sortir » du pétrole, disait-il, il nous faudrait réfléchir à l’usage que nous en faisons.

Sébastien Lévesque

Les enfants de la liberté

CHRONIQUE / Comme je m’y attendais, ma dernière chronique sur l’éducation libertaire a suscité de nombreuses réactions. Et comme je m’y attendais aussi, celles-ci ont été généralement négatives. C’est forcément le cas lorsque l’on tient des propos qui remettent en question les normes et les pratiques établies, surtout en éducation. Car s’il y a bien un sujet sur lequel les gens n’aiment pas être contredits et qui tend à susciter des débats enflammés, c’est l’éducation des enfants.

Pour ma part, même si je n’ai absolument aucun problème avec les débats et avec le fait d’être contredit, je me désole cependant que la plupart de mes détracteurs aient aussi mal compris mes propos et les intentions derrière mon texte. En somme, je ne cherchais pas à « faire la leçon », mais plutôt à susciter la réflexion sur les fondements de nos pratiques éducatives. Certes, je me suis aussi permis d’énoncer quelques grands principes, mais ceux-ci demeurent toutefois sujets à interprétation. Qui plus est, je ne prétends pas moi-même être un parent parfait, mais simplement un parent qui cherche à s’améliorer.

Chroniques

Pour une éducation libertaire

CHRONIQUE / « L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir », disait Pierre-Joseph Proudhon. Malheureusement, la plupart des êtres humains semblent davantage obsédés par le pouvoir que par le développement intégral de la personne. Dans ce contexte, l’ordre devient alors une sorte d’impératif qui ne peut s’imposer qu’au prix du renoncement à soi-même et à sa liberté. En éducation, du moins, c’est souvent le cas. La norme, même.

Les racines d’une telle conception de l’éducation sont ancrées profondément dans notre héritage civilisationnel. Dans notre imaginaire collectif, en effet, elle remonte aussi loin que les mythes anciens, notamment à travers le récit d’Adam et Ève dans la Genèse. Que nous raconte ce mythe ? Essentiellement, que les êtres humains seraient faibles et mauvais, car ils se sont laissés tenter par le diable. Depuis lors, c’est toute l’humanité qui est entachée par le péché originel et qui doit se « laver » de cette faute, notamment par le biais du repentir et de la soumission. En somme, l’être humain doit être réformé.

Cela n’a rien d’évident à première vue, mais le fait est que la façon dont nous concevons la nature humaine y est souvent pour beaucoup dans nos choix éducatifs. Si, par exemple, vous pensez que l’être humain est naturellement mauvais ou enclin à la décadence, il est assez logique que vous considériez qu’il est important d’encadrer strictement les enfants et d’exercer sur eux une autorité forte. Pour leur bien et celui de la collectivité, il convient ainsi d’intervenir auprès des enfants afin d’éviter qu’ils ne sombrent à leur tour dans le vice en raison de leurs pulsions mortifères.

Personnellement, je ne suis pas de ceux qui pensent que les enfants sont naturellement faibles ou méchants. Au contraire, je crois plutôt que les enfants sont à l’image d’Adam et Ève avant qu’ils ne soient victimes de la tromperie échafaudée par le diable. Ils sont purs et innocents, donc bons par nature. Évidemment, cette naïveté peut être à la fois une force et une faiblesse. Une force, car elle dispose à l’amour et à la sincérité. Mais une faiblesse, car il est aisé de corrompre la bonté naturelle d’un enfant. C’est pourquoi l’éducation est si importante.

En son temps, le pédagogue Sébastien Faure disait : « l’enfant n’appartient ni à Dieu, ni à l’État, ni à sa famille, mais à lui-même ». J’aime bien cette idée, car elle signifie que l’enfant est une personne à part entière, avec des besoins et une dignité qui lui sont propres. Elle signifie aussi que les enfants sont libres et que nous devons leur faire confiance. Pour autant, cela ne signifie pas que les enfants n’aient besoin d’aucun encadrement ni d’aucune règle. L’autorité, en éducation, occupe évidemment une place importante. Seulement, comme toute forme d’autorité, l’autorité parentale ou scolaire devrait être en mesure de se justifier d’elle-même et être bienveillante, faute de quoi elle n’est pas légitime.

Or, à ce propos, le problème est que nous imposons trop souvent aux enfants des règles arbitraires qui ne sont pensées qu’en fonction des préférences des parents ou des exigences du système, non sur la base des besoins réels (naturels) de l’enfant. En ce sens, nous attendons d’eux qu’ils se plient à des règles dont ils ne comprennent même pas l’intérêt, et ce, sans possibilité de les questionner. C’est insensé. D’ailleurs, vous aimeriez ça, vous, être ainsi privé de votre liberté ? Tout cela pour votre bien, évidemment.

Qu’on me comprenne bien, je ne dis pas qu’il revient aux enfants et à eux seuls d’établir les règles. Seulement, je pense que, dans la mesure du possible, les règles communes devraient être établies sur la base d’un commun accord, en tenant compte du point de vue et des besoins de chacun. Qui plus est, ce n’est qu’en investissant les enfants dans les processus décisionnels que nous contribuerons à en faire des adultes autonomes, confiants et responsables, non en les assujettissant constamment à des règles imposées de manière unilatérale. L’éducation doit être un espace de liberté, pas une contrainte.

Sébastien Lévesque

Notre destin prométhéen

CHRONIQUE / Ce qui est intéressant, avec les mythes, ce sont les différents niveaux de lecture et d’interprétation qu’ils nous offrent. La semaine dernière, je vous ai parlé du mythe de Frankenstein, ce scientifique obsédé par l’idée de créer la vie et d’empêcher les êtres humains de mourir. Nous avons vu que son ambition démesurée a fini par le mener à sa perte, ainsi qu’à celle de sa créature. Les thèmes de la démesure et de la transgression sont d’ailleurs assez récurrents dans la mythologie, que ce soit avec Adam et Ève dans la Genèse, ou encore Prométhée dans l’œuvre d’Hésiode (poète grec du VIIIe siècle av. J.-C.).

Dans tous les cas, il s’agit de montrer comment un individu ou un groupe est appelé à souffrir ou à se détruire s’il n’accepte pas de s’assujettir aux limites qui lui sont imposées par la nature (ou par Dieu, selon les récits ou les croyances de chacun). Dans le cas de Victor Frankenstein, on se souvient que c’est parce qu’il n’arrivait pas à se résoudre à l’idée que la mort fait partie de la vie qu’il a décidé de braver la nature en s’arrogeant le don de la vie, un pouvoir qui ne lui était évidemment pas destiné.

Chroniques

Les monstres de Frankenstein

CHRONIQUE / En tant que professeur de philosophie, j’aime bien utiliser les mythes pour susciter la réflexion chez mes étudiants. Et par déformation professionnelle, je suppose, j’admets que j’aime bien faire la même chose avec vous de temps à autre. Ainsi donc, en ce début de semaine d’Halloween, je pensais vous parler d’un des plus grands personnages mythiques de notre temps, mais aussi une figure emblématique du cinéma d’épouvante : Frankenstein.

Tout le monde connaît Frankenstein. Enfin, c’est ce que nous croyons. Mais, en réalité, ce que la plupart des gens ignorent, c’est que Frankenstein n’est pas le nom d’un monstre avec la peau verdâtre et des électrodes dans le cou, mais bien de Victor Frankenstein, un jeune scientifique obsédé par l’idée de créer la vie et d’empêcher les êtres humains de mourir. C’est ainsi qu’à partir de restes humains et d’électricité, il créera un être vivant. Nous verrons cependant que malgré ses bonnes intentions initiales, son ambition démesurée finira par le mener à sa perte, ainsi qu’à celle de sa pauvre créature.

L’histoire de Frankenstein ne date pas d’hier. En effet, bien avant d’être porté à l’écran pour la première fois en 1931 et de devenir un phénomène incontournable de la culture populaire, Frankenstein est d’abord le titre d’un roman publié en 1818 par une jeune romancière anglaise nommée Mary Shelley. Le sous-titre de l’ouvrage, le Prométhée moderne , évoque en lui-même les terribles conséquences qui attendent celui qui ose transgresser les limites imposées par la nature. Mais ce qui étonne, en parcourant le livre, c’est de constater à quel point l’intrigue est différente de l’image que nous nous en faisons généralement aujourd’hui. 

Certes, le récit raconté par Shelley contient bien quelques éléments typiques de l’horreur, mais c’est aussi et surtout une œuvre romantique. La créature de Frankenstein n’a d’ailleurs rien du monstre cruel et assoiffé de sang que nous nous imaginons. Pas au début, du moins. Au contraire, cette dernière se démarque avant tout par son intelligence et sa grande sensibilité. Sauf qu’à son grand malheur, la créature s’avère d’une apparence si terrifiante que même son créateur, déçu de sa réalisation, l’abandonnera à son triste sort.

« L’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt », disait le philosophe Jean-Jacques Rousseau. Voilà une citation qui sied parfaitement à la créature de Frankenstein. Abandonnée par son « père » après sa sinistre naissance, elle cherchera tant bien que mal à connaître ses origines et à tisser des liens avec les êtres humains. Elle veut aimer et être aimé, autrement dit. Elle constatera cependant rapidement qu’en raison de sa différence, elle ne parviendra jamais à susciter la sympathie de quiconque, et qu’en dépit de ses efforts, elle sera constamment rejetée et méprisée par les autres. 

Dans un premier temps, la créature sombre dans la mélancolie. Elle trouvera bien un peu de réconfort dans la nature, mais cela s’avère insuffisant. C’est alors que dans un geste désespéré, elle demande à son créateur de l’aider, de lui créer une femme comme lui, une personne qui pourrait l’aimer en dépit de sa laideur. Mais il refuse. Ce n’est qu’ensuite que la créature entre dans sa phase de révolte et sombre dans la folie meurtrière. Poussée au désespoir et habitée par les remords, elle finira même par se suicider.

La morale de cette histoire, c’est que nous engendrons souvent nous-mêmes les monstres qui nous hantent. En effet, ce qui a fini par faire de la créature de Frankenstein un véritable « monstre », c’est le rejet et la souffrance que lui ont infligés son créateur (son père) et la société. Il s’agit d’une fiction, évidemment, mais cette dernière est très souvent rattrapée par la réalité. Toute proportion gardée, des monstres de Frankenstein, notre société en façonne tous les jours. Que ce soit les gens que nous refusons d’intégrer en raison de leur différence, ou encore les victimes d’intimidation, nombreux sont celles et ceux qui subissent la violence inhérente à notre système. Pas étonnant que plusieurs d’entre eux implosent ou explosent.

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Rompre avec la paranoïa

CHRONIQUE / Si vous lisez cette chronique, c’est que vous avez survécu. Survécu à quoi, me demanderez-vous ? À la première semaine de légalisation du cannabis, voyons ! Je rigole, mais n’empêche qu’à en croire les propos de certaines personnes, incluant des politiciens, notre société s’apprêterait ni plus ni moins à sombrer dans la décadence. Fuyez, pauvres âmes infortunées, car l’enfer de la drogue est à nos portes. Aux portes des succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC), évidemment.

Plus sérieusement, c’est surtout l’ampleur du phénomène qui me laisse dubitatif. Sauf que ce qui m’étonne le plus, ce n’est pas la popularité des produits vendus par la SQDC, mais bien le battage médiatique qui entoure la légalisation. Tout se déroule comme si le cannabis était quelque chose de nouveau et que sa légalisation représentait une véritable révolution. Or, il n’en est rien. Soyons honnêtes et réalistes une minute, les produits du cannabis n’ont effectivement pas attendu leur légalisation pour être présents sur le marché. Et le fait est que nous connaissons probablement tous au moins une personne qui consommait déjà du pot sur une base régulière, voire qui en vendait, et ce, bien avant la légalisation.

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L'art du compromis

CHRONIQUE / C’est reparti ! Sitôt élue, la Coalition avenir Québec (CAQ) a annoncé son intention de légiférer sur les signes religieux. Et comme il fallait s’y attendre, la réplique n’a pas tardé, les opposants y allant de leurs habituelles accusations de xénophobie et de racisme. Ce débat, on le constate, est malheureusement polarisé à l’extrême, au point où il est devenu très difficile d’envisager une issue favorable. Dans ces conditions, s’il souhaite véritablement régler la question une bonne fois pour toutes, le gouvernement caquiste devra faire preuve de beaucoup de détermination, mais aussi de souplesse. Or, si le passé est garant de l’avenir, ce n’est pas gagné d’avance.

Pour des raisons évidentes, je ne vais cependant pas relancer ce débat ici. Cela fait effectivement plus de dix ans que les Québécois débattent de laïcité et j’estime que les arguments ont été suffisamment entendus. L’heure n’est donc plus aux tergiversations, mais à l’action. Mais que faire ? La bonne nouvelle, c’est qu’en dépit de la polarisation que suscite cette question, un consensus est éventuellement à portée de main. Et ironiquement, la solution passe peut-être par le rapport Bouchard-Taylor, publié en 2008.

Vivement critiqué au moment de sa sortie, ce rapport n’en est pas moins le fruit d’un long processus de consultation et de réflexion. Pendant la commission, des Québécois de toutes les origines ont pris la parole, notamment pour exprimer leurs craintes identitaires ou leur attachement aux droits individuels. Dans leurs conclusions, les commissaires ont ainsi cherché à rendre compte de la complexité de la situation du Québec, tiraillé entre sa diversité et son désir de conservation culturelle. Ce dont le Québec a besoin, disaient-ils, c’est de solutions mitoyennes.

Dans le domaine des signes religieux, par exemple, les commissaires Bouchard et Taylor ont été forcés de procéder à une sorte de compromis entre les deux extrêmes. Plutôt que tout interdire, comme en France, ou ne rien interdire, comme au Canada, ils ont proposé une forme d’interdiction qui se limiterait aux employés exerçant des fonctions dites « coercitives », comme les juges et les policiers. À noter que depuis, Charles Taylor s’est distancié de cette prise de position, mais elle n’en demeure pas moins pertinente pour nous.

À priori, je vois donc d’un bon œil que le gouvernement caquiste ait décidé d’adopter une posture semblable à ce que les commissaires Bouchard et Taylor ont proposé dans leur rapport, car c’est possiblement la seule susceptible de faire consensus au Québec. Cela dit, il existe quelques différences majeures entre la proposition de la CAQ et celles du rapport Bouchard-Taylor, à commencer par l’ajout des enseignants comme catégorie d’emploi visée. À n’en point douter, cet élément fera l’objet de nombreuses discussions, tout comme la distinction entre certaines notions comme « autorité » et « coercition ». Dans tous les cas, pour réussir là où les autres ont échoué, la formation de François Legault devra se montrer davantage à l’écoute et plus encline aux compromis que ses prédécesseurs péquistes et libéraux. À ce propos, s’il y a bien un reproche que l’on peut adresser au Parti québécois de 2014, c’est son intransigeance. En effet, on se souviendra qu’en commission parlementaire, le ministre Bernard Drainville n’a en aucun cas daigné faire la moindre concession sur son projet de Charte des valeurs. 

De son côté, le bilan du Parti libéral du Québec n’est guère plus reluisant. Bien qu’ils aient été au pouvoir pendant plus de 15 ans, il semble que les libéraux n’ont jamais cru bon légiférer sérieusement sur la question, laissant ainsi le débat dégénérer allégrement. Que ce soit par principe ou par pur électoralisme, le fait est qu’ils ont manqué à leur devoir. 

Bref, la réussite du gouvernement caquiste dépendra essentiellement de sa capacité à manier l’art du compromis, par exemple en ajoutant une clause grand-père permettant aux employés actuels de continuer à porter leurs signes religieux. Et en retirant le crucifix à l’Assemblée nationale, peut-être ?

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La religion et nous

CHRONIQUE / Dernièrement, je vous ai parlé du malaise identitaire des Québécois, notamment pour expliquer en quoi et pourquoi certains enjeux comme la laïcité, l’identité et l’immigration ont chez nous une résonance particulière. De manière générale, je souhaitais démontrer que si les Québécois ont de telles préoccupations, ce n’est pas tant parce qu’ils sont xénophobes ou racistes, mais surtout parce que le Québec constitue une « petite nation », c’est-à-dire une minorité culturelle et linguistique dans l’ensemble canadien et nord-américain. Conséquemment, il y a fort à parier que les Québécois seront toujours plus ou moins habités par un sentiment d’insécurité et de fragilité identitaire.

Aujourd’hui, j’aimerais émettre l’hypothèse que si la laïcité apparaît aussi importante aux yeux de nombreux Québécois, c’est entre autres parce que plusieurs d’entre eux entretiennent un rapport trouble avec la religion. Ainsi, bien qu’elles puissent être jugées recevables et compréhensibles, les craintes exprimées par les Québécois devraient être soumises à un examen rationnel. Par exemple, s’ils font tant de cas des signes religieux, et en particulier du voile, j’estime que ce n’est peut-être pas toujours pour les bonnes raisons. Bref, un petit examen de conscience s’impose afin d’évaluer le bien-fondé et les sources de cette défiance.