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Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron
La location d’un appartement et la signature d’un bail sont souvent donnés en exemple pour illustrer le racisme systémique.
La location d’un appartement et la signature d’un bail sont souvent donnés en exemple pour illustrer le racisme systémique.

Systémique, ce n’est pas systématique

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«Le mot "systémique" dans "racisme systémique" me fatigue. Je ne veux pas faire les rabat-joie, je comprends l’enjeu du racisme, mais "systémique" me laisse entendre que c’est écrit dans les procédures, que les infirmières et les policiers ont des procédures différentes à appliquer selon l’origine ethnique de la personne [Étienne Julien, Québec].»

Précisons d’emblée, le sujet étant particulièrement délicat, que cette chronique ne tentera pas de faire la preuve qu’il y a du racisme systémique au Québec, et encore moins de proposer des solutions, mais bien d’expliquer pourquoi on a choisi le mot «systémique» et pourquoi il y a un désaccord à ce sujet.

Dans tout ce débat, j’ai l’impression qu’une partie du problème vient de l’interprétation que chacun fait de l’adjectif «systémique». On peut aussi se demander, la locution étant d’abord apparue aux États-Unis dans les années 1960, s’il pourrait y avoir une différence de sens entre l’anglais et le français dans la définition de ce mot.

Première information qui devrait vous rassurer: «racisme systémique» figure dans le Grand dictionnaire terminologique depuis 2020. C’est signe que des terminologues se sont penchés sur cette locution et qu’ils l’ont jugée correcte. Le GDT nous dit que «"racisme systémique" […] est d’emploi plus récent que "racisme institutionnel" en ce sens. Il est néanmoins adéquat puisque l’adjectif "systémique" signifie "qui concerne un système ou qui agit sur lui"».

Le Petit Larousse et le Petit Robert, même s’ils ne citent pas «racisme systémique», acceptent aussi cet adjectif qui nous est venu de l’anglais et qui a été relevé pour la première fois en 1970.

Racisme organisé?

Mais le plus important (et je crois que c’est là que loge une bonne partie de la confusion), c’est que «systémique» ne veut pas dire «systématique». Un écueil que perçoit également le GDT, qui insiste aussi sur cette distinction.

Peut-être que, pour certains d’entre vous, c’est l’évidence même. Mais pas pour tout le monde, ai-je constaté. Et ce n’est pas si fou: en didactique, les deux mots ont pratiquement la même définition, soit «relatif à un système» pour «systématique», et «qui se rapporte à un système» pour «systémique», selon mon Petit Robert.

Le hic, c’est que «systématique», dans son usage courant, signifie aussi: «Qui procède avec méthode, dans un ordre défini, pour un but déterminé.» Au XXe siècle, ce mot est même devenu souvent péjoratif, au sens de «soutenu», d’«absolu» (comme dans «refus systématique», par exemple).

Certaines personnes, lorsqu’on parle de racisme systémique, entendent donc racisme «méthodique, organisé, habituel, invariable». Même si ce n’est pas du tout de ça qu’il est question.

Peut-être est-ce de là que provient également le sentiment que le mot «système» implique invariablement une intervention humaine. Encore là, c’est une impression que je peux très bien comprendre. La première définition que donne mon Petit Robert au mot «système» concerne des éléments intellectuels: «Ensemble conçu par l’esprit d’objets de pensée unis par une loi.» D’origine grecque («sustêma»), le mot voulait dire au départ «ensemble», mais aussi «constitution politique» et «système philosophique».

Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il y a autour de nous des systèmes complètement naturels, du plus grand (système solaire, planétaire, météorologique) au plus petit (système nerveux, système digestif, système circulatoire, système moléculaire, système atomique…).

Cause ou effet?

Il reste que, dans notre vie de tous les jours, nous parlons beaucoup plus souvent des systèmes d’origine humaine qui nous entourent: système économique, système politique, système de justice, système d’éducation, système de santé, etc. Et c’est évidemment le plus souvent à ces systèmes que l’on fait référence lorsqu’il est question de racisme systémique.

Dans certains cas, il arrive que le système soit la source directe du racisme. On donne souvent comme exemple la Loi sur les Indiens, qui date de 1876 et qui compte plusieurs articles discriminatoires aux yeux de nombreux analystes et observateurs.

Mais plusieurs personnes utilisent également l’expression «racisme systémique» dans les cas où le système, sans être la source directe du racisme, lui laisse le champ libre. Ce n’est pas contradictoire avec la définition du mot («qui concerne un système»), mais c’est souvent sur ce point qu’il y a désaccord.

Prenons un des exemples les plus fréquemment cités: celui de la location d’un appartement. Nous vivons dans un système capitaliste qui laisse au propriétaire d’un immeuble une entière discrétion sur le choix de ses locataires. Ce système n’est pas raciste en tant que tel, mais la façon dont il fonctionne ne permet pas d’empêcher le racisme.

Bien sûr, la location d’un appartement est encadrée juridiquement par la Régie du logement. Toutefois, pour que cette dernière puisse exercer son autorité, il faut qu’un bail ait été signé, ce qui exclut d’emblée les gens qui se font refuser pour des raisons ethniques. L’individu discriminé doit se tourner vers la Commission des droits de la personne, laquelle n’a pas de pouvoir coercitif et exige de longs délais.

En résumé, notre système juridique désavantage ici la victime de racisme.

La mésentente commence lorsque des personnes se servent de cet exemple ou d’un cas semblable pour dire que notre système «crée» du racisme. C’est là que d’autres s’opposent: pour eux, il y a une différence entre créer le racisme et ne pas l’empêcher (ou mal le prévenir), pointant plutôt l’éducation et les conditionnements individuels comme véritables causes.

Le GDT définit le racisme systémique comme une discrimination «issue» d’inégalités à fondement racial, mais peut-on dire que cette discrimination est, dans ce cas-ci, créée par le système? Qui a raison, qui a tort?

À partir de là, c’est à vous de juger.

J’oubliais. Peut-être que certains d’entre vous se demandent, par curiosité, quel genre de système de location d’appartements offrirait un meilleur rempart contre le racisme...

Le système coopératif est un bon exemple. Dans une coopérative d’habitation, on se retrouve devant un système qui permet généralement de mieux prévenir les discriminations raciales ou autres, étant donné que la sélection des locataires est effectuée par un comité de personnes et non une seule.

Perles de la semaine

Vous aussi, vous vous étiez ennuyé des perles du «Sportnographe»? Allez, un autre petit coup!

«D’habitude, quand je pense pas, c’est là que je suis à mon meilleur. Pis je pensais un petit peu trop.»

«Rappelez-vous, voilà deux, trois ans, on n’avait pas de centres. Et aujourd’hui on a Suzuki pis KKK [KK, surnom de Kotkaniemi].»

«Plekanec, on lui donnait 

six millions les doigts fermés.»

«C’est un joueur dérangement.»

«C’est qui ton band préféré, all-time Québec? —Les Cowboys fringants. Beau Delage. Beau Delage, j’adore ça.»


Questions ou commentaires? 

Steve.bergeron@latribune.qc.ca