Steve Bergeron

«En mode» chronique

CHRONIQUE / Est-il juste d’utiliser l’expression «être en mode» qu’on entend constamment depuis quelque temps? (Thérèse Cossette, Québec)

La Banque de dépannage linguistique hésite à donner son feu vert à cette tournure qui nous vient de l’anglais et qui, forcément, a fini par se propager en français. La principale crainte des linguistes est qu’elle devienne un cliché. Ils ont un peu raison, car il est vrai qu’il y a des gens qui n’ont qu’«en mode» au bout des lèvres.

«À partir de maintenant, je suis en mode vacances!»

«Étant donné l’échéance, nous devons tous passer en mode accéléré.»

«J’aimerais que tu te mettes en mode résolution dans ce dossier.»

Cette expression nous vient du vocabulaire technique, plus particulièrement de l’informatique. Elle s’est ensuite étendue à tous les types de machines. Elle est d’ailleurs pleinement acceptée en français dans ce créneau.

Vous pouvez donc continuer sans problème de dire que vous avez mis votre cellulaire en mode mains libres, que votre nouvelle voiture peut passer du mode manuel au mode automatique, que vous avez accès à un fichier en mode lecture seulement, que votre écran d’ordinateur vient de tomber en mode veille.

Maintenant, en anglais, cette construction s’est répandue dans la langue générale (je précise qu’on parle d’un phénomène récent, car je n’en ai trouvé aucune trace dans mes dictionnaires d’anglais-français, qui datent d’une vingtaine d’années). La BDL donne plusieurs exemples («in study mode», «in crisis mode», «in panic mode», «in election mode», «in attack mode», «in react» ou «reaction mode»…).

Les linguistes de la BDL reconnaissent que cette façon de comparer une personne à une machine est un sens figuré offrant une image assez éloquente. Mais ils ne sont pas prêts à faire le pas et suggèrent d’autres tournures, comme celles qui suivent.

«L’annonce surprise a conduit les dirigeants à gérer l’entreprise en cédant à la panique [plutôt qu’"en mode panique"].»

«Les deux parties sont engagées dans des négociations intensives [plutôt que "sont en mode négociation"].»

Mais j’estime qu’il sera difficile de faire marche arrière, étant donné que cette construction est déjà admise dans le vocabulaire technique et que les suggestions de remplacement que fait la BDL sont souvent plus longues et beaucoup moins imagées (rappelez-vous le pouvoir du sens figuré, dont je vous parlais la semaine dernière).

Il reste que, si «en mode» est devenue un tic de langage que vous utilisez à toutes les cinq phrases, il est peut-être temps de penser à varier votre vocabulaire...

Par ailleurs, ajoute la BDL, «il existe en français l’expression "sur le mode…", employée avec un adjectif ou un complément déterminatif, et qui signifie "à la manière"; cette expression est tout à fait correcte en français».

«Les auteurs ont préféré traiter le sujet sur le mode comique.»

«L’histoire est racontée sur le mode de la fiction.»

Perles de la semaine

Fonction: auteur de la chronique «La presse en délire». Diagnostic: blessure avec des ciseaux. Cause: a éclaté de rire en découpant le journal.

«Il s’inflige une blessure à l’épaule en tombant sur la poitrine pendant qu’il prenait ses jambes à son cou.»

«Il a volé le ballon au quart-arrière des Aztèques pour marquer son premier touché depuis qu’il joue au baseball.»

«Économisez jusqu’à 150% sur certains livres!»

«Demandé: stéréo-dactylo parfaitement bilingue avec belle personnalité.»

«Cuisinier(ère) de casse-croûte demandé. Conditions: entre 36 et 40 heures/semaine. Exigences: carte de commis aux pièces avec un minimum de quatre ans d’expérience dans les pièces Renault.»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.