Le 23 mars 2007, j’expliquais que la locution «faire du sens» est une copie carbone de l’anglais «to make sense», et qu’elle n’a aucun bon sens en français.

Dans le mauvais sens

Votre chronique m’a fait penser à un autre anglicisme que j’entends régulièrement: «Ça ne fait pas de sens.» Étant anglophone moi-même, je dis : «It makes no sense.» Mais en français, j’aurais tendance à dire : «Cela n’a pas de sens.» (Suzanne Messara, Ayer’s Cliff)

Le 23 mars 2007, j’expliquais que la locution « faire du sens » est une copie carbone de l’anglais « to make sense », et qu’elle n’a aucun bon sens en français.

Vous aurez deviné qu’il faut utiliser le verbe « avoir », et non « faire ». Il est aussi possible de dire qu’une chose est sensée, qu’elle se tient debout, qu’elle semble logique. Dans la situation contraire, au lieu de vous empêtrer dans un « cela ne fait pas de sens », hurlez plutôt: « C’est insensé! Ça ne tient pas debout! C’est à n’y rien comprendre! C’est totalement illogique! »

Notez que la locution « faire sens » existe. Elle veut dire « avoir un sens, être intelligible », selon le Petit Robert. L’Office québécois de la langue française précise qu’elle s’emploie notamment en philosophie et en littérature.

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« Comme expression qui m’agace, il y a "se faire une tête". Il s’agit selon moi d’un anglicisme qui vient de l’expression anglaise "to make up his mind". En français, il faudrait dire "se faire une idée, une opinion". Ai-je raison? » (Roger Giguère, Québec) 

Le 15 juin 2007, je répondais que « se faire une tête » semblait en effet devenir une locution très en vogue et qu’il était un peu désolant de voir le public et les médias l’inclure dans leur vocabulaire et l’utiliser abondamment sans jamais se demander si cette nouvelle façon de dire est correcte.

Après avoir fouillé, j’en conclus que « se faire une tête » est simplement une mauvaise tournure, totalement inutile parce qu’elle ne comble aucun manque. La majorité des gens continue de se faire une idée ou une opinion, de se décider, de trancher, etc.

« Les électeurs se sont fait une idée sur le plan d’urbanisme. »

« Il serait temps que tu te décides! »

« Le premier ministre a finalement tranché la question. »

Pour l’instant, aucun ouvrage de difficultés ne relève l’erreur. Le mot anglais « mind » faisant davantage référence à l’esprit qu’à la tête, je doute que l’on puisse parler véritablement d’un anglicisme. Il s’agit plutôt d’une impropriété.

On peut se faire une tête en français, mais à l’Halloween ou lors d’un bal costumé. Quoique vieilli en se sens, le mot « tête » peut avoir comme définition : « Visage qu’on a grimé et paré pour se divertir. »

« Tu ne la reconnaîtras pas : elle s’est fait toute une tête! »

Néanmoins, Montaigne a écrit qu’il vaut mieux avoir la tête bien faite que bien pleine, c’est-à-dire qu’un esprit rigoureux et critique vaut mieux qu’une grande mémoire factuelle.

Perles de la semaine

Avec leurs rapports, ces policiers auraient saboté l’atmosphère dans « 19-2 »...

« Le trio des voleurs était composé de quatre hommes. »

« Aveugle de naissance, la femme n’avait rien vu venir... »

« Ouvrant le coffre du véhicule, nous y avons trouvé uniquement du vide. »

« L’infraction fut constatée par la brigade deux jours avant qu’elle ait lieu. »

« On ignore les raisons qui ont poussé le désespéré à se faire assassiner. »

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.