Chronique au poil

CHRONIQUE / Discussion au salon de coiffure. Le coiffeur applique la teinture et l’on attend 35 minutes. Doit-on écrire «35 minutes de temps de pause» ou «35 minutes de temps de pose»? Merci de nous éclairer sur le sujet. Merci aussi pour vos chroniques que je parcours assidûment. (Louise Roy, Sherbrooke)

C’est fou comment une question d’apparence banale peut parfois nous conduire à nous arracher les cheveux. Même si je n’y connais rien en coiffure, j’étais persuadé de pouvoir vous répondre en criant ciseau.

En fait, oui, je pourrais couper court, car le Grand Dictionnaire terminologique nous dit qu’en cosmétologie, le temps de pause est le «temps fixé pour chaque opération sur le cheveu». Le GDT tire cette information du Conseil international de la langue française. L’équivalent anglais est «waiting time». Je pourrais donc arrêter ma chronique ici sans couper les cheveux en quatre.

Mais quand on tape «teinture» dans Google avec «temps de pause», puis «temps de pose», on s’aperçoit que le deuxième ressort beaucoup plus souvent. Évidemment, ça ne veut pas dire que l’usage prépondérant l’emporte et que «temps de pose» s’en trouve cautionné. Mais pourquoi une vaste majorité est-elle tentée d’écrire «temps de pose»?

Parce qu’il me semble qu’on ne pose pas une teinture. Certes, le verbe «poser» ne se limite pas qu’aux objets concrets et est souvent utilisé au sens figuré. On peut poser une question, poser un regard, une situation peut poser un problème... Mais le verbe «appliquer», auquel vous avez d’ailleurs recouru, me semble tomber pile-poil sur le sens recherché. Le Petit Robert lui donne comme définition : «Mettre (une chose) sur (une autre) de manière à faire toucher, recouvrir, faire adhérer ou laisser une empreinte.»

L’attrait pour «temps de pose» pourrait venir d’une analogie qui peut paraître tirée par les cheveux: en photographie, la pose, c’est «l’exposition de la surface sensible d’une pellicule à l’action des rayons», et le temps de pose, c’est la «durée nécessaire à la formation d’une image correcte». L’expression est tantôt synonyme de «durée d’exposition», tantôt de «vitesse d’obturation», explique le GDT.

On pourrait ainsi dresser un parallèle entre cette durée nécessaire pour que l’image se forme correctement et cette autre durée nécessaire pour que la teinture fasse effet, pénètre le cheveu et le colore convenablement. Du moins, c’est peut-être de cette façon que les gens qui écrivent «temps de pose» le perçoivent.

Tout ça, évidemment, n’est que suppositions de ma part, la source la plus fiable nous assurant que «temps de pause» est la bonne orthographe. Mais cette petite recherche nous permet de constater que «temps de pose» est loin d’être dénué de sens et ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe.

D’ici à ce qu’un dictionnaire accepte les deux, vous saurez quoi écrire et quoi répondre. Sans friser le ridicule.

PERLES DE LA SEMAINE

Un examen sur les vaches. Les élèves n’avaient pas droit à leur «caillé» de notes.


«La vache a toute sa force dans les pattes de devant, c’est une traction avant.»

«La vache française la plus courante est la hollandaise.»

«Le petit de la vache est le vacherin.»

«Heureusement qu’on tue les vaches pour les manger, sinon il y aurait plus de vaches que de brins d’herbe.»

«Le lait stérilisé est le lait des vaches qui n’ont pas eu d’enfants.»


Source : «Le sottisier du collège», Philippe Mignaval, Éditions Points, 2006.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.