La joie était grande après l’atterrissage, autant pour le journaliste que pour le membre des SkyHawks, Luc Robichaud.

Sauter dans le vide, c’est l’expérience d’une vie

CHRONIQUE / « Tu vas voir, c’est le trip d’une vie. » C’est ce que mon chef de nouvelles, cinq sauts en parachute derrière la cravate, m’a dit lorsqu’il m’a annoncé que j’étais l’heureux élu pour faire un saut en tandem avec les SkyHawks, l’équipe de parachutistes des Forces armées canadiennes. Je peux confirmer que je me souviendrai du 21 juin 2019 comme étant la journée où je me suis tiré dans le vide, à 15 000 pieds d’altitude.

Le 14 juin – le jour de ma fête ! –, on me proposait de participer à l’activité médias rendue possible dans le cadre du Spectacle aérien international de Bagotville (SAIB), présenté samedi et dimanche à la Base militaire de Bagotville. Sans hésiter une seconde, j’ai bien sûr accepté, en ne réalisant peut-être pas pleinement la chance qui s’offrait à moi.

D’ailleurs, je me rends compte que je suis du genre à ne pas trop – ou assez – me stresser avec certaines situations qui mériteraient parfois que je m’emballe un brin. C’est peut-être l’âge. Mais ça, c’est une autre histoire.

C’était donc vendredi le grand jour. L’équipe des communications de la Base militaire de Bagotville nous attendait dans le stationnement principal, le photographe et fidèle acolyte Rocket Lavoie et moi, en plus d’une équipe de TVA et de Radio-Canada. La gameuse professionnelle Stéphanie Harvey faisait aussi partie du lot. J’ai également croisé le comédien Jeff Boudreault, de Roberval. Il venait de vivre son deuxième saut à vie, mais il ne semblait pas top shape. On l’a donc laissé tranquille.

La journaliste de TVA Andréanne Larouche et Stéphanie Harvey ont été les premières à monter à bord du Cessna Caravan, tandis que Louis Martineau, de Radio-Canada, et moi-même avons patienté tout au plus une heure entre les deux envolées. Juste assez pour faire monter le stress, ou pour revenir sur notre décision !

Nous avons plutôt fièrement enfilé nos pétillantes combinaisons rouges à l’effigie des SkyHawks, puis le harnais de sécurité sous les bonnes recommandations de l’expert et partenaire en tandem, le capitaine Luc Robichaud, membre des SkyHawks depuis le début de l’année et officier de systèmes de combat aérien à la base des Forces canadiennes de Winnipeg. Ironie du sort, capt Robichaud amorcera un nouveau mandat à Bagotville dès octobre.

Le grand moment est ensuite arrivé, quand nous avons monté dans le petit avion. En excluant les deux hommes aux commandes, nous étions sept à nous garrocher, littéralement, dans le vide. L’excitation a monté d’un cran quand l’un des pilotes a lancé le décompte, rappelant qu’il restait trois minutes avant d’atteindre 15 000 pieds d’altitude.

« Deux minutes. »

« Une minute. »

« Go. »

Trop tard pour reculer ; c’est là que ça se passe. C’est quand j’ai vu le premier SkyHawk, un caméraman, disparaître à vitesse grand V en se laissant tomber dans le ciel, au-dessus de La Baie, que j’ai enfin réalisé ce qui s’en venait. J’avais quand même une pleine confiance au capitaine Robichaud, qui était parfaitement en contrôle de la situation.

Nous avons été les deux derniers à vivre ce sentiment unique et inoubliable de se laisser aller dans le vide. C’était complètement fou, surtout la chute libre, qui a duré environ une minute, selon notre expert. Ça m’a paru un peu moins long, mais j’ai totalement profité du moment. Toujours selon le sympathique militaire, un tandem peut atteindre environ 120 milles à l’heure, soit près de 300 km/h. C’est vite en titi.

Comme l’a si bien dit Luc Robichaud, ça nous donne assez de temps pour absorber le choc de s’abandonner dans le vide, et ensuite de profiter du moment. Tu as vu juste, Capitaine ! La vue là-haut, à l’extérieur de l’habitacle de l’avion, c’est indescriptible. Le parachute est déployé à 6000 pieds d’altitude, et c’est à ce moment qu’on peut « relaxer », en n’ayant plus à garder une position arquée, histoire de limiter les turbulences pendant la descente.

Après avoir admiré La Baie du point de vue d’un oiseau, dont la majestueuse baie des Ha ! Ha ! et une partie du fjord du Saguenay, l’atterrissage s’est fait dans une douceur remarquable, les fesses dans un gazon un peu long. L’atterrissage en avion est définitivement plus raide qu’en parachute.

Un passionné

Parachutiste expérimenté avec plus de 400 sauts au civil, l’officier Robichaud mérite beaucoup de crédit pour cette expérience. Sympathique et rassurant, il n’y a eu aucun moment d’inquiétude pendant l’avant-midi passé en sa compagnie. Il est lui-même conscient de la chance qu’il a pendant l’été, avant de retrouver son emploi standard dans les Forces, à l’automne. Les SkyHawks sont inactifs l’hiver, après avoir participé à plusieurs spectacles aériens durant la période estivale.

La descente en parachute se fait tout en douceur, y compris l’atterrissage.

« On assure une présence médiatique, on fait des démonstrations en parachute, on dit bonjour aux enfants et explique le rôle que joue l’armée », a indiqué Luc Robichaud, ajoutant que l’équipe des SkyHawks compte des membres des Forces de différents corps de métiers, du cuisinier à la police militaire, en passant par des officiers.

« J’adore ça, a-t-il ajouté, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Je suis capable de vivre ma passion et d’en faire mon travail pour un été, tout en représentant mon pays un peu partout à travers le Canada. »

Tout comme je l’ai fait vendredi, Luc Robichaud, un natif de Sorel-Tracy, profite du moment. C’est vraiment vrai : sauter en parachute, c’est le trip d’une vie.