François Beaumont

Salut Frank

CHRONIQUE / À 36 ans, mon chum François Beaumont a atteint la ligne d’arrivée en fin de semaine dernière.

Ami de jeunesse, tu as fait partie de ma routine du dimanche pendant de nombreuses années. On se réunissait entre amis pour regarder les différents matchs de la NFL, mais c’était avant tout une occasion de voir la gang. Tu arrivais toujours avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles, ce qui était contagieux. Tu arrivais aussi habillé aux couleurs des Chiefs, mais ça, c’est une autre histoire. Sincèrement, je ne me souviens pas de t’avoir vu de mauvaise humeur. De plus, tu n’avais pas besoin de parler souvent ou fort pour faire valoir ton point. Quand tu ouvrais la bouche, les gens écoutaient ce que tu avais à dire. 

Apprendre qu’une personne est atteinte du cancer, ça nous remet toujours un peu en question. On se sent bien impuissant face à ce fameux hasard de la vie. Quand cette personne est dans la trentaine et est un athlète de classe mondiale, c’est révoltant. À travers cette épreuve, un cancer du côlon avec métastases au foie du grade le plus élevé (4), tu as démontré une résilience et une détermination hors du commun. Quand tu as reçu la mauvaise nouvelle, en mars 2015, tu te préparais pour les Championnats du monde de triathlon sprint. Quelques mois plus tôt, tu avais terminé 7e lors des Championnats canadiens. Tu aurais bien pu décider de tout laisser tomber, mais c’était bien mal te connaître. Pendant que tu multipliais les démarches afin de trouver un traitement, tu as pris la route de Chicago en septembre pour prendre le départ. Le résultat n’avait aucune importance à tes yeux et ceux des autres, mais tu tenais à le faire. Tu m’avais d’ailleurs confié par la suite que dès que tu avais mis les pieds dans l’eau froide du lac Michigan, tu savais que la journée serait longue et pénible. Sans rouspéter, tu as pris ton courage à deux mains jusqu’au fil d’arrivée. 

Tu as toujours montré cette même attitude positive face à la maladie. Tu as tout essayé, allant même jusqu’à t’exiler en Allemagne pour des traitements de chimio-embolisation donnés par le Dr Thomas Vogl. Ce n’était pas simple, étant donné les sommes importantes à débourser. Tes proches, tes amis et même de purs inconnus se faisaient toutefois un plaisir de t’apporter leur soutien, tellement tu étais inspirant. 

L’an dernier, on te croyait même en rémission. Ce satané cancer est revenu à la charge, ce qui n’a rien changé à ton attitude. Quand tu te sentais bien, tu venais faire ton tour et regarder le football même si le combat laissait des traces. Un soir de match des Sags, lors des dernières séries, on a jasé. Tu m’avais dit à ce moment que tu gardais le cap, avec assurance, même si tu étais probablement tracassé par les mois à venir. Au début du mois d’octobre, tu n’as rien laissé paraître quand tu es venu à la maison le temps d’un après-midi de football qui a passé beaucoup trop vite. Quand tu es apparu dans mon entrée, je vais toujours me souvenir du sourire des autres gars qui étaient sincèrement heureux de te voir. Une fois à l’intérieur, je me suis assis quelques minutes avec toi. On a jasé de tout et de rien. Je t’ai demandé comment ça allait, mais dans le fond, j’aurais voulu avoir le courage de te dire le fond de ma pensée. Comment je te trouvais inspirant et surtout, que je t’aimais mon ami. Puis au début du mois, tu as écrit ton dernier message sur ta page Facebook dans lequel tu mentionnais que la ligne d’arrivée approchait et ce n’était pas celle que tu avais envisagée au départ. À ce moment, j’ai vraiment regretté d’avoir manqué de courage.

Depuis quelques jours, les témoignages et les souvenirs à ton endroit sont aussi nombreux que révélateurs de l’impact que tu as eu sur les autres. On a tous notre petite anecdote bien particulière à ton sujet avec un élément central: ta joie de vivre. 

J’espère sincèrement que tu as une bonne place là-haut pour regarder Laurent Duvernay-Tardif et tes Chiefs. Salut Frank. Tu vas tous nous manquer!