Richard Desrosiers de Chicoutimi a subi un accident de vélo en roulant dans un nid de poule sur la rue Vimy à Chicoutimi, secteur nord.

Zigzaguer entre les fissures

CHRONIQUE / Richard Desrosiers, un retraité de 67 ans, a évité le pire lors d’une chute à vélo, sur la rue Vimy, dans le secteur nord de Chicoutimi, dimanche. Le sportif, qui pratique le vélo depuis plus de 25 ans à raison de 300 sorties par année, est tombé dans une imperfection de la route. Il s’est cassé l’os de l’omoplate, s’est fracturé deux côtes et a subi un décollement de la paroi du poumon.

Il a passé une nuit à l’urgence et est retourné chez lui le bras en bandoulière pour une convalescence de deux mois. « Une chance que j’avais mon casque, parce que je me serais retrouvé avec une sévère commotion cérébrale en plus », estime le cycliste, en montrant les grains de sable incrustés dans le plastique de son casque et la fêlure sur le côté.

La rue Vimy, en piètre état, dans le secteur nord de Chicoutimi, sera asphaltée cet été.

Une rue dangereuse

J’ai rencontré Richard Desrosiers dans sa résidence alors qu’il souhaitait sensibiliser les cyclistes sur l’importance de porter un casque et pour alerter les élus sur l’urgence de réparer la rue Vimy, qui est en état de détérioration depuis cinq ans, estime-t-il.

« Je suis un cycliste expérimenté et je roule tous les jours. Je suis prudent et je fais attention lors de mes randonnées, mais la rue Vimy cachait un trou grand comme une pizza d’au moins dix centimètres de profond dans une réparation temporaire avec du sable », raconte le blessé.

« Je me suis retrouvé sur le sol au beau milieu de la rue en souffrant terriblement. Je me suis traîné sur le trottoir de peine et misère. J’ai fait signe à un automobiliste qui n’a pas arrêté pour me porter secours. C’est un couple à bord d’une camionnette qui m’a prêté main-forte et qui a appelé l’ambulance. Ils ont eu la gentillesse de rapporter mon vélo à la maison, mais dans la douleur, je n’ai pas pris le temps de leur demander leur nom pour les remercier », détaille-t-il.

« Ça fait 15 ans que je suis à la retraite et j’ai décidé d’adopter de saines habitudes de vie comme on nous le recommande. J’ai décidé de ne pas utiliser ma camionnette pour aller faire du vélo ailleurs, je pars de chez moi et je reste principalement dans le secteur nord. En vieillissant, le moteur est moins fort. On ménage un peu la monture, explique-t-il, en riant. Il ne faut pas que je rie. Ça me fait mal aux côtes », manifeste celui qui vient de perdre son été à vélo.

Vérification faite, c’est vrai que la rue Vimy est dans un piètre état. Même en voiture, c’est risqué. « Je pense aussi aux jeunes qui roulent dans ce secteur pour se rendre à l’école. Ça va finir par un accident, c’est certain. Avec tout ce sable qu’il y a dans la rue, ça ne peut pas faire autrement. On passe notre temps à zigzaguer entre les fissures », tranche-t-il.

À Saguenay, l’état des routes est lamentable. De nombreux quartiers sont aux prises avec des bris d’aqueduc, des regards pluviaux déjantés, des panses de vaches, des nids-de-poule, des fissures, de l’usure et des dégradations. Même le rang Saint-Martin s’est retrouvé sur la liste des routes les plus maganées de la province du palmarès de CAA Québec. Ce n’est pas peu dire !

Michel Tremblay, président de l’arrondissement de Chicoutimi et responsable des travaux publics, est conscient de l’enjeu du pavage des rues. « Nous allons investir 18 millions de dollars cet été avec comme objectif de mettre de l’asphalte sur 40 kilomètres de rue. La décision a été prise de paver la rue Vimy cet été », fait-il savoir.

« Nous avons aussi une entente avec la Société de transport du Saguenay (STS), qui investira six millions de dollars dans le cadre du projet d’écomobilité pour paver certaines rues où nous allons faire des travaux d’égout et d’aqueduc, dont la rue Saint-Vallier, en face de l’hôpital », indique le président d’arrondissement.

Le directeur du service du génie de Saguenay, Luc Côté, indique que le pourcentage de routes en bon état est de 57 %, comparativement à 50,2 % il y a trois ans. « En 2015, le rapport du vérificateur général indiquait qu’il y avait 400 kilomètres de routes dans un mauvais état. En trois ans, nous avons ramené ce nombre à 348 km pour une amélioration de 7 % », fait valoir le directeur des travaux publics.

Route du fjord maganée

« Notre service a identifié 208 kilomètres de rues où les infrastructures d’égout et d’aqueduc sont en bon état et qui peuvent être pavées sans crainte qu’on retourne creuser pour réparer des égouts. Les élus utilisent la taxe sur l’essence pour réparer les égouts et l’aqueduc, qui coûte cinq fois plus cher le mètre linéaire que le simple pavage », fait-il savoir.

Le rang Saint-Martin, une des plus belles routes de la région, avec un paysage des plus bucoliques et inscrit sur le circuit touristique de la Route du fjord, ce parcours qu’utilisent les visiteurs qui veulent découvrir l’arrière-pays avec des vues sur la rivière et sur le fjord, recevra un maigre 500 mètres de pavage neuf.

Les élus municipaux auraient peut-être intérêt à considérer le rang Saint-Martin comme une attraction touristique pour aller chercher du budget au ministère du Tourisme afin de retaper cette route, non pas à 500 mètres de pavage par année, mais en reconstruisant les 20 kilomètres avec une superbe véloroute sur les accotements reliant Chicoutimi et La Baie, pour ainsi porter dignement le nom de Route du fjord.

Voilà un beau dossier qui pourrait impliquer les trois paliers de gouvernement.