Philippe Wouters, bièrologue, buveur professionnel d'origine belge, est considéré comme une référence dans le domaine de la bière au Québec. Il est aussi chroniqueur pour le Groupe Capitale Médias.

Y'a tu d'la bière icitte

CHRONIQUE / Les gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont toujours été étiquetés par leur réputation de grands buveurs de bière. Quand quelqu'un de la région se pointe le bedon dans une université à Montréal ou à Québec, les gens se rendent compte rapidement que la réputation n'est pas surfaite, ça se constate. Deux gars de Broue viennent de chez nous, quand même, et Plume l'a chanté dans sa chanson la plus populaire : « je vous r'merci bien pour la grosse bière, j'ai eu ben du fun à Jonquière ».
Maintenant, non seulement on en boit, mais on en brasse. Non seulement on en brasse, mais on cultive les céréales pour la fabriquer et non seulement on cultive, mais en plus on forme des brasseurs au Cégep de Jonquière. Y'a tu d'la bière icitte ? Si y a pas de bière, icitte, je sacre mon camp d'icitte. Bien, il y a des jeunes qui restent icitte maintenant pour brasser de la bière et créer des emplois, qui l'eut cru ?
« Il y a 12 permis de microbrasserie au Saguenay-Lac-Saint-Jean ce qui veut dire 23 000 habitants par microbrasserie. On ne boit jamais ce que nos parents buvaient. Les jeunes d'aujourd'hui ont découvert les bières de microbrasserie quand ils avaient l'âge légal pour en boire. La bière, ça se boit debout, un moment qui se partage et si le Canadien perd un match on n'est pas obligé d'en boire une autre pour oublier ». Voilà comment le bièrologue Philippe Wouters a fait son entrée en matière cette semaine lors d'une rencontre avec les médias au Cercle de presse du Saguenay.
Le bièrologue éditeur du magazine Bière et plaisirs et nouveau chroniqueur bière pour Le Progrès et le Groupe Capitales Médias, Philippe Wouters, a été très élogieux à l'égard des microbrasseurs de la région et pour notre industrie de bière locale. « L'industrie et le monde de l'éducation se sont concertés pour créer un programme d'attestation collégial. C'est extraordinaire comme collaboration », souligne-t-il.
Pour lui, la bière artisanale est avant tout une affaire de passion, de gens et de fierté. « Partout où je passe pour donner des conférences, je demande aux gens dans la salle de me nommer une microbrasserie de leur région et des noms leur viennent en tête immédiatement. Les gens ont un fort sentiment d'appartenance à la bière brassée dans leur coin de pays », soutient le Belge d'origine qui est arrivé au Québec à l'âge de 21 ans.
Il dit que nos brasseurs ont écouté leur clientèle et ont brassé des bières qu'ils aiment, donnant en exemple La Voie Maltée. « La microbrasserie La Chouape à Saint-Félicien est une des rares fermes brasseurs dans le monde. On ne voit plus ça des gens qui cultivent leurs céréales, qui brassent leur bière et qui la vendent à la population », fait remarquer celui qu'on qualifie d'Obélix de la bière, non pas en raison de son tour de taille, mais parce qu'il est tombé dedans quand il était petit.
Philippe Wouters parle de la bière comme on parle du vin. « Souvent ici au Québec, on achète notre bière au dépanneur du coin quelques instants avant de la consommer. Mais il serait bien d'en garder pour toutes sortes d'occasions à la maison. J'invite les consommateurs à élargir leur choix de consommations pour être en mesure de vivre différentes expériences de dégustation en fonction du moment ou des gens avec qui ont boit de la bière », dit-il.
Il fait remarquer d'ailleurs que 55 % des gens qui achètent de la bière ne savent pas ce qu'ils veulent avant d'entrer chez le commerçant. « La décision se prend 13 pouces en avant de la tablette, ce sont des consommateurs qui ne sont pas fidèles à une marque de bière et qui se décident selon leur humeur du moment », met en relief le chroniqueur de bière tout en expliquant pourquoi la bataille des tablettes dans les épiceries et les dépanneurs sera de plus en plus concurrentielle à l'avenir.
« L'industrie des microbrasseries me fait penser à l'industrie du fromage au Québec. Nous avons de nombreux petits producteurs dans toutes les régions du Québec qui produisent à leur rythme. Il faut considérer que près de 30 % des microbrasseries du Québec brassent leur bière dans des municipalités de moins de 10 000 habitants », dit-il.
Le bièrologue devait prononcer une conférence devant les 28 finissants du programme d'attestation d'études collégiales en Techniques de production en microbrasserie du Cégep de Jonquière, les premiers apprentis brasseurs à sortir d'une école de formation.