Vous auriez été pour ou contre à l’époque?

CHRONIQUE / Je sens une grande charge émotive face au projet de construction d’une usine de liquéfaction au port de Grande-Anse sur les rives du fjord du Saguenay. J’ai senti ce même genre de climat lors du projet de barrage sur la rivière Ashuapmushuan ou pour la construction d‘un champ de tir pour F-18 à L’Ascension à l’époque.

Par bout, je trouve que c’est pire que la rivalité Canadiens-Nordiques dans le temps et je n’aurais pas voulu voir les pages Facebook de cette époque. J’ignore s’il y aurait eu des menaces de mort, mais je suis certain que plusieurs commentaires auraient été du ‘‘stuff’’ de junior.

Je suis allé naviguer un brin sur les pages Facebook pour et contre GNL Québec ces derniers jours. Je ne suis pas friand de ce genre de discussion sur les réseaux sociaux, dès que je vois une insulte personnelle ou un dérapage, je change rapidement de source d’information et de discussion.

Mais là, j’ai fait un effort, j’ai descendu un peu plus bas sur vos pages par curiosité. Je vous trouve crinqués. Il y a longtemps que je n’ai pas vu un débat aussi polarisé dans la région. Je suis surpris du manque de classe de certains d’entre vous qui ont l’insulte facile, il y en a plusieurs que je n’inviterais pas à une soirée de discussion à la maison.

Chaque époque a son projet

Et là, je me suis demandé dans quel camp les gens auraient penché dans une autre époque lors de grands projets. Je vais mettre un peu de gaz dans votre machine à prendre position. Amusez-vous un peu avec votre entourage.

Nous sommes au début du siècle et il y a internet. Vous êtes pour ou contre le flottage du bois sur nos rivières ? Les compagnies forestières doivent consulter la population pour savoir si elles peuvent faire des barrages pour remonter le niveau des lacs et transporter leurs billots. On ne sait pas trop quels sont les impacts sur les poissons et ça va faire du bois mort partout. Vous êtes pour ou contre le flottage du bois ?

Nous sommes encore au début du siècle avec Internet haute vitesse et là, une compagnie anglaise, avec des investisseurs britanniques, veut construire une usine de pulpe sur les rives de la Baie des Ha ! Ha ! . Vous êtes pour ou contre cette usine qui va défigurer le paysage en plus de répandre sa puanteur dans les quartiers résidentiels ? On vous promet des emplois bien payés à des travailleurs pendant 80 ans.

Êtes-vous pour ou contre l’usine ?

On recule encore 100 ans en supposant que Facebook existe. De riches investisseurs américains veulent construire un barrage hydroélectrique sur la rivière Grande-Décharge au lac Saint-Jean en inondant des villages et des terres agricoles. Vous êtes pour ou contre la construction d’un tel aménagement ? Vous êtes pour ou contre ce projet qui va forcer le déménagement de familles et causer des inondations dans les villes environnantes en plus de détruire une magnifique chute ?

Pour ou contre les guerres ?

Nous sommes au début des années 40, toujours avec Internet, le gouvernement fédéral doit consulter la population de la région pour savoir s’il peut construire une base militaire à Bagotville. Elle servira à protéger l’aluminerie qu’on a finalement construite. Les citoyens devront vivre avec le bruit d’avions supersoniques qui voleront dans le ciel régional régulièrement en plus d’abriter des soldats qui feront la guerre. Vous êtes pour la base ou contre la base ? Vous êtes pour à certaines conditions ou vous êtes contre parce que vous êtes contre les guerres partout dans le monde ?

Nous sommes à la fin des années 1960 et le gouvernement du Québec doit consulter pour savoir s’il peut construire des barrages hydroélectriques sur les rivières du Nord québécois. Les aménagements hydroélectriques vont inonder des terres. Il va falloir déplacer des populations autochtones qui vivent sur ces terres depuis des milliers d’années. Nous allons créer des lacs réservoirs pollués au mercure, mais le gouvernement nous dit qu’on sera fier de toutes ces réalisations dans l’avenir et que ce sera même l’image de marque du Québec. Vous êtes pour ou contre les barrages hydroélectriques ?

Dans tous ces projets d’une autre époque, la population n’a jamais eu son mot à dire, le concept d’acceptabilité sociale n’existait pas. Il n’y avait pas de débat sur le climat.

On profite ou on milite ?

Dans les deux pages Facebook, pour ou contre GNL, je perçois un camp qui dit : on profite de la manne comme on l’a fait pour les scieries et les usines de pâtes et papier dans le temps, et comme on le fait depuis 75 ans avec l’aluminium. On embarque dans les 30 prochaines années de transition pour faire une passe de cash. Quand on n’en aura plus besoin ou que ça ne sera plus rentable, on fera comme l’usine Port-Alfred, on vend ça pour la ferraille et on fait un parc avec le terrain.

Je perçois dans l’autre camp que c’est assez le pétrole et le gaz, il y a des endroits dans le monde où on n’est plus capable de respirer, il y a une urgence climatique, il faut arrêter d’émettre des gaz à effet de serre. C’est le temps de passer à un autre modèle de développement économique.

C’est comme la rivière Ashuapmushuan dans le temps. Les gens ont milité à l’époque pour qu’on ne construise pas de barrage sur la route des fourrures, cette rivière riche en histoire, documentée par l’arpenteur Joseph-Laurent Normandin en 1732 pour délimiter les frontières du Domaine du Roi.

De nombreux élus et gens d’affaires à l’époque étaient descendus dans la rue pour réclamer la construction d’un barrage au coût de 4 milliards $, dont 40 millions $ pour la région.

Ce barrage n’a pas été construit. Est-ce que dans 100 ans, une rivière vierge, non exploitée avec de l’eau douce et pure qu’on peut boire, ça va avoir plus de valeur qu’un barrage hydroélectrique ? Je ne serai plus là pour en parler dans 100 ans. Amusez-vous à en débattre.