Vous allez vous habituer au bac brun

CHRONIQUE / Que vous soyez pour ou contre, on va finir par avoir des bacs bruns dans nos vies, ce qui au final signifie qu’on devra désormais trier nos déchets à la source. Rappelez-vous l’implantation des bacs bleus. Il y a eu de la réticence, au début, alors que maintenant, ça fait partie de nos habitudes, même si ce n’est pas toujours parfait à la source.

Moi aussi je me demande encore si je dois rincer à l’eau le pot de beurre d’arachides avant de le mettre dans le bac bleu et si je dois jeter aux vidanges la boîte de pizza souillée de gras, ou la récupérer. « C’est mieux de récupérer votre pot de mayonnaise sans le rincer à l’eau que de le mettre aux vidanges. Mais pensez aux employés qui travaillent au centre de tri. Les pots de confiture ou les “cannes” de nourritures qui ne sont pas rincées sont vecteurs de bactéries et ce n’est pas très agréable à gérer pour ceux qui travaillent au centre de tri », fait valoir Julie Bolduc, chargée de projet d’Eureko, l’organisme voué à l’action environnementale à Saguenay.

Gaspillage alimentaire
« Pour ce qui est du bac brun et du compostage, il faut encore mettre beaucoup d’efforts pour briser les mythes et les fausses impressions. Avec le bac brun, on parle de collecte de matières organiques et ce sont les mêmes déchets qui se retrouvent dans les bacs verts. Ce sera donc les mêmes odeurs que génère la poubelle verte. Pour ce qui est des images de bacs bruns avec des vers sur le couvercle, qu’on voit circuler sur les réseaux sociaux, ça ne se produit pas quand vos déchets sont ramassés régulièrement », explique Julie Bolduc, qui donne des formations sur le compostage depuis cinq ans à Saguenay.

En triant les déchets à la source, les citoyens vont peut-être se rendre compte et prendre conscience du gaspillage alimentaire quand ils s’apercevront que le bac brun génère près de 50 pour cent des déchets domestiques. « On ne peut pas simplifier la question en se disant “je génère des déchets et je paye des taxes pour que la Ville les ramasse”, il faut changer nos habitudes à la source », soutient-elle, précisant qu’il y a déjà plus de 3300 bacs de compostage utilisés par les citoyens de Saguenay présentement.

Collecte et non du compostage
« Les gens s’intéressent de plus en plus à la gestion des déchets. Avec les bacs bruns, on ne parle pas de compostage, mais de collecte de déchets organiques pour les recycler et les réutiliser », dit-elle. Dans le fond, on va encore jeter nos restes de cuisine à la poubelle, sauf qu’on va les trier à la source, par souci d’économie et pour les recycler.

Je ne m’imagine pas aller vider les restes d’assiettes, après le souper, dehors dans le bac brun situé dans l’entrée d’auto. « Il suffit de prendre l’habitude de disposer des déchets de table dans un récipient à part, sur le comptoir, près de l’évier, et de le transvider dans le bac brun. Ça va prendre un certain temps, mais ce sont des habitudes qui vont finir par s’installer », estime celle qui fait de la sensibilisation depuis de nombreuses années sur le recyclage.

Même les pires changent
On ne peut pas toujours se fier à des robots pour accomplir des tâches qu’on peut nous même faire à la source. Je ne suis personnellement pas un as du recyclage, mais maintenant je sépare la boîte de pizza en deux pour jeter le côté souillé aux vidanges et le côté propre dans le bac bleu. Vous m’auriez dit que je ferais ça il y a cinq ans et j’aurais ri de vous, comme quoi les comportements changent.

Et savez-vous quoi, après ma rencontre avec la jeune femme d’Eureko, je vais rincer les pots de mayonnaise et de beurre d’arachides, dorénavant, avant de les mettre dans le bac bleu, juste par respect pour les employés du centre de tri. Même les pires s’améliorent en matière d’environnement et de recyclage.

Je suis né à une époque où les gens jetaient leurs cochonneries par leur fenêtre d’auto, laissaient des déchets le long du chemin dans les rangs et jetaient leur bouteille de bière au fond des lacs lors des parties de pêche. Nous sommes bien loin de tout ça aujourd’hui, parfois ça prend du temps, mais on finit par changer nos habitudes.

On va s’habituer
Vous n’avez pas besoin de capoter sur les bacs bruns, vous allez vite vous y habituer et vous allez même vous demander comment ça se fait qu’on ne l’a pas fait avant. Déjà la tendance est amorcée par la population, plusieurs ont commencé à composter avant même qu’on fasse une collecte sélective. Vous allez encore éplucher des patates sur les pages de votre Quotidien pour le souper, sauf que vous les jetterez dans le bac brun au lieu du bac vert.