André Massé vit dans un logement miné par les infiltrations d’eau. Le propriétaire tarde à faire les réparations nécessaires et ça sent la moisissure.

Vivre dans la moisissure

En entrant dans son logement de Jonquière, l’odeur m’a pris à la gorge. J’avais le réflexe de ne plus respirer. Je venais d’entrer dans un nid de moisissure. André Massé, 62 ans, en a assez. Son propriétaire ne fait rien pour empêcher les infiltrations d’eau le long du mur extérieur dans cet appartement de la rue Saint-Damasse.

Ça fait pitié, ça sent vraiment fort. « Moi, je ne sens plus cette odeur. Ça fait cinq ans que j’habite ici. Tous mes amis me disent que ça n’a pas de bons sens de vivre là-dedans. C’est comme un trou à rat », balance le locataire.

André Massé demeure dans le sous-sol d’une bâtisse de trois logements. Il n’y a pas de fenêtre en façade, et l’entrée est située à l’arrière. La neige s’accumule sur la véranda et s’infiltre dans le mur. « Ça fait une quarantaine de seaux d’eau que je remplis depuis le mois de décembre », assure-t-il pendant que je marche sur le plancher de bois flottant gonflé par l’humidité.

Pour éviter de passer la mope constamment, André Massé a installé des toiles de plastique avec un système d’irrigation qui lui permet de récupérer une partie de l’eau qui coule le long de la fenêtre pour la diriger dans un seau à plancher. Ça exige des travaux d’urgence.

« Ça fait une quarantaine de seaux d’eau que je remplis depuis le mois de décembre. »

André Massé

Subventionné par l’OMH

Le locataire habite un logement subventionné par l’Office municipal d’habitation (OMH). Le loyer de trois pièces et demi coûte 400 $ par mois, pas éclairé, pas chauffé. « Je paye 170 $ par mois, et l’OMH paye 230 $ au propriétaire. J’ai demandé à Hydro-Jonquière d’étaler des paiements égaux chaque mois pour l’électricité», confie André Massé, qui souffre aussi de problèmes de santé.

« J’ai un pacemaker (stimulateur cardiaque), je souffre de diabète de type 2 et je fais de l’apnée du sommeil. C’est mon boulanger qui enlève la neige dans les escaliers et qui déblaie mon entrée. Il passe deux fois par semaine », raconte celui qui n’a plus la force de pelleter.

Quand je suis allé rencontrer André Massé, il revenait d’une rencontre à l’OMH pour porter plainte. « J’ai parlé à la responsable des plaintes et à un travailleur social. J’ai simplement dit la vérité sur ce qui se passe ici. Je leur ai montré des photos de la moisissure le long de la fenêtre, du cadrage de porte mal réparé et de l’eau qui coule sur le plancher. J’ai eu une belle rencontre. Ils m’ont donné un avis de déplacement. Je vais déménager dans une maison pour personnes âgées », raconte celui qui a vraiment hâte de quitter ce taudis.

Juste au bas de la fenêtre, il y a une plinthe de chauffage fixée sur le mur où il y a des infiltrations d’eau. Il n’y a pas de couvercle de protection, et les lamelles d’aluminium sont à l’air libre. « Je n’ose pas ouvrir le chauffage, c’est du 220. J’ai peur de faire un court-circuit », dit-il.

André Massé a une sainte peur du feu. « J’ai passé au feu trois fois dans ma vie et j’ai déjà eu connaissance d’un incendie où un jeune enfant est décédé. Je ne veux pas revivre ça », explique le locataire, qui vit dans des conditions misérables.

En attente pour un déplacement

« Présentement, je suis en attente. Ils vont envoyer un inspecteur pour examiner l’appartement. Ça n’a pas de bon sens de laisser du monde vivre là-dedans. Il ne faut pas qu’un autre locataire vive ici après moi tant que le propriétaire n’aura pas fait des travaux de réparation. Un propriétaire négligent comme lui ne mérite pas d’avoir un loyer subventionné par l’OMH. I refuse de faire les réparations, il dit que ça coûte trop cher », dénonce l’homme qui est inapte au travail et qui vit de la sécurité du revenu.

L’appartement est encombré. Il y a deux vélos dans le salon, et la télévision est toujours fermée. « Je ne suis pas abonné au câble, j’écoute la radio et j’ai mes cassettes de musique », détaille l’homme qui vit avec un vieux chat.

André Massé a de la difficulté à se déplacer, mais fait un peu de bénévolat quand sa santé lui permet. « J’aime le monde, j’aime aider. Je surveillais l’ancien locataire du haut avant qu’il ne décède. Quand je l’entendais tomber, je montais à l’étage pour l’aider. Je participe des fois à des mouvements de solidarité », dit-il, en citant la tragédie de Lac-Mégantic alors que la population locale s’était mobilisée.

Il reste à espérer pour cet homme que l’OMH accélère les démarches pour le relocaliser et qu’on oblige ce propriétaire à faire les réparations nécessaires pour rendre ce logement salubre. On va suivre le dossier.