L'ancien maire de La Baie, Réjean Simard, croit toujours que la fusion municipale a fait perdre aux Saguenéens un sentiment d'appartenance essentiel au développement des communautés.

Vive l'esprit de clocher

CHRONIQUE / C'était en une du Progrès-Dimanche le 22 janvier: La Baie connaîtra encore des difficultés avec de probables pertes d'emplois à l'aluminerie de Grande-Baie.
Le milieu baieriverain ne l'a pas facile depuis la fermeture, en décembre 2003, de l'usine de pâtes et papiers d'Abitibi-Consol. Les mauvaises nouvelles se multiplient avec l'effondrement de l'industrie forestière et les difficultés économiques des activités industrielles, ce qui se répercute dans l'économie commerciale. C'est à se poser la question si la fusion avec Chicoutimi et Jonquière a été bénéfique pour ce milieu ou si, au contraire, la fusion a été un frein à leur développement.
L'usine Grande-Baie, la base militaire, l'aéroport civil, les installations portuaires de Rio Tinto et le quai de Grande-Anse ont été mis en place avant la fusion municipale, tout comme le spectacle de La Fabuleuse histoire d'un Royaume et les activités de pêche au poisson de fond sous la glace de la Baie des Ha! Ha!
«Ville de La Baie aurait pu aussi construire le quai de croisière et rénover l'aéroport de Bagotville sans une fusion avec Chicoutimi et Jonquière. Nous n'aurions probablement pas pu empêcher la fermeture d'Abitibi-Consolidated, les problèmes de l'industrie forestière et les difficultés des entreprises industrielles, mais nous aurions sûrement fait mieux pour réagir à ces impacts négatifs et mettre en place un plan d'intervention pour pallier à ces difficultés», fait valoir Réjean Simard, l'ancien maire de La Baie qui s'était fortement opposé à la fusion, à l'époque.
J'ai lâché un coup de fil à celui qui a été très impliqué dans sa communauté pour prendre le pouls et voir comment ça se passe dans son coin de pays qui vit une certaine morosité économique. «Plus on réussit à impliquer de monde dans le développement de sa communauté, plus on réussit à mobiliser le milieu pour trouver des solutions. Quand on réussit à mobiliser l'université, les syndicats, les gens d'affaires, le milieu de la santé et de l'éducation, plus les chances de trouver des solutions sont nombreuses. Les élus sont là pour décider des propositions qui viennent du milieu et il faut pour ça mobiliser les forces. La mobilisation est plus facile quand les gens ont un sentiment d'appartenance, si on réussit à faire émerger une complicité collective», assure Réjean Simard.
La Baie compte maintenant sur seulement trois élus municipaux pour représenter le milieu. Avant la fusion, il y avait une dizaine de conseillers qui défendaient les intérêts de leur ville soutenus par des membres de chambres de commerce et des organismes du milieu.
«Les gens se sont montrés en faveur de la fusion municipale, car on leur avait promis que la papetière ne fermerait pas ses portes. En 1998, le milieu avait pourtant élaboré le projet d'un complexe industrialo-portuaire régional avec partage des revenus de taxes pour l'ensemble des municipalités. Nous avions eu des discussions avec la MRC et nous avion déjà pensé à une vision à long terme pour pallier aux difficultés économiques», se rappelle l'ancien maire de La Baie.
Réjean Simard va même jusqu'à dire que l'esprit de clocher qui existait entre les trois grandes villes avait du bon pour le développement économique. «Chaque ville déployait des efforts pour aller chercher ce qu'elle voulait auprès des différentes instances, et cette compétition nous forçait à travailler plus fort pour l'avancement de nos dossiers. Les élus municipaux étaient plus proches des décideurs comme les hauts fonctionnaires, les gens d'affaires, les dirigeants d'entreprise, il y avait de l'humanité dans les systèmes et c'était plus facile d'influencer», analyse celui qui a été impliqué dans le milieu scolaire tout au long de sa carrière et qui est chevalier de l'Ordre national du Québec.
«Moins les gens sont impliqués dans le développement de leur communauté et moins ils ressentent de la fierté. Le leadership par la fierté du milieu est un modèle qui s'est éteint avec le temps. C'est en mobilisant le milieu qu'on garde des écoles ouvertes et qu'on réussit à influencer les décideurs. Cette fierté s'est perdue au Saguenay, je trouve que le Lac-Saint-Jean réussit beaucoup mieux que nous à cet égard», conclut celui qui a été président du Sommet économique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.