Luc Cyrenne, un sans-abri de Trois-Rivières, est au Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis trois semaines et profite des services de la Soupe populaire de Chicoutimi.

Une soupe populaire accueillante

CHRONIQUE / Il y avait foule, mardi midi, sur le parvis de la Soupe populaire de la rue du Havre, à Chicoutimi. Les réguliers, comme on pourrait les appeler, ne s’étaient pas vus depuis deux jours pour cause de rénovation. Le lieu a fait peau neuve, des travaux de 180 000 $ pour un endroit qui en avait grand besoin.

Devant l’entrée, une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées. On se fait l’accolade, on se salue, on se dit bonjour, on s’informe comment ça va, ça placote un brin avant l’ouverture prévue à 11 h 15. Ça sentait même le pot, un peu avant sa légalisation du 17 octobre. Il existe une fraternité chez ces gens de tous âges, en majorité des hommes à 90 %. « Ce midi, nous étions un peu serrés pour l’ouverture et nous avons eu une généreuse contribution du Marché centre-ville qui nous a fourni de la lasagne pour le dîner », précise Bertin Riverin, directeur général de la Soupe populaire, ravi de cette réouverture et de la fin des travaux.

Sans-abri itinérant
Avant d’aller à l’intérieur, un homme de petite taille s’approche, je me présente, il me confie qu’il est arrivé ici dans la région à vélo en partant de Trois-Rivières. « Je suis sans abri depuis un an, je visite la province, de région en région. J’ai des problèmes de santé, même le BS (la sécurité du revenu) n’arrive plus à me placer pour une job. Je suis présentement sur l’invalidité, j’ai vendu mon vélo en arrivant, je ne suis plus capable de pédaler, j’ai des maux de dos, je dois recevoir des soins », défile-t-il avec un peu de confusion, mais avec gentillesse.

« Mon nom ? Luc Cyrenne. J’ai même appris que j’ai un sosie dans la région chez Rio Tinto. Sur Facebook, il pensait que je lui avais volé son identité », rapporte-t-il.

L’homme de 45 ans, il en paraissait 30, m’a raconté ses problèmes de croissance et les traitements qu’il a suivis parce qu’il a cessé de grandir dans sa jeunesse. Ça ne l’a pas empêché de faire plusieurs métiers au cours de sa vie avant de se résoudre à visiter les maisons pour sans-abri et les soupes populaires. Il m’a dit qu’il avait vu d’autres soupes populaires ailleurs en province et qu’ici, c’est le plus bel endroit, même s’il en était à sa première visite.

Il y a autant de raisons qu’il y a de gens pour profiter de la soupe populaire le midi. Pour Bertin Riverin, l’absence de femmes en ce lieu s’explique par une chose. « Je n’ai pas fait d’études scientifiques, mais ce qu’on remarque généralement, c’est que les femmes font affaire principalement avec les banques de dépannage alimentaire et cuisinent elles-mêmes leurs repas à la maison », fait-il valoir.

C’est vrai que l’endroit est plus accueillant. Pour y avoir fait quelques visites dans le passé, la Soupe populaire a eu les rénovations qu’elle méritait. De la cuisine à la salle à manger en passant par les salles de bain, tout a été revampé. « Les salles de bain étaient dégueulasses, les planchers ont survécu à de nombreuses infiltrations d’eau et la cuisine ne répondait plus aux normes. C’était le temps qu’on passe à l’action », soutient le directeur général.

Il était temps
« Nous avons eu l’aide de la députée Mireille Jean pour les plans en plus de profiter d’un programme gouvernemental et de la Fondation de Mgr Bouchard pour ce projet. Chaque année, nous profitons de la Guignolée des médias pour nos frais d’exploitation. Nous ne faisons pas de sollicitation en cours d’année pour laisser la place aux autres organismes », explique le bénévole qui dit compter sur des revenus autonomes de 22 000 $ qui proviennent du 1 $ réclamé par personne pour le repas du midi. La Soupe populaire de Chicoutimi, qui existe depuis 29 ans, accueille entre 60 et 90 personnes chaque midi et ce repas constitue pour plusieurs le seul de la journée.

« On répond à la demande des gens, on ne fait pas d’enquête, on accepte tout le monde. La plupart nous arrive de la Maison des sans-abri, d’autres souffrent de problèmes de consommation, d’autres de problèmes de santé mentale, d’itinérance ou de problèmes financiers », résume le directeur général qui compte sur l’aide d’une dizaine de bénévoles à chaque repas ; seul le cuisinier reçoit un salaire.

Le chef de la Soupe populaire dépend toujours de ce que rend disponible l’organisme Moisson Saguenay pour la préparation des repas. Pour ce qui manque, l’organisme de bienfaisance doit faire des achats. « Nous sommes bien reçus partout, la population et les gens d’affaires reconnaissent l’importance de notre oeuvre », précise celui qui était préposé à l’accueil, mardi midi.