Éric Tremblay oeuvre au sein de l’USO (Unité de support opérationnel) à titre de moniteur de formation pour l’utilisation des armes à impulsion électrique.

Une paralysie de cinq secondes

CHRONIQUE / C’est l’agent Éric Tremblay de la Sécurité publique de Saguenay (SPS) qui donne la formation aux policiers sur l’utilisation des armes à impulsion électrique. Il s’est fait électrocuter volontairement lors de sa formation comme moniteur. Il n’était pas obligé de se soumettre à ce supplice dans le cadre de sa formation, mais il a voulu l’expérimenter pour savoir ce que ça faisait.

« Ça paralyse. Tu n’as plus le contrôle de tes muscles, tu n’as plus le contrôle de rien. Si tu as quelque chose entre les mains, elles vont se refermer automatiquement pour le serrer fort. Quand on utilise cette arme contre des individus, l’impulsion électrique dure cinq secondes. Pour le test, j’avais le choix entre une, trois ou cinq secondes. J’ai choisi trois secondes; c’était assez », dit-il sourire en coin, précisant qu’il était prêt à travailler 20 secondes après le choc électrique.

« En fait, on m’a envoyé l’impulsion électrique en me collant les fils dans le dos, on ne m’a pas tiré avec le projectile muni d’aiguilles », explique celui qui n’a pas nécessairement envie de revivre l’expérience. 

« J’ai quand même trouvé ça moins pire que le poivre de cayenne », lâche le policier qui a aussi goûté à la médecine de ce produit.

Pour protéger la vie

Ces armes ont fait leur entrée au SPS il y a à peine deux semaines et un policier l’a déjà utilisé dans la nuit de vendredi à samedi pour neutraliser un homme de 32 ans en crise (voir texte d’Anne-Marie Gravel). « Cette arme nous permet de sauver la vie des citoyens et de protéger la vie des policiers. Il y a un protocole à suivre et des règles à respecter. On commence par parler avec les gens avant d’utiliser la force physique, le bâton rétractable, le poivre de cayenne ou le “taser” pour passer les menottes à un individu.

La seule vue du pistolet est en effet assez dissuasif. Il a l’air de rien, en plastique jaune, on dirait un jouet pour enfant. Mais le policier, en pointant le pistolet vers un individu, peut faire jaillir un arc électrique au bout du pistolet avec le bruit strident que cela provoque. Souvent avant d’utiliser l’arme à impulsion électrique, on va actionner la décharge électrique sans lancer le projectile et ça suffit à lui faire comprendre qu’il n’a pas le goût de recevoir ça dans le corps », soutient Éric Tremblay.

« Quand un individu est en état de délirium et qu’il n’y a pas de moyen de le raisonner, on peut déclencher l’arme pour l’atteindre avec le projectile qui est muni de deux aiguilles, un positif et un négatif pour provoquer la décharge électrique », fait valoir le policier de près de 30 ans d’expérience.

« Les aiguilles pénètrent jusqu’à 11,5 mm (environ un quart de pouce) dans la peau. On tente de viser l’individu en bas du coeur et en haut des genoux. Ce n’est pas toujours évident, car les individus en crise sont parfois très agités et bougent constamment », dit-il.

Moins dangereux que des lumières de Noël

« C’est une charge électrique de 54 000 volts avec .0012 ampère qui se décharge pendant cinq secondes dans le corps de la personne. Il y a plus de chances que l’individu se blesse en tombant qu’en réaction à la décharge électrique », soutient celui qui forme les policiers de Saguenay.

En principe, les agents ont sept secondes pour intervenir et passer les menottes à la personne touchée par ce que les Français appellent un foudroyeur. Les aiguilles sont reliées à un fil long de 25 pieds (7,6 m), mais le tir doit s’effectuer à l’intérieur de 12 pieds (3,6 m). « Une fois que les aiguilles sont plantées dans le corps de l’individu en crise, le policier peut lui infliger d’autres impulsions électriques tant que l’arme et les aiguilles sont reliées ensemble. On pourrait même maintenir l’impulsion électrique pendant 15 secondes, mais généralement une impulsion suffit à rendre les gens coopératifs », dit-il.

Éric Tremblay, qui œuvre au sein de l’USO (Unité de support opérationnel), est également moniteur de tir, moniteur d’opération tactique et moniteur d’arme longue en plus d’être moniteur de formation pour l’utilisation des armes à impulsion électrique. Il assure qu’il est plus dangereux de s’électrocuter avec des lumières de Noël qu’avec le « taser gun ».