Bertrand Gravel et son fils Charles au coeur de la noiseraie de Saint-Fulgence, laquelle compte plus d’un million de noisettes pour l’autocueillette cette année.

Une noiseraie unique en Amérique

CHRONIQUE / La noiseraie de Bertrand Gravel à Saint-Fulgence a dépassé le million de noisettes en trois ans. Le phénomène est extraordinaire et le tout sera récolté par autocueillette en moins de huit jours.

« Mes enfants m’ont organisé un système d’inscription sur Facebook (Noisettes & Cie) parce que je n’arrivais plus à gérer le trafic avec 350 inscriptions sur des bouts de papier », confie le planteur de noisetiers que j’ai rencontré au cœur de sa culture, mardi matin, alors que les cueilleurs arpentaient la plantation.

Quand j’ai visité la noiseraie de Bertrand Gravel en 2016, il était impressionné des résultats de sa plantation et il se préparait à mettre sur pied une activité d’autocueillette sans trop savoir comment s’y prendre. L’an passé, il est venu me voir à la rédaction pour me demander de ne pas parler de ses noisettes dans le journal, car il était inondé d’appels alors que sa plantation comptait plus de 500 000 noisettes.

Avec plus d’un million de noisettes cet été, le succès est encore au rendez-vous et la popularité de cette amande continue de croître. Il estime qu’il en aura plus de deux millions l’an prochain.

Les cueilleurs sont accueillis au kiosque de la noiseraie de Bertrand Gravel à Saint-Fulgence.

En avance sur New York
« Au début du mois d’août, j’ai assisté au congrès annuel de la Northern Nut Growers Association organisé à Saint-Paulin en collaboration avec le Club des producteurs de noix comestibles du Québec (CPNCQ). Je pensais arriver là incognito et m’asseoir à l’arrière pour écouter les conférences en traduction simultanée, mais ils m’attendaient. C’est à croire qu’ils n’avaient jamais vu des noix comme celles de Saint-Fulgence », raconte l’arboriculteur qui a constaté qu’il avait plusieurs années d’avance sur les hybrides de noisette.

« Je me suis rendu compte que nous sommes la seule entreprise d’autocueillette de noisettes hybrides en Amérique. Un conférencier de New York, lors du congrès, nous disait qu’ils avaient l’intention de faire une autocueillette dans trois ans. Nous avons 10 ans d’avance sur New York », a constaté avec surprise celui qui se consacre à l’hybridation des noisettes depuis 25 ans.

« Les participants au congrès voulaient tous me parler, j’avais 12 spécialistes autour de moi, dont un Russe, qui me mitraillaient de questions sur mes noisettes », détaille Bertrand Gravel qui participait pour la première fois à ce genre d’événement.

Le Balanin menace
« Ici dans la roseraie, la principale menace c’est le balanin, le ver de la noisette. Ça fait 15 ans que je cherche une solution biologique. On pourrait arriver à contrôler le ver avec des produits chimiques, mais je cherche une solution avec des champignons et je suis tout près de trouver », confie l’amoureux des arbres qui se sent bien seul dans ses démarches.

Pendant que des dizaines de geais bleus volent des noisettes sous les yeux du producteur, Bertrand Gravel confie qu’il aimerait bien que l’UQAC développe une chaire de recherche sur les noisettes hybrides. « Mes plantations pourraient servir de laboratoire pour éliminer le balanin. Des chercheurs de l’université ont déjà reconnu le caractère unique de notre microclimat le long du fjord du Saguenay. L’UQAC pourrait facilement rivaliser avec l’Université de Guelph en Ontario pour développer une expertise sur la noisette nordique », soutient le spécialiste qui possède une vaste expérience.

« Si j’avais l’aide de spécialistes et de chercheurs pour contrôler le balanin, j’assurerais ainsi la pérennité de la noiseraie. Le ver de la noisette se développe aussi rapidement que les noisetiers et d’ici sept ans il pourrait se retrouver dans 90 % de ma production si je n’arrive pas à le contrôler », fait valoir celui qui estime que sa plantation comptera plus de 10 millions de noisettes dans cinq ans.

Bertrand Gravel prévoit que l’autocueillette 2018 devrait se terminer en fin de semaine. « Ça fait de grosses journées de travail, le soir je tombe comme une poche. J’ai 70 ans, j’ai moins d’énergie pour faire des journées de 16 heures, mais j’ai un gros défaut ; j’aime ça », confie l’homme doté d’une grande énergie.

Place à la relève
« J’ai transféré la plantation à mes enfants Charles et Géraldine au printemps. Ils ont de bonnes idées et ils ont surtout le goût de s’impliquer. Je vais rester au champ pour mettre mon expérience à leur service, mais ce sont eux qui vont mettre en place le modèle des prochaines années », dit-il.

Bertrand Gravel est originaire de Saint-Honoré et il a toujours été un amoureux des arbres en grandissant avec les valeurs des Clubs 4 H de l’époque (HONNEUR dans les actes, HONNÊTETÉ dans les moyens, HABILETÉ dans le travail et HUMANITÉ dans la conduite).

« Ma mère était professeur dans les écoles de rang. À l’âge de 14 ans, je lui avais demandé de me laisser près du pont de la rivière Valin, je voulais aller à la pêche. J’ai flâné le long de la rivière et j’ai monté sur la montagne. J’ai su dès ce moment qu’un jour je vivrais ici, c’était trop beau », raconte l’homme qui a planté des arbres toute sa vie sur les nombreuses terres qu’il a acquises dans ce secteur au climat unique.

En terminant la rencontre, il me glisse à l’oreille qu’il mijote des projets pour la culture des truffes après qu’il ait planté 3000 nouveaux noisetiers l’an prochain.