Michèle Brassard et son conjoint Carl Lachance ont vécu l’expérience des dons croisés pancanadiens pour une greffe rénale.

Une miraculée des dons croisés pancanadiens

CHRONIQUE / Michèle Brassard se considère comme une miraculée. Elle a reçu une greffe de rein d’un donneur d’Alberta qui est venu au Québec pour donner son rein alors que, la même journée, son conjoint Carl Lachance faisait le don d’un de ses reins dans un hôpital de Winnipeg pour une personne en attente de greffe ; ça se passait en novembre 2017. C’est ce qu’on appelle des dons croisés pancanadiens.

« La veille, j’étais au bureau et pendant la nuit, je me suis retrouvée aux soins intensifs après un choc septique (infection générale du sang) et mes deux reins étaient dysfonctionnels, un état qui provoque la mort chez 95 % des gens », raconte Michèle Brassard, que j’ai rencontrée mercredi midi lors du dîner pour les dialysés à l’hôpital de Chicoutimi organisé par le chapitre régional de la Fondation canadienne du rein.

Conjoint non compatible

« Il m’a fallu six mois pour retrouver ma santé et j’ai été en dialyse pendant deux ans. Carl voulait me donner un de ses reins, mais il n’était pas compatible avec moi. Nous nous sommes donc inscrits sur une liste de dons croisés. Mon conjoint a offert un rein pour un receveur n’importe où au Canada et en contrepartie je recevais un rein d’un donneur compatible de n’importe où au Canada », explique Michèle Brassard.

« La même journée, dans six hôpitaux différents à travers le pays, on retirait un rein aux donneurs pour les greffer dans l’après-midi à des receveurs. C’est une démarche exceptionnelle et extraordinaire. Ça prend toute une logistique pour réaliser une telle opération médicale », avoue celle qui s’implique au sein de la Fondation canadienne du rein.

« Après un tel miracle, ça devient notre cause » dit-elle.

« C’est un programme qui est peu connu, même par les médecins, alors on se fait un devoir de le faire connaître. On nous invite parfois pour donner des conférences et conter notre histoire. Ça touche les gens, deux femmes ont fait des dons altruistes de leur rein après avoir entendu notre histoire récemment », fait savoir celle qui se dit en bonne forme et qui affiche une santé resplendissante.

Pour Carl Lachance, juge à la Cour supérieure du Québec depuis 2004, il n’a pas hésité un instant à faire don d’un rein. « J’ai fait tous les tests et le programme de dons croisés a trouvé un receveur à Winnipeg. En novembre 2017, j’étais sur une table d’opération dans l’Ouest canadien, alors que Michèle subissait une opération au CHU de Québec pour recevoir une greffe rénale d’un donneur anonyme d’Alberta. Aujourd’hui, je mène une vie normale, je suis en pleine forme et j’ai même joué au hockey ce matin », dit-il en souriant.

Denis Hudon reçoit des traitements d’hémodialyse depuis cinq mois à l’hôpital de Chicoutimi. Il doit faire filtrer son sang trois fois par semaine pour des soins qui durent de quatre à cinq heures.

Traitements trois fois par semaine

Ceux qui n’ont pas la chance de recevoir une greffe rénale doivent subir des traitements d’hémodialyse, un traitement qui nécessite d’être branché à un appareil qui agit comme un rein artificiel. « Je dois me rendre ici à l’hôpital de Chicoutimi, trois fois par semaine, pour faire filtrer mon sang. Le traitement dure de quatre à cinq heures », confie Denis Hudon que j’ai rencontré lors du dîner des dialysés.

« Nous recevons de l’aide du CLSC et de la fondation et il y a un bénévole qui assure mon transport pour chacun de mes traitements », raconte l’homme de 62 ans qui habite à Saint-François-de-Sales. C’est souffrant, mais ça s’endure. On sort de là épuisé et sans énergie. Mais j’ai retrouvé le goût de vivre depuis que j’ai commencé à suivre mes traitements il y a cinq mois », avoue celui qui a trouvé ses traitements difficiles au début. « Maintenant que j’ai accepté mon sort, je suis plus souriant et les infirmières m’aiment bien », exprime le dialysé qui garde la bonne humeur malgré ses traitements médicaux.

Un dîner rassembleur

Pour le président du chapitre régional de la Fondation canadienne du rein, Guy Chevrier, le dîner des dialysés est un moment important dans l’année pour fraterniser avec tous les intervenants, les patients, le personnel médical et les bénévoles. « En 2018, pas moins de 10 personnes de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont reçu une greffe de rein dans les centres de transplantation d’organes de Québec, Montréal et Sherbrooke », indique celui qui a reçu une greffe rénale il y a 19 ans.

« L’important après une greffe, c’est d’avoir une saine alimentation et de pratiquer des activités physiques », conseille le retraité du monde de l’enseignement qui a terminé sa carrière à la polyvalente Charles Gravel.

On estime que plus de 450 personnes souffrent d’insuffisance rénale au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Michèle Brassard insiste en terminant sur l’importance de signer la carte d’assurance-maladie pour les dons d’organes. « Il faut surtout en parler aux familles, car ce sont les familles qui décident au final du don d’organe quand les gens sont entre la vie et la mort. Il y a encore trop de familles qui n’acceptent pas le don d’organe même quand les patients ont donné leur consentement », dit-elle.