La grande corvée est commencée sur le chantier de la nouvelle maison de soins palliatifs du Saguenay, sur la rue Deschesne, dans le secteur Arvida. Une quinzaine d'entreprises et de professionnels ont mis l'épaule à la roue.

Une maison pour «mourir sa vie»

CHRONIQUE / Les premières pelletées de terre ont été données dans la grande corvée pour la construction d'une nouvelle maison de soins palliatifs de 12 lits à Arvida. On se rappellera que la Maison Notre-Dame du Saguenay et la maison Le Chêne ont décidé d'unir leur destin pour offrir des soins de fin de vie de qualité à la population de Saguenay dans un projet commun.
Pour construire cette maison de fin de vie, les gens d'affaires, les entrepreneurs et les constructeurs ont décidé de mettre l'épaule à la roue dans une grande corvée pour faire lever le bâtiment avant d'aller en appel d'offres pour l'édification de la bâtisse.
« Tous les gens à qui j'ai demandé un coup de main ont répondu présents. Nous avons réussi, avec un très faible coût (certains le font gratuitement, d'autres pour seulement le coût des matériaux négociés le plus bas possible), à financer les travaux d'excavation, de coffrage, d'armature, de service d'égout, de béton, d'aqueduc, de remblais et de gravier grâce à une grande corvée de constructeurs », raconte Guy Harvey, le président et fondateur de la Maison Notre-Dame-du-Saguenay, qui veut souligner publiquement l'implication d'une quinzaine d'entreprises dans ce projet.
Le coût de la première phase est évalué à un million de dollars pour un projet total de près de cinq millions.
Le président de la Maison Notre-Dame du Saguenay, Guy Harvey, avait procédé de la même façon, il y a 20 ans, en mettant sur pied une grande corvée.
« Je suis toujours touché de constater la générosité des gens quand il s'agit de s'impliquer dans la construction d'une maison de soins palliatifs. Nous connaissons tous des gens ou des proches qui ont eu besoin des services de fin de vie. On parle de 2000 bénéficiaires en 20 ans juste pour la Maison Notre-Dame-du-Saguenay », fait valoir le leveur de fonds.
Le nouveau bâtiment comptera douze lits de fin de vie et deux lits de dépannage pour les parents et les proches.
Vivre sa mort
« Les gens savent en arrivant ici qu'ils sont dans une maison de fin de vie. Mais on ne fait rien pour devancer la mort et on ne fait rien pour prolonger la vie, on respecte le rythme de la maladie. On se contente d'évaluer les symptômes du patient, peu importe le diagnostic. Ici, c'est la personne qu'on soigne, pas sa maladie », résume le directeur général de la Maison Notre-Dame, Jean-Pierre Simard.
« Nous avons des médecins associés à notre maison de soins palliatifs disponibles sept jours sur sept 24 heures sur 24. Ici, on ne prend pas de signes vitaux, on laisse les gens dormir s'ils en ont envie, on ne les réveille pas pour déjeuner, on s'adapte à leur rythme. On est ici pour mourir sa vie et non pour vivre sa mort », laisse entendre Jean-Pierre Simard.
« Il y a beaucoup d'anxiété chez les patients. C'est quand même un choc de passer la porte d'une maison de soins palliatifs. Il y a beaucoup de deuils à faire, mais ils sont contents d'être ici, car souvent ça fait longtemps qu'ils sont confrontés à la maladie et ce n'est plus possible pour eux de demeurer à domicile », explique Esther Girard, coordonnatrice des soins infirmiers.
Soulagement
C'est aussi un soulagement pour les patients de ne plus être un fardeau pour leur famille dont les membres sont souvent très épuisés et à bout de force d'être des aidants naturels.
« Ce qu'on essaie de faire comprendre aux proches, c'est que, dans la mesure du possible, donnez-vous du temps. Ils ont été au cours des dernières années, cuisinières, infirmières, femmes de ménage, support moral et des aidants en toutes circonstances. Maintenant c'est le temps de redevenir l'épouse de monsieur, laissez-nous nous occuper du reste. C'est comme ça pour les conjoints, c'est comme ça pour les enfants, les frères et soeurs. Donnez-vous la possibilité de profiter du temps qui vous reste, jours après jour, heure après heure pour profiter de vous, pendant qu'on s'occupe des soins physiques », met en relief le directeur général.
« Dans les premières 36 heures, le patient et la famille sont anxieux et nerveux. Ils pleurent, ils ont beaucoup de peine, mais ensuite ils s'aperçoivent que la personne n'est pas morte, elle est en sécurité, elle est soulagée, ça leur permet de dormir un peu et ils sentent qu'ils sont en sécurité », rapporte Jean-Pierre Girard.
« Ce seront les mêmes principes qui nous guideront dans la nouvelle maison de soins palliatifs. La qualité de la nouvelle bâtisse est importante, mais on sait que c'est dans le coeur des gens que la fin de vie se vit. Les bénévoles et nos employés sont nos plus belles richesses », conclut-il en attendant de s'installer dans les nouveaux locaux qui devraient être prêts en 2018.