À 91 ans, Marcel Tremblay admet lui-même qu'il ne «virera pas fou» parce qu'on lui a enlevé son permis de conduire, mais il voit tout de même une injustice dans le fait de devoir repasser un examen de conduite tous les deux ans en raison de son âge...

Une injustice à 91 ans

CHRONIQUE / Marcel Tremblay, 91 ans, vient de se faire retirer son permis de conduire par la Société de l'Assurance automobile du Québec. « Ça fait 75 ans que je chauffe des voitures, je n'ai jamais eu d'accident, j'ai une bonne santé, je peux encore lire sans verre. On a besoin de notre voiture à notre âge. C'est très injuste pour les gens de plus de 80 ans de devoir passer des examens de conduite aux deux ans », clame le vieil homme qui doit poursuivre sa vie sans sa voiture stationnée dans sa cour.
« Ils m'ont appelé pour passer un test de conduite. C'est une dame de 30 ans qui était assise à côté de moi dans l'auto. Je n'avais pas le droit de parler et elle m'a fait virailler dans des rues de quartier. Je roulais à 25 ou 30 km/h, je suis toujours prudent dans les quartiers, il y a des enfants qui peuvent sortir des entrées en courant après un ballon ou en vélo. Si on va plus vite que ça, on n'a pas le temps de freiner. J'ai probablement perdu des points parce que je ne roulais pas assez vite », raconte le résidant du secteur nord de Chicoutimi.
« J'ai un chalet au lac Kénogami, j'y allais tous les jours, j'ai de l'ouvrage à faire là, il faut que j'entretienne le terrain et j'ai des petites réparations à compléter », se désole celui qui entretient encore sa maison et son chalet à 91 ans. Après son examen de conduite, notre conducteur âgé s'est présenté au comptoir et on lui a dit qu'on lui retirait son permis de conduire. « Ils m'ont remboursé 48 $ pour les mois de l'année qui restaient sur mon permis. C'est frustrant même si on s'attend que ça va arriver un jour au l'autre » philosophe-t-il.
Marcel Tremblay a été un homme d'affaires prospère à Chicoutimi comme propriétaire du magasin Duchesne et Tremblay meubles qui avait pignon sur la rue Racine, en bas de la côte. « À mon époque, à 15 ans, on était un homme fait. Je livrais des commandes d'épicerie et je n'avais pas de permis de conduire. J'ai travaillé chez Gagnon frères pendant huit ans avant d'ouvrir mon propre magasin de meubles. Dans ce temps-là, je vendais de trois à quatre "frigidaires" par jour », raconte l'homme d'affaires qui a travaillé jusqu'à l'âge de 75 ans.
Marcel Tremblay a été un homme d'affaires prospère à Chicoutimi comme propriétaire du magasin Duchesne et Tremblay meubles qui avait pignon sur la rue Racine, en bas de la côte.
«Je ne virerai pas fou»
« Il faut que je me résigne, je ne virerai pas fou à cause de ça, mais je trouve ça injuste pour les gens de plus de 80 qui doivent passer des tests de conduite pour conserver leur permis. On ne demande pas aux jeunes de 16 ans de venir passer un test de conduite au deux ans pour vérifier s'ils conduisent bien », dénonce le nonagénaire, sachant très bien que les jeunes sont responsables de plus d'accidents sur la route que les vieux.
« Je trouve que les gens de plus de 80 ans subissent une injustice en ce qui a trait au permis de conduire. Quand on est en santé et qu'on a un bon bilan de conduite, c'est injuste de nous demander de repasser des tests », insiste Marcel Tremblay, qui n'accuse pas la SAAQ d'âgisme même si ça lui brûle les lèvres, il est trop respectueux pour aller jusque-là.
« Ce n'est pas une dame de 30 ans qui va me montrer à conduire », dit-il, faisant référence à la préposée de la SAAQ qui lui a fait passer son examen de conduite. « J'arrive sur un coin de rue et je n'ai pas de vision à gauche, il y a des arbres. Je regarde et je ne vois rien. Je m'avance et il arrive une voiture », j'ai probablement perdu des points sur ce coin de rue alors que ce sont des situations qui se présentent régulièrement en conduite automobile », relève le conducteur de 75 ans d'expérience.
« J'ai passé des examens médicaux et les médecins n'ont rien trouvé pour qu'on me retire mon permis de conduire. Je suis encore capable de regarder en avant, en arrière dans mes miroirs, à gauche, à droite et de surveiller mes angles morts. Je garde mes distances par rapport aux voitures devant moi et dans les zones de 90 km/h, je roule à 85 km/h, car il y a des polices en masse quand je monte au chalet », ajoute-t-il.
Pour le moment, sa fille et un de ses garçons lui prêtent main-forte et agissent comme chauffeur pour monsieur Tremblay. Pour lui, c'est un grand coup qui diminue son autonomie. « La semaine passée, j'ai pris mon auto pour aller m'acheter des bougies chez Martial Gauthier Loisirs, sur le boulevard Sainte-Geneviève. Les polices m'ont suivi et j'ai stationné mon auto dans ma cour. Ils auraient pu saisir mon véhicule, mais ils m'ont laissé aller, ils ne voulaient pas en ajouter à mon malheur, raconte celui qui ne veut plus prendre le risque de conduire sans permis.