Une heure avec le père Noël

CHRONIQUE / Les fillettes demandent encore des poupées et les garçons demandent encore des camions et des voitures. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le père Noël en personne qui me l’a confié lors d’une entrevue à Place du Royaume, mardi après-midi.

« Les filles me demandent des pouliches, des princesses et des sirènes, ça ne change pas. Chez les garçons cette année, Pat’Patrouille est la vedette avec son camion de pompier, tout comme les voitures. Il y en a même un qui m’a demandé une Audi. Les garçons me demandent aussi des jeux vidéo ou des tablettes. Je lui ai dit “voici une tablette de chocolat en attendant” », blague-t-il avec son traditionnel Ho ! Ho ! Ho !

Contrairement à ce que j’aurais pu penser, le père Noël ne reçoit pas de confidence du genre « je voudrais un papa pour Noël », ou encore « je voudrais que ma mère ne soit pas malade ». Pourtant, il prend le temps de leur parler en les assoyant sur ses genoux. On lui demande où sont son traîneau et ses lutins, s’il a bien reçu la lettre qu’on lui a envoyée, mais pas de confidence.

« Il faut se méfier des bébés, ce sont eux qui tirent le plus fort sur ma barbe », fait savoir le donneur de cadeaux. Le père Noël peut rencontrer jusqu’à 500 enfants, la fin de semaine. « Il y a des enfants émerveillés, il y a des enfants gênés, il y en a même qui pleurent, mais on prend la photo quand même, ça fera un beau souvenir de se rappeler qu’il avait pleuré dans les bras du père Noël », dit le joyeux monsieur qui sera dans son royaume tous les jours jusqu’au 24 décembre.

Il est beau le père Noël de Place du Royaume. Il invite les petits et les grands à venir le voir sur son trône. Il a une belle grosse barbe blanche et il fait joyeux avec sa tuque, ses gants blancs et son Ho! Ho ! Ho ! qu’il lance à répétition.

Les mamans avancent doucement avec leur enfant dans les bras. Certains des petits ont les yeux brillants, ils connaissent le bonhomme de réputation, c’est évident, ils sont contents de le rencontrer. Il y a ce garçon qui tirait sa mère par la main en criant à haute voix « maman, le père Noël », en le pointant du doigt.

Il y avait cette petite fille, avec son bas de soute, qui avançait doucement, en jetant un regard derrière son épaule pour s’assurer que sa maman était toujours là. Timide, le doigt dans sa bouche pour baisser sa mâchoire, elle s’est laissée prendre pour finir dans les bras du père Noël, émerveillée par le barbu et le décor multicolore.

Le plus drôle, c’est ce garçon de pas plus de trois ans qui a refusé obstinément de se rendre jusqu’au père Noël. Il s’est essayé à plusieurs reprises, mais a rebroussé chemin en courant, chaque fois, même quand il se cachait dans les jambes de son père. Sa grand-mère a aussi essayé, mais rien à faire, le gamin lui glissait entre les doigts dès qu’il approchait. C’est l’agent de sécurité qui a donné une friandise au garçon alors que le père Noël retraitait dans son atelier.

Pas tout le temps

La tradition continue d’année en année, de nombreux parents continuent d’entretenir la magie du père Noël. « Je leur demande toujours s’ils ont été sages. Il y en a un aujourd’hui qui m’a dit “pas tout le temps”. Je l’ai félicité pour son honnêteté et je lui ai donné une barre de chocolat », raconte le vieil homme. J’ai su qu’il avait 70 ans, un secret bien gardé jusqu’ici, c’est mon scoop du temps des Fêtes.

Il paraît que l’homme sera bien occupé, jusqu’au 24 décembre, il prend une pause aux trois heures, avant c’était six heures de présence, faut croire que les conditions de travail du père Noël s’améliorent.

Certains jeunes osent même lui dire que ce n’est pas lui le vrai père Noël, mais acceptent de lui demander des cadeaux quand même. Les jeunes sont méfiants en cette époque de « fake news ». Ils savent qu’il y en a un vrai et des faux. Je confirme que j’ai fait une entrevue avec le vrai ! 

Pas toujours de la belle neige

En quittant l’atelier du père Noël, j’ai salué au passage la mère Noël qui attendait son bedonnant mari pour rentrer à la maison. Sur le stationnement de Place du Royaume, c’était l’esprit des Fêtes avec cette belle neige blanche qui tombait sous les luminaires.

Une dame qui marchait près de moi en se dirigeant vers sa voiture m’interpelle et me dit : « Est-ce que je peux dire quelque chose de pas gentil ? » « Faites donc chère dame », que je lui dis. Elle me regarde et se vide le cœur : « Crisse de marde blanche, chu écœurée. La madame n’a pas de mari et elle est écœurée de pelleter », lance-t-elle à l’étranger que je suis. Elle m’a sorti assez vite de la magie de Noël. Elle va trouver l’hiver long...