Roger Blackburn
Voilà à quoi ressemble une photo de groupe au temps de la distanciation sociale. De gauche à droite, à deux mètres de distance, nous retrouvons Sarah-Jeanne Bernier, André Couturier, Alxandra Pedneault et Sonia Tremblay devant les locaux du CABC.
Voilà à quoi ressemble une photo de groupe au temps de la distanciation sociale. De gauche à droite, à deux mètres de distance, nous retrouvons Sarah-Jeanne Bernier, André Couturier, Alxandra Pedneault et Sonia Tremblay devant les locaux du CABC.

Une deuxième vague de bénévoles

Le téléphone ne dérougit pas et les oreilles des bénévoles non plus. Les besoins sont toujours là, même en temps de pandémie. «Avec le retour au travail dans certains secteurs économiques, on redoute de perdre les gens qui s’étaient mobilisés sur le site jebénévole.ca. Nous craignons de faire face à une deuxième vague de départ de nos bénévoles», exprime Sonia Tremblay, directrice générale du Centre d’action bénévole de Chicoutimi (CABC).
Alexandra Pedneault du CABC oriente les bénévoles en fonction des besoins des organismes sur le territoire.

Quand le premier ministre François Legault a demandé aux gens de 70 ans et plus de rester à la maison, tout le filet social du Québec s’est retrouvé privé de ses citoyens les plus actifs au plan communautaire dans la société. Le lendemain de la mise sur pause, ceux qui avaient perdu leur emploi temporairement ont levé la main pour venir en aide aux organismes communautaires qui avaient perdu presque la moitié de leurs bénévoles.

«Nous avons 200 bénévoles sur le terrain, mais on ne sait pas combien vont retourner au travail dans les prochains jours. Si on en perd la moitié, il faudra combler rapidement parce que les besoins ne diminueront pas», fait valoir Sonia Tremblay.

Jessica Tremblay-Doucet, intervenante de milieu auprès des personnes aînées, au sein du CABC, passe une bonne partie de son temps à rassurer les personnes âgées au téléphone.

D’autant plus que le premier ministre du Québec introduit de plus en plus les gens de 60 ans dans son vocabulaire, quand il parle de confinement et de statistique. Plus de 90 % des personnes décédées de la COVID-19 au Québec avaient 60 ans et plus. Si le gouvernement demande aux 60 ans et plus de se confiner à la maison, c’est le filet social qui risque de se déchirer; à moins que les jeunes se mobilisent.

Sonia Tremblay, directrice du Centre d’action bénévole de Chicoutimi, craint une deuxième vague de manque de bénévoles avec le retour au travail dans plusieurs secteurs de l’économie.

«Nous allons retourner sur le site de jebénévole.ca pour mettre à jour la liste des gens qui sont prêts à nous aider. Les besoins vont augmenter, que ce soit le transport pour soins médicaux, le nouveau service d’épicerie ou les visites téléphoniques qu’on doit faire pour éviter l’isolement des personnes âgées», fait savoir celle qui soutient 40 organismes avec sa petite équipe d’employés.

«Nous étions déjà débordés avant la crise. Nous sommes encore en équilibre, mais on doit s’adapter à de nouvelles réalités. C’est difficile de respecter une distanciation sociale quand il s’agit de pousser une chaise roulante. Les automobiles sont équipées de plexiglas pour les transports médicaux. Nous avons une dizaine de personnes qui doivent se rendre régulièrement à l’hôpital pour des traitements en hémodialyse et les bénévoles ne peuvent pas prendre de répit à cet égard», met en relief Sonia Tremblay.

La directrice générale du CABC se dit bien ancrée au sol, mais avec un regard vers l’avant. «Nous sommes des gens d’action, nous sommes habitués à réagir rapidement. Nous travaillons avec des clientèles vulnérables et les services de nos organismes sont très diversifiés. Les gens ont besoin de soutien psychologique. La moitié de nos gens sont en télétravail. Les visites d’amitié à domicile sont un service offert par téléphone maintenant. Le confinement est très difficile pour les personnes âgées, dont l’état de santé peut dépérir rapidement s’ils cessent de bouger. On les encourage à mettre un petit nez dehors, pour leur bien-être», exprime Sonia Tremblay.

Pas beaucoup de répit
Contrairement à d’autres secteurs d’activité qui sont sur pause ou à feu doux, les travailleurs et bénévoles du milieu communautaire sont à «On» et le four est à «Broil» tous les jours. «Nous n’avons pas beaucoup de répit, on sait qu’on va devoir se rebâtir une autre banque de bénévoles pour combler les besoins spécifiques de nos organismes. Tout ce que je souhaite, c’est qu’on ne soit pas obligé de diminuer les services par manque de personnel ou par manque de bénévoles. Le filet social fait partie des services essentiels et nos gens commencent à être épuisés. Il va falloir trouver une façon de leur donner un peu de répit», laisse tomber la directrice du CABC.