Une chance qu’on s’amuse à Noël

CHRONIQUE / Chaque année, c’est pareil. Je n’arrive pas à Noël en même temps que tout le monde. Ça commence avec les décorations qu’on installe après tout le monde. Quant à moi, je n’en installerais pas, mais ma blonde trouve ça beau, gai et lumineux. « Ça fait du bien pour les passants dans la rue », me dit-elle. Mais il faut aussi en installer dans la cour arrière. Celles-là, c’est pour nous. On les voit au travers de la porte-patio, et ça fait joyeux, qu’on me dit.

Dans le fond de la remise

En plus, ces lumières sont toujours rangées dans le fond de la remise, derrière les pneus d’auto et quelques équipements de jardin que je dois enjamber afin de les récupérer. C’est à bout de bras que je finis par les atteindre et à les sortir de leur trou, en accrochant la poignée de la tondeuse à gazon, avant de les « pitcher » dans la neige à travers l’ouverture de la porte du cabanon.

Tant qu’à être là, je sors aussi la petite table pliante avec la planche qu’on ajoute pour agrandir la table de la salle à manger quand nous sommes plus que huit convives. Noël, c’est la fête des rassemblements, et ça se passe autour de la table, alors il faut ce qu’il faut.

Dans mes petits souliers

Une fois que j’ai enjambé le support à vélo, la tondeuse à gazon, les pneus d’été et tous les cossins empilés dans la remise, en rebroussant chemin, voilà que je me retrouve en souliers dans la neige. Je récupère les boîtes de lumières de Noël, les guirlandes décoratives, la couronne avec des grelots pour la porte arrière, la couronne avec des cocottes pour la porte avant et la planche que j’ai garrochées il y a quelques secondes.

C’est à ce moment, nues mains, avec de la neige dans mes souliers, et sous la boîte que je transporte, que je réalise que j’ai laissé le support en plastique pour le sapin sur la tablette au fond de la remise. Rebelote, je refais le parcours à obstacles pour récupérer le socle à sapin.

Une fois par année

On conserve toutes ces choses pour les sortir une fois par année ; drôle de tradition quand même. Évidemment, il faut rafraîchir le centre de table, dépoussiérer quelques bibelots et se laisser tenter par de nouvelles décorations à mettre dans l’arbre. Les boules de l’an passé ne sont pas aussi jolies que les nouvelles dans les rayons des magasins.

Comme de raison, trouver un sapin de Noël naturel un 15 décembre, c’est comme ramasser des bleuets après la première gelée ; les plus beaux ont déjà été récoltés. On parade en voiture devant les restants chez les revendeurs de sapins et juste à leur voir l’allure, au volant de la voiture, ça ne vaut même pas la peine de débarquer. Il ne reste que des petits sapins pas de branches, avec une grande cime qui dépasse comme un manche à balai.

Le miracle de Noël

Après avoir fait tous les commerces environnants, un miracle se dresse chez Rona. Il reste le démo devant la porte d’entrée avec de belles branches symétriques ! C’est le petit miracle de Noël. Sans emballage, c’est plus difficile à faire entrer dans la voiture, mais peu importe, on ramassera des épines de sapin jusqu’au printemps. Le transport de notre épineux emblème jusqu’au coin du salon a laissé un beau tapis vert d’épine aromatisant sur le plancher.

On installe le sapin bien vissé dans son socle en plastique. J’ajoute même un petit fil métallique après le clou du cadre qu’on a enlevé sur le mur pour retenir le sapin, au cas où. Je suis à quatre pattes en dessous des branches pour faire tourner le tronc afin de trouver l’angle parfait pour que tous aiment sa parure.

Perdre la boule

Avec son lot de lumières, de boules, d’étoiles et de divers personnages, le sapin s’est retrouvé avec « tout son corps qui penchait par en avant, y avait le goût de vomir, y avait envie de mourir... » On s’est réveillés le lendemain avec le roi des forêts étendu en pleine face sur le plancher, débarrassé de ses boules. Redresser un sapin, avant même de prendre une gorgée de café, ça commence bien une journée, je vous l’assure.

Il m’a presque pris une envie de visser le socle à sapin dans le plancher de bois franc pour ne plus qu’il bouge, mais je me suis retenu. J’ai finalement opté pour du tape gris afin de le fixer solidement. Le petit fil métallique sur le clou du cadre qu’on avait enlevé n’a pas suffi à la tâche.

Bas de pantalon

Il y a aussi les traditions, comme cuisiner des petits pâtés à la viande et faire les beignes de Noël, même s’il en reste encore de l’an passé dans le congélateur. En plus, il faut faire du magasinage parce que ça prend un peu de cadeaux sous l’arbre. Et il faut s’acheter des vêtements. La tradition veut qu’on étrenne à Noël.

Évidemment, j’attends le 24 décembre pour tout faire ça. Comme d’habitude, je vais me retrouver à faire mon bas de pantalon parce que les couturières le 24 décembre, à 16 h, c’est plutôt rare. La journée de magasinage va se terminer au Dollarama pour acheter des sacs cadeaux, car on n’a plus le temps pour l’emballage. J’ai passé l’âge d’emballer des cadeaux en cachette, assis sur le plancher de la chambre à coucher avec les vieux choux de l’an passé.

Épuisant Noël

Vraiment, Noël, tu m’épuises chaque année, tu arrives toujours trop vite. J’espère juste que tu nous épargneras de la grippe ou de la gastro. Tu es vraiment poche, Noël, quand tu nous accables. En plus, il va falloir te ramasser, te remettre en boîte et te refoutre dans la remise avec la table pliante. Une chance qu’on s’amuse pis qu’on mange bien en bonne compagnie et qu’on en profite pour célébrer avec ceux qu’on aime, parce que je pense que j’oublierais ta fête, Noël.