Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Le chalet patrimonial a été complètement rénové selon les plans d’origine. À l’intérieur, on trouve une inscription sur un mur de bois qui mentionne septembre 1860.
Le chalet patrimonial a été complètement rénové selon les plans d’origine. À l’intérieur, on trouve une inscription sur un mur de bois qui mentionne septembre 1860.

Un retour à la vie pour Bardsville

CHRONIQUE / Le site d’hébergement de Bardsville, sur les rives de la rivière Sainte-Marguerite, à Sacré-Coeur, a été sauvé de l’abandon par la MRC du Fjord-du-Saguenay, en 2012, mais il reste encore beaucoup à faire pour lui redonner vie et en faire éventuellement une destination de villégiature touristique.

J’ai eu droit à une visite guidée en compagnie du préfet de la MRC, Gérald Savard, de la responsable des communications, Janick Gagné, et de la conseillère en développement stratégique, Julie Caron, responsable de la restauration et de la mise en valeur du site. L’endroit patrimonial témoigne de l’histoire de la pêche au saumon depuis les années 1860.

Les travaux de restauration ne sont pas encore terminés, mais le plan de conservation va bon train alors que les principaux bâtiments ont été retapés. Des panneaux d’interprétation résumant l’histoire du site et de la rivière seront bientôt installés, j’ai pu y jeter un oeil, l’histoire de Bardsville va revivre.

La station de Bardsville est en fait une large pointe de sable ceinturée dans un méandre de la rivière à saumon et enclavé au pied des flancs de montagne comme seule peut en offrir la vallée glacière de la Sainte-Marguerite. On s’en doute, les pionniers de l’époque ont constaté la beauté de l’endroit pour en faire un site d’hébergement pour les amateurs de pêche au saumon.

Visite du prince de Galles

Les fiches historiques de la MRC du Fjord-du-Saguenay nous apprennent qu’en 1860, le prince de Galles (futur roi Édouard VII), alors en visite officielle au Canada, est allé à la pêche sur la rivière Sainte-Marguerite avec David Edward Price, ce marchand de bois et politicien qui avait acquis les droits de pêche sur la rivière et dont la célèbre famille a marqué l’histoire de la région. Le prince a préféré taquiner le saumon que de rencontrer les gens de la région.

« Vers 1870, David Edward Price cède à son ami Willis Russell son droit de pêche sur le bras nord-ouest de la rivière Sainte-Marguerite en échange de ses quotas de coupe de bois. Ce dernier, qui est déjà l’un des actionnaires d’un hôtel et propriétaire d’une maison à Tadoussac, est depuis longtemps séduit par la beauté des lieux. Deux ans plus tard, Russell et son associé Robert Powell de Philadelphie organisent véritablement le club de pêche. C’est alors que débute la construction d’un premier ‘‘cottage’’ en plus de l’acquisition de plusieurs acres de terrains donnant sur la rivière », peut-on lire sur les fiches d’inscription. C’est ce Robert Powell qui aurait fait construire Bardsville et d’autres bâtiments le long de la rivière avant de vendre ses droits à James Grant. La compagnie Alcan a été gestionnaire de ce club de pêche de 1937 jusqu’au début des années 1980, quand le gouvernement du Québec a mis fin aux clubs privés de chasse et pêche.

Le site de Bardsville propose cinq chalets à louer sur un site unique le long de la rivière à saumon.

Plan de conservation

« Nous avons un plan de conservation et la reconnaissance patrimoniale des bâtiments nous oblige à les restaurer selon leur construction et les matériaux originaux », précise le préfet Gérald Savard avec la fierté de protéger ce site. « Nous avons investi plus de 700 000 $ depuis 2012 (la restauration des bâtiments patrimoniaux a débuté en 2016) et il nous reste encore au moins 400 000 $ à injecter dans la sauvegarde des bâtiments », indique le préfet.

Le chalet au bord de la rivière constitue l’élément principal du site qui compte également cinq autres chalets d’hébergement, une glacière patrimoniale (à reconstruire) et un pavillon communautaire en bois rond qui été complètement restauré.

À l’intérieur du bâtiment principal, dont la restauration n’est pas encore complétée, on peut lire une écriture sur un des murs en bois, laquelle mentionne la date de septembre 1860.

Le pavillon communautaire construit en bois rond a aussi été restauré. Il reste à lui trouver une vocation en fonction du plan marketing qui sera dévéloppé par la MRC sur le plan touristique.

« Le chalet a été surélevé d’environ deux pieds pour le protéger du haussement de la rivière au printemps. La cheminée a été complètement refaite et il reste quelques modifications pour la mise aux normes avant de pouvoir l’exploiter ou le louer à la clientèle », explique Julie Caron, qui supervise ce projet au sein de la MRC.

« Il faut également trouver une vocation au pavillon communautaire avant de terminer la restauration », indique la conseillère stratégique qui a fait des recherches historiques pour réaliser les fiches d’interprétation qui seront bientôt installées sur le site.

Riche histoire

Bardsville est un endroit magnifique aménagé sur le bord d’une des plus importantes rivières à saumon d’Amérique du Nord qui fait partie de notre histoire régionale. C’est là qu’a été fondé le premier club de pêche privé du Québec, en 1885, le « Ste. Marguerite Salmon Club fishing association », par James Grant (un ancien commis du poste de traite de Tadoussac) et ses associés de New York.

Malheureusement, pandémie oblige, le site de Bardsville est accessible seulement à ceux qui font la location de chalet. Le chalet ancestral sur le bord de la rivière et le pavillon communautaire ne sont pas encore accessibles au public. Il y a cependant cinq chalets à louer sur le site, d’une capacité de quatre personnes, des chalets qui sont utilisés présentement par les pêcheurs de saumons et les amateurs de truites de mer.

Le site de Bardsville est rempli d’histoires et les chalets sont campés dans le décor unique d’une vallée glaciaire. La MRC du Fjord-du-Saguenay a l’intention de mettre en valeur cet endroit pour accueillir des visiteurs. « La pointe de Bardsville a un énorme potentiel de développement, nous allons aussi améliorer la visibilité du site le long de la route 172 pour que les touristes puissent y accéder plus facilement », a indiqué Gérald Savard lors de la visite des lieux.