Le haut de la rue Racine à Chicoutimi en 1920.

Un procès à Chicoutimi en 1920

CHRONIQUE / L’équipe de la Société historique du Saguenay se met en mode production pour la prochaine édition du Procès à l’ancienne qui campera des personnages du Chicoutimi de 1920, après des années marquées par la conscription, la prohibition et le feu de la cathédrale.

En 1920, la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi est à son apogée et tourne à plein régime pour fournir de la pulpe à l’Angleterre d’après-guerre et aux États-Unis. On y compte 2000 employés dans une ville de plus de 8000 habitants. Les gens l’ignorent en ce temps-là, mais c’est le début des Années folles.

Fondée par Joseph-Dominique Guay propriétaire du Progrès du Saguenay et ayant comme directeur-gérant l’ancien banquier de Chicoutimi et homme d’affaires, Julien-Édouard-Alfred Dubuc, la Compagnie de Pulpe, à cette époque, est la plus grande productrice de pulpe en Amérique du Nord et une des premières au monde.

Utopie saguenéenne

Pour reprendre une analyse historique de Gérard Bouchard, l’élite commerciale et industrielle vit en pleine utopie saguenéenne et espère que leur coin de pays deviendra un jour la Chicago du Nord. La région compte plus de 70 000 habitants et des centaines de fromageries fabriquent du cheddar destiné à l’Angleterre.

Coin Labrèque et Racine en 1920. Photo Facebook

C’est l’avocat Elzéar Lévesque qui est maire de la ville, le même qui, en 1922, fondera la Compagnie Autobus et Taxis 500 avec Odilon Crevier et Roma Quenneville. C’est sa maison qui a été détruite sur la rue Racine le 13 mai 2007 pour permettre l’agrandissement du Manoir Champlain. Joseph-Arthur Gaudreault est député libéral de Chicoutimi au provincial en 1920, il était propriétaire du magasin général du village de Laterrière de 1912 à 1924 alors que c’est le Dr Edmond Savard qui est député libéral fédéral de la circonscription Chicoutimi-Saguenay. C’est Mgr Michel-Thomas Labrecque qui siège à titre de troisième évêque du diocèse.

C’est aussi en 1920 que se termine la construction l’Académie commerciale des frères Maristes sise alors au coin des rues Racine et Morin. Le bâtiment fut transformé en hôtel de 32 chambres et porte aujourd’hui le nom d’Hôtel du Fjord. En 1920, Mgr Victor Tremblay, fondateur de la Société historique du Saguenay, commence à recueillir des témoignages de personnes âgées pour documenter l’histoire de la région.

Boom économique

« En 1920 on peut lire plusieurs anecdotes dans Le Progrès du Saguenay concernant les problèmes de circulation avec l’arrivée de l’automobile qui partage les rues avec les attelages de chevaux. Les commerçants et les habitants du centre-ville se plaignent de la poussière générée par les déplacements urbains », relate Martin Giguère, le dramaturge et comédien qui a accepté la tâche d’écrire le scénario du prochain Procès à l’ancienne qui sera présenté à la fin du mois de mars.

Martin Giguère, bien connu pour ses Lectures de Diogène et son personnage de clown noir au sein du Théâtre du Faux Coffre, est aux prises avec le même défi que j’avais pour l’écriture de cette oeuvre théâtrale l’an dernier, c’est qu’il n’y a pas de procès célèbre en 1920. L’auteur devra se lancer dans un procès-fiction pour nous faire vivre une page de cette époque.

Audrey Naud, Sandrine Larouche et Sarah-Jeanne Lemieux de la Société historique du Saguenay entourent le dramaturge Martin Giguère derrière une édition de 1920 du Progrès du Saguenay pour la préparation du Procès à l’ancienne qui sera présenté à la fin du mois de mars.

Les archivistes de la Société historique, Sarah-Jeanne Lemieux et Sandrine Larouche ont épluché Le Progrès du Saguenay de 1920 afin de se plonger dans l’atmosphère du début d’une nouvelle décennie.

« Chicoutimi vit un boom économique et connaît une période de prospérité. La population est aux prises avec des problèmes de logement pour les ouvriers et il y avait aussi un manque de main-d’oeuvre, comme quoi les époques se ressemblent, fait valoir Sarah-Jeanne Lemieux qui a fourni le maximum d’information disponible à l’auteur.

Arrivée en masse de l’automobile

L’arrivée en masse des automobiles sensibilise les municipalités à remédier à la situation. La Chambre de commerce de Chicoutimi ainsi que plusieurs autres leaders locaux souhaitent construire une route régionale afin de relier le Saguenay au Lac-Saint-Jean. Des projets de service d’autobus commencent à prendre forme entre Chicoutimi, Jonquière et La Baie. C’est la compagnie Leclerc et Crevier qui permet la liaison entre ces villes du Saguenay en 1922.

« Les articles de journaux reflètent l’opinion très conservatrice de l’élite économique bien pensante sur le ton moralisateur de l’église catholique qui dénonce entre autres les nouvelles modes féminines. La voix des femmes ne se fait pas entendre dans les journaux de l’époque », précise l’archiviste, même si les femmes commencent à revendiquer des droits.

La Bouvherie FGortuna Fecteau en 1920 sur la rue Racine à Chicoutimi. Photo Facebook

L’arrivée des bûcheux au printemps, l’abattage d’animaux en ville, le souci d’une bonne hygiène avec l’ouverture d’un bureau de l’hygiène, l’impact du cinéma avec la montée de Charlie Chaplin et l’arrivée de cirques ambulants font aussi partie de l’actualité.

« Au chapitre des faits divers, j’ai remarqué qu’il se commet plusieurs petits larcins et que le vol est un crime de plus en plus généralisé. Je crois que les procès pourront mettre ces voleurs sur la sellette », a confié l’auteur Martin Giguère que j’ai rencontré récemment avec l’équipe de la Société historique. La plupart des comédiens de l’an passé seront de la distribution qui sera connue officiellement dans quelques semaines.