N'importe qui peut entrer sur le site de l'ancienne usine Graphic Packaging.

Un piège pour jeunes ados

CHRONIQUE / Quand j'étais un jeune adolescent, on allait s'amuser sur le site de la Pulperie à Chicoutimi avant que le musée régional ne voit le jour. On partait à vélo pour aller à la « Smelting », je ne sais pas pourquoi on appelait ça comme ça, mais je vous jure qu'on avait bien du plaisir à jouer dans les décombres. On cassait des vitres avec nos tire-roches et on jouait à marcher sur les poutres des ponts roulants. Un jour, un jeune est décédé dans ces jeux téméraires, il est tombé du toit.
Le site de l'ancienne cartonnerie de Jonquière me fait penser exactement à ça. Je suis allé faire un tour, hier, avec le photographe Michel Tremblay. Je vous jure que ces installations sont un véritable piège pour ados qui seraient tentés de s'y amuser. Si j'avais entre 12 et 15 ans et que j'habitais dans ce secteur, c'est sûr que j'irais jouer au monsieur pâte et papier en pesant sur les boutons de la machinerie qui traîne encore sur place.
À cet âge, mes copains et moi aurions visité cet endroit de fond en comble en utilisant tous les escaliers disponibles et les petits locaux accessibles. Nous sommes arrivés devant l'usine désaffectée et il a fallu une bonne heure juste pour faire le tour de l'ancien complexe industriel et jeter un coup d'oeil par les portes et fenêtres grandes ouvertes. Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a bien raison d'être en colère contre les propriétaires des lieux, la compagnie BayShore Groups, une société qui se spécialise dans l'acquisition et le recyclage de sites industriels.
Site dangereux
N'importe qui peut entrer dans ces installations sans surveillance. Il y a des affiches interdisant l'accès, mais aucune barrière ne nous empêche d'y accéder. Les fenêtres de la guérite à l'entrée, comme l'ensemble des installations, sont toutes cassées et le mobilier de bureau est saccagé. À l'intérieur de l'usine, on peut trouver des ordinateurs qui traînent sur les planchers, des extincteurs, des bombonnes de soudure, des morceaux de métal et des équipements industriels de toutes sortes.
Toutes les portes de garage sont ouvertes, il y a encore des néons sur les systèmes d'éclairage. Il y a même de belles portes en bois, des clôtures, une quinzaine de gros pneus industriels, un treuil sur pont roulant, une machine à papier avec les boutons de commande, une salle électrique où les fils ont été volés, des meubles de bureau et des classeurs de métal. J'avais des frissons en marchant à l'intérieur juste à penser que des jeunes pourraient choisir cette usine désaffectée comme terrain de jeux. Je les imaginais à travers les machines à jouer à qui sera le plus brave et le moins peureux. « T'es pas game de monter sur le toit ? », je suis sûr que les jeunes d'aujourd'hui sont aussi insouciants qu'on l'était à l'époque de la Pulperie.
Danger public
Je ne comprends pas comment, en 2017, on peut laisser une compagnie abandonner un site industriel de cette ampleur et le laisser sans surveillance. En mars dernier, un homme a perdu la vie lors de travaux de démolition et ça fait cinq incendies que les pompiers de Saguenay vont éteindre sur ce site.
L'usine est complètement fermée depuis le mois de novembre 2016 et s'impose désormais comme un véritable nid pour les « mites à fer », ces individus qui volent du métal pour le revendre.
Les multinationales du bois ont fait de l'argent comme de l'eau par le passé et ils ne sont pas foutus de ramasser leurs usines désaffectées. Le député Sylvain Gaudreault est parti en croisade pour trouver des recours possibles avec la loi sur l'environnement. « Les pompiers qui sortent la nuit pour éteindre les incendies qui font rage dans les bâtiments industriels ne sont pas des bénévoles. Ces gens sont payés par la ville avec nos taxes. Ça va arrêter quand de se faire dominer par des entreprises délinquantes, il y a toujours bien des limites », s'est indigné le député de Jonquière, mardi.
En attendant, si vous êtes parents de jeunes ados, ce serait bien de leur interdire formellement d'aller jouer sur les terrains de l'usine. Ce serait un bon conseil.