Le capitaine de police de Saguenay, Denis Turcotte, tiendra la cinquième édition de la Marche de la différence le jeudi 3 mai.

Un marcheur qui fait la différence

CHRONIQUE / Il y a des journées où on ne se demande plus ce que le système peut faire pour nous aider, mais qu’est-ce qu’on pourrait faire pour aider le système. C’est ce qui a motivé le policier de Jonquière, Denis Turcotte, à initier la Marche pour la différence il y a cinq ans, une marche de 24 heures pour sensibiliser la population aux gens qui vivent une différence.

Parents de trois enfants biologiques, Denis Turcotte et sa conjointe ont adopté une fillette sud-coréenne de quatre mois et demi, il y a bientôt 17 ans. Dès ses débuts scolaires, la jeune Maève-Lee a reçu le diagnostic d’une dysphasie sévère. « Ça se traduit par des troubles de langage et des difficultés à percevoir les choses abstraites, comme le temps par exemple », explique celui qui a dû orienter sa vie personnelle et affective en fonction du trouble permanent de leur fille adoptive.

Uniquement pour sensibiliser

« Au début, j’appelais ça la Marche pour la dysphasie, mais à force de rencontres avec les gens qui se joignent à l’activité, je me suis rendu compte que tous ceux qui vivent avec une différence ont besoin de soutien. Ce n’est pas une activité de collecte de fonds, c’est uniquement pour sensibiliser la population, les travailleurs et les dirigeants d’entreprise à l’importance de faire une place aux gens qui vivent avec une déficience », fait valoir le capitaine de police.

« Nous avons vu récemment la mobilisation de la population quand Walmart a manifesté son intention de mettre un terme à son programme pour intégrer des déficients intellectuels au marché du travail. Au-delà de ces grandes entreprises, il faut aussi regarder ce qu’on peut faire au niveau local pour sensibiliser les gens. L’objectif cette année est de sensibiliser les entreprises sur les qualités des personnes qui vivent avec des déficiences. Ce sont généralement des gens capables d’effectuer des routines à la perfection qui apprécient quand il y a des règles à suivre, qui sont loyaux et fiables », fait valoir celui qui a consacré sa vie à supporter sa fille qui vit avec un trouble de comportement.

Consacrer sa vie

On se pose la question parfois à savoir comment des parents arrivent à consacrer leur vie à des enfants qui vivent avec des troubles de comportement, des maladies physiques ou mentales. « On ne considère pas ça comme un malheur. C’est du bonheur qui nous transforme, qui nous fait voir la vie autrement. Comme parents et comme individus, on se rend compte de l’importance d’être performant, on oublie souvent le vrai sens de la vie », philosophe de père de famille.

« Les jeunes avec une différence nous transforment, nous forcent à revoir nos projets, nos objectifs et le rôle qu’on doit jouer. Je vais prendre ma retraite l’an prochain et je sais que ma fille n’aura pas de diplôme et qu’on devra la supporter. On se rend compte que finalement on ne fait pas seulement ce qu’on peut, mais qu’on fait de notre mieux. Nous avons des inquiétudes pour l’avenir et c’est pour ça que cette année je souhaite sensibiliser les entreprises à l’importance d’embaucher les gens qui vivent avec une différence, pour les aider et les intégrer pour qu’ils puissent s’épanouir », exprime le policier.

« Dans tous les milieux de travail, nous connaissons des gens qui sont touchés par des personnes vivant avec une différence. La mairesse Josée Néron m’a assuré de son soutien dans notre démarche et me permettra de véhiculer mon message parmi tous les employés de la ville avec l’aide du service des communications. »

Responsabilité collective 

« La population en général a aussi sa part de responsabilité pour permettre aux gens différents de s’épanouir. Il faut être plus patient à la caisse enregistreuse si ça prend plus de temps à emballer vos achats. Il faut s’adapter au rythme plus lent de ces gens et les accepter tels qu’ils sont », dit-il.

Les parents d’enfants vivant avec un trouble de comportement vivent souvent de la culpabilité face à ces situations. « On se demande si on aurait pu faire mieux et on se rend compte aussi qu’on ne peut pas cesser d’exister, comme parent, comme couple. Pour continuer à les accompagner, il faut être en santé physique et mentale », exprime celui qui marchera 24 heures pour sensibiliser la population.

Pour Denis Turcotte, une marche de 24 heures est un bien petit défi comparativement aux défis quotidiens que vivent les jeunes avec des difficultés. « Ces jeunes sont mis de côté par la société. Ils ne tissent pas de liens d’amitié et ils se réfugient dans leurs habitudes et finissent par s’isoler. Ça leur demande beaucoup d’énergie de se lever chaque matin pour essayer de vivre en société », fait valoir celui qui invite la population à se joindre à lui.

Le départ aura lieu le jeudi 3 mai à 10 h, à l’École polyvalente de Jonquière. « La polyvalente est notre point d’ancrage. À partir de là, nous allons recruter des jeunes dans six écoles de la Commission scolaire De La Jonquière qui se joindront à nous. En soirée, nous allons nous retrouver à la Place Nikitoutagan pour ensuite marcher en boucle sur les berges de la rivière aux Sables », explique celui qu’on pourra suivre sur sa page Facebook tout au long de sa marche.