Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
L’artiste Alexis Aubin-Laperrière a réalisé une performance artistique en créant un gyotaku près du quai des croisières à La Baie.
L’artiste Alexis Aubin-Laperrière a réalisé une performance artistique en créant un gyotaku près du quai des croisières à La Baie.

Un gyotaku de sébaste pour anoblir sa pêche

CHRONIQUE / Alexis Aubin-Laperrière, un créateur en art visuel originaire de Chicoutimi qui vit à Montréal, a célébré son 33e anniversaire, mardi, au coeur du fjord du Saguenay, dans le cadre d’une partie de pêche au poisson de fond à bord du bateau du pourvoyeur, M. Jigg.

C’est un cadeau d’anniversaire que lui a offert sa conjointe, la comédienne Alice Pascual, elle-même passionnée de pêche. En plus de vivre son rêve de pêcher sur le fjord, cette expédition était à la base d’une performance artistique, soit de réaliser un gyotaku avec les prises de la journée.

« Un gyotaku, les Anglais appellent ça un fish print. Il y a un mot français pour le définir, un ichtyogramme, mais je ne vois pas souvent cette expression. En fait c’est un art japonais dont la technique consiste à imprimer la forme du corps du poisson qu’on a capturé sur du papier. On applique de l’encre avec un pinceau sur le poisson et on dépose ensuite une feuille de papier pour épouser la forme du corps pour faire une impression inversée », m’explique l’artiste avec qui j’ai passé la journée sur le fjord.

L’artiste Alexis Aubin-Laperrière montre les gyotaku qu’il a réalisés lors de ses dernières soties de pêche. Le guide Ronald Gauthier et la conjointe de l’artiste, la comédienne Alice Pascual, admirent le travail près du quai des croisières à La Baie.

Oeuvre d’art

« C’est comme un peu faire une photo d’un trophée de pêche en imprimant notre prise sur une feuille de papier, ça démontre sa longueur, sa forme et de quelle espèce il s’agit. Ensuite l’artiste y met sa touche personnelle en peignant l’oeil du poisson sur l’imprimée en y ajoutant des couleurs ou en peaufinant les lignes », exprime celui qui se passionne pour l’art visuel.

Alexis Aubin-Laperrière a été très impressionné par la beauté du fjord. « C’est drôle pareil, je suis né ici et je n’étais jamais allé à la pêche sur le fjord. Il aura fallu que je vive à Montréal pour que ma conjointe m’offre ce cadeau de rêve. »

« Mon coeur bat », a lancé Alice Pascual, qui s’est immédiatement laissé envoûter par le Saguenay. « J’ai habité sur la Côte-Nord et quand je tripais en secret sur Alexis, je voyais le fjord quand je me rendais à Montréal et je me disais, ô wouah, il vient d’ici. Et nous voilà ensemble à la pêche sur sa rivière », détaille la comédienne, qui a une carrière très active tant à la télé qu’au théâtre. On a pu la voir dans la série Épidémie, diffusée à TVA l’hiver dernier, et dans la série Trop, à Radio-Canada, de l’auteure Marie-Andrée Labbé, originaire de L’Anse-Saint-Jean.

Passionnée de pêche

« Je suis originaire de la France et j’avais un oncle qui pêchait en zodiac et je passais mes étés à la pêche avec lui. Mais en 2015, j’ai rencontré Louise Laparé (la conjointe de Gaston Lepage et animatrice de l’émission Elles pêchent, sur Unis TV) une passionnée de pêche au saumon. Elle m’a donné une canne à pêche et m’a initiée à la pêche à la mouche. J’ai eu la piqûre et j’ai donné la tag à Alexis. On a fait beaucoup de pêche pendant la pandémie », confie-t-elle pendant qu’elle pêchait le sébaste à plus de 300 pieds de profondeur dans le fjord.

« La pêche fait partie de nos vies et j’ai découvert une façon d’aller plus loin que de capturer un poisson en ajoutant à cette activité une création artistique. J’ai étudié les beaux-arts à l’Université de Concordia et je me passionne pour les dessins, les estampes et l’art visuel. J’ai fait des recherches et j’ai découvert le gyotaku », dit-il.

Au poisson de fond sur le fjord

La pêche n’a pas été facile, il y avait un vent d’est avec des rafales à 40 kilomètres-heure. Le guide et pourvoyeur Ronald Gauthier, mieux connu sous le nom de M. Jigg, a dû exploiter des secteurs à l’abri du vent, car il y a avait trop de vague pour se rendre à ses « spots » de prédilection, dans le secteur de Sainte-Rose-du-Nord. Nous avons quand même réussi à remonter quelques sébastes pour permettre à l’artiste de réaliser sa performance près du quai de croisière.

« Maintenant, quand je capture un poisson, je sais qu’il me reste encore trois heures de travail avant de l’apprêter ou de le faire en filet », mets en relief le créateur.

C’est donc au milieu des passants qu’Alexis Aubin-Laperière s’est installé avec son matériel. Il a installé sa petite table de création et a préparé le sébaste en s’assurant que la queue, la bouche et les nageoires soient bien en évidence. Après avoir bien asséché le poisson aux grands yeux comme Jean-Luc Mongrain, l’artiste a appliqué minutieusement l’encre dans le sens des écailles. Il a dû faire vite, car le vent lui a compliqué un peu les choses. Il a terminé son gyotaku sous les parapluies de bons samaritains alors que les gouttelettes commençaient à tomber.

Entre vous et moi, l’impression sur papier des poissons capturés est beaucoup plus jolie qu’une photo. J’ai découvert une façon artistique d’anoblir la pêche et l’artiste avait autant de satisfaction à voir le résultat de son impression que le pêcheur en a eue à capturer le poisson.

L’artiste Alexis Aubin-Laperrière a réalisé une performance artistique en créant un gyotaku avec un sébaste du Saguenay, près du quai des croisières à La Baie. On le voit ici découvrant son oeuvre.
Voici le gyotaku de sébaste du fjord réalisé par l’artiste Alexis Aubin-Laperière, mardi, après une pêche au poisson de fond.
L’artiste Alexis Aubin Laperrière montre fièrement le gyotyaku d’un sébaste du fjord qu’il a réalisé devant les passants, au quai des croisières de La Baie, mardi.