La directrice générale de Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Dubord, et l’historien Jérôme Gagnon, lors de la conférence sur le tourisme et l’histoire, jeudi après-midi, à l’Hôtel Le Montagnais de Chicoutimi.

Un forum pour la mobilisation

CHRONIQUE / Plus de 200 intervenants du tourisme réfléchissent à leur avenir depuis mercredi dans le cadre du Forum touristique régional qui se déroule à l’hôtel Le Montagnais de Chicoutimi. Une délégation de la Norvège participe aux discussions, ce qui a nécessité un système de traduction simultanée dans toutes les salles de conférences.

Les sujets de discussion sont variés. L’importance de l’histoire, la mise en valeur des paysages, le partage des connaissances, la mise en valeur des moteurs de destination, la valeur des employés, les changements climatiques, les influenceurs et les réseaux sociaux, le développement d’infrastructures et l’innovation sont autant de sujets qui ont été abordés sous forme de conférences et de panels de discussions.

Base de réflexion

« Pour nous, c’est un début de réflexion et de consultation pour réaliser notre plan stratégique des dix prochaines années. Le forum touristique est une activité de mobilisation pour trouver une vision collective de notre industrie et des nouveautés qui s’y rattachent », a commenté Éric Larouche, président de l’Association touristique régionale, qui revient de Paris où il a assisté à un salon sur les innovations.

« Cette réflexion va nous permettre de trouver les orientations d’avenir pour ensuite sensibiliser les divers paliers de gouvernement qui vont soutenir nos actions pour un horizon 2030. Une délégation de la Norvège est avec nous, ça permet de comparer notre façon de faire avec les autres », ajoute le président de l’ATR.

Histoire et tourisme

L’historien Jérôme Gagnon a dressé un portrait historique du Saguenay-Lac-Saint-Jean dans le cadre d’une conférence intitulée « Nos racines : le potentiel attractif de la région et son point de vue historique ».

Une hôtelière s’est adressée à lui en lui demandant quoi suggérer aux visiteurs européens qui ont plus de 6000 ans d’histoire. « Je leur propose Val-Jalbert ou la Pulperie, mais c’est une histoire de seulement 100 ans, » dit-elle un peu embarrassé. C’est une dame de la pourvoirie Cap au Lest, d’origine française, qui lui a répondu. « Nous recevons 20 000 visiteurs par année à Cap au Leste et c’est vrai que les Européens se prennent au sérieux parfois, il y a de ce genre de monde dans tous les pays. Les Français viennent au Québec pour retrouver la chaleur des Québécois, ce qu’ils n’ont pas chez eux. Il ne faut pas se sentir inférieur. Il n’y a pas eu de Roi Soleil, ni de Versailles ici, mais soyez fiers de ce que vous êtes, de qui vous êtes et ceux qui ne comprennent pas, bien tant pis pour eux », a lancé l’intervenante touristique sous les applaudissements des participants.

Pour Jérôme Gagnon, notre histoire colle à notre réalité. « Les Européens se passionnent pour l’histoire des Autochtones, l’histoire de nos usines de pâte et papier, pour nos espaces naturels. Il suffit de leur offrir ce qu’on a », dit-il simplement.

Jérôme Gagnon a profité de sa conférence pour retracer les grands personnages de notre époque de la colonisation à l’ère industrielle. Les Peter McLeod, Joseph-Dominique Guay, William Price, Horace Jansen Beemer, le frère Untel (Jean-Paul Desbiens) et Onésime Tremblay qui ont marqué notre histoire. « Les touristes qui font du kayak sur nos rivières répètent les gestes que nos ancêtres ont faits il y a plus de 100 ans. La région a longtemps été isolée du reste du Québec avant que la grande industrie et le chemin de fer s’installent ici », fait remarquer l’historien pour nous faire comprendre que la randonnée pédestre, la raquette et le canot de rivière ne sont pas une invention du tourisme d’aventure.

Goût pour le plein air

« Notre goût pour le plein air nous vient peut-être de nos ancêtres qui ont dû composer avec les rigueurs de l’hiver et leur culture d’agroforestier. Il y avait un producteur de fromage dans chaque rang, à l’époque, et ce n’est pas pour rien que les fromages, un peu plus raffinés aujourd’hui, font partie de notre identité régionale », a mis en relief le conférencier qui a montré sur l’écran la plus vieille photo de Chicoutimi, qui date de 1858.

« L’histoire des régions font partie de l’offre touristique, il suffit de l’enseigner un peu plus aux guides touristiques et de donner le goût aux gens de se raconter », a-t-il conclut. Les discussions sur l’avenir du tourisme régional se poursuivent vendredi jusqu’en milieu d’après-midi.