Un congé pour manger de la dinde

CHRONIQUE / Ça vous dit quoi, vous les jeunes, le congé de l’Action de grâce ? « Absolument rien... C’est un long congé de trois jours... Je sais qu’on mange de la dinde... C’est pour célébrer les récoltes... » Voilà ce qu’avaient à dire quelques représentants de la génération Y au sujet de ce long congé.

C’est impressionnant de constater comment les références historiques et sociales s’étiolent au cours des années selon les générations. Sur le site Internet de Statistique Canada, on définit une génération comme un groupe de personnes qui ont à peu près le même âge et qui ont vécu, le plus souvent pendant leur enfance ou au début de l’âge adulte, des événements historiques particuliers, tels qu’une crise ou une période de prospérité économique, une guerre ou des changements politiques importants. Ces événements peuvent influencer leur vision du monde.

Boomers, X, Y, Z, milléniaux, alpha...

La génération Passe-Partout n’a évidemment pas les mêmes références historiques que les X et les baby-boomers qui les ont précédés. Quand on se met à tenter d’expliquer que l’Action de grâce, à une époque pas si lointaine, c’était rendre grâce à Dieu et reconnaître son existence, les jeunes nous regardent en haussant les épaules.

Dans ce genre d’occasion, je me rends compte que l’éducation judéo-chrétienne (morale, culpabilité et interdiction), que nous avons reçue durant notre enfance conserve encore des racines très profondes. On vit à l’ère de la laïcité, mais tous les concepts religieux font encore partie de notre mémoire.

J’étais à la chasse sur l’île d’Anticosti la semaine dernière avec des compagnons plus âgés. Un de 68 ans et un autre de 78 ans. Les discussions tournaient à l’occasion autour de notre jeunesse, notre éducation, le mode de vie de nos parents et de nos grands-parents. Et comme les Y connaissent les comptines de l’émission Passe-Partout, les baby-boomers connaissent les comptines entendues à l’église et dans les cours de catéchèse.

Des histoires qui vont disparaître

Il suffit d’entonner cet air connu : « Qu’il est grand le mystère de la foi » et la plupart des boomers vont répondre sur le même air : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ». Et après, tout un chacun va se mettre à raconter ces années où il a été enfant de chœur et des différents curés de paroisse qu’ils ont connus. Les plus vieux vont raconter qu’ils récitaient le chapelet en l’écoutant à la radio alors que certains raconteront comment ils étaient terrifiés d’aller se confesser au curé, de peur d’aller en enfer.

Les histoires de pêche miraculeuse ; des Noces de Cana avec l’eau transformée en vin ; de Saint-Thomas qui voulait mettre ses doigts dans les trous de clou dans les mains de Jésus ; de Judas qui l’a vendu aux Romains ; de Zaché dans l’arbre qui renonce à sa fortune pour suivre le sauveur, du gars qui s’est fait dire: ‘‘Prends ton grabat et marche’’, sont des histoires qui ne sont pas connues des jeunes.

Les gens de 58 à 78 ans partagent à peu près le même passé générationnel, mais on dirait que l’écart entre les générations diminue avec le temps qui avance trop vite.

Lorsqu’on discute en présence des jeunes aujourd’hui, il faut préciser ce que c’est lorsqu’on parle de cassette, de fax, de la messe, de dictionnaire, d’encyclopédie, de châssis doubles, de carême, de walkman ou de siège banane et de poignée western. On partage tout de leur époque, mais eux sont privés d’un grand bout d’histoire qui ne se lit pas dans les livres.

Avant et après Internet

On partage beaucoup de vécus entre générations, mais j’ai l’impression qu’avec les appareils mobiles et les différentes applications sur Internet, on va vivre de moins en moins ensemble et qu’on va partager moins de choses en commun. Déjà ça devient compliqué de parler de la dernière émission de District 31 devant la machine à café, parce que certaines personnes l’ont enregistrée et qu’ils ne veulent pas savoir ce qui s’est passé.

Il y a déjà des jeunes qui nous demandent comment on faisait pour vivre sans Internet. Il y aura donc la génération avant et après Internet, comme ceux qui vivaient avant et après l’invention de l’électricité. Il y a ceux qui écoutent des séries télévisées sur Netflix et ceux qui ne sont pas abonnés à Netfilx. Il y aura quelques exceptions que tous auront partagées, comme les chansons d’Aznavour, mais là « je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ».

Bonne Action de grâce.