Roger Blackburn
Éric Arseneault est professeur d’actualité internationale au Cégep de Jonquiere.
Éric Arseneault est professeur d’actualité internationale au Cégep de Jonquiere.

Trop d’actualité pour l’actualité

CHRONIQUE / Pour Éric Arseneault, professeur d’actualité internationale au département d’Art et technologie des médias du Cégep de Jonquière, la pandémie de COVID-19 se montre aussi très virulente face à l’actualité. Toutes les informations, qu’elles soient d’ordre politique, économique, scientifique, environnemental ou social, tournent autour de cette crise mondiale et l’actualité se concentre autour de ça, presque uniquement.

« Ce qui est frustrant, c’est que nous sommes inondés, voire ensevelis, sous un déluge d’informations. Et ce qui est difficile, c’est de faire la part entre ce qui est important et pas important et quels sont les enjeux majeurs et secondaires. Il faut décider qui on lit et quoi on lit dans tout ce lot d’informations quotidiennes », met en lumière le professeur.

Fausses nouvelles et désinformation

« Et dans tout ce lot d’informations, il y a les fausses nouvelles et la désinformation de la part de sources pas toujours crédibles qui sont en général plus dommageables en période de crise. Alors quand tu veux enseigner le sens critique à tes élèves et qu’on leur dit de douter de tout, de valider, de contre vérifier et d’aller comparer et croiser leurs informations pour en valider la véracité avant de la publier, ils ont de quoi pour se déstabiliser dans cette crise », dit-il.

« C’est hallucinant le nombre de “fake news” qui circulent sur les médias sociaux. Et quand les leaders politiques deviennent eux aussi peu crédibles (le président Donald Trump est un bon exemple), on se retrouve devant une surabondance de désinformation et ça devient difficile de démêler le vrai du faux », analyse le spécialiste en actualité internationale.

Dans un contexte où l’expression la plus souvent employée est que « nous sommes en train de construire l’avion pendant qu’il vole », il est difficile de porter un jugement sur les décisions de nos gouvernements et des responsables de la Santé publique.

Éclairage difficile

Quand les scientifiques se contredisent sur l’immunité publique ; quand le Québec met son économie sur pause et qu’on affiche la même courbe que la Suède qui a prôné des mesures moins drastiques et qu’on nous dit dans la même rencontre de presse que tous les pays ne comptent pas leurs morts de la même façon et que dans tel pays ils font moins de tests et qu’ici on fait plus de tests ; ça devient difficile de s’y retrouver pour les spécialistes de l’information, alors on peut imaginer comment l’actualité percole dans la collectivité.

« Dans une salle de nouvelles, il faut aller au-delà des faits bruts, il faut se mettre dans le contexte de ce qui arrive, il faut voir les enjeux, décoder des choses, lire entre les lignes, avoir de la perspective et remonter dans le temps pour comprendre et analyser. Dans le cas de cette pandémie, l’éclairage a de la difficulté à percer la pénombre, l’actualité nous ramène de nouvelles informations tous les jours », met en lumière Éric Arseneault.

« Depuis le début du mois de février, je discutais avec mes élèves de ce virus qui commençait à se répandre. J’y voyais là un beau prétexte pour expliquer aux jeunes l’importance de regarder ce qui se passe ailleurs dans le monde, parce que ça peut avoir des impacts jusqu’ici. Ce n’est pas toujours évident d’intéresser les jeunes à l’importance de l’actualité internationale et de leur expliquer qu’une crise géopolitique dans le Golfe persique peut avoir de l’influence sur le prix de l’essence à la pompe ici dans la région », indique celui qui a eu une belle carrière d’information à la radio régionale.

« La propagation de cette pandémie, même si elle était loin de nous, avait commencé à intéresser les élèves. Nous avions de belles discussions en classe et leur intérêt me faisait grandir comme professeur. Ces jeunes me rendaient autant d’énergie que je pouvais en mettre pour leur enseigner cette matière », fait valoir le prof, qui a dû s’ajuster, du jour au lendemain, au télétravail et à l’enseignement à distance.

Les limites du télétravail

« Le télétravail n’a rien à voir avec la dynamique d’une classe remplie d’élèves. L’enseignement à distance a ses limites, tant pour les profs que pour les étudiants. Tout le monde s’est rapidement adapté, même si c’était déstabilisant au début. La participation est excellente, les travaux sont remis à temps, les délais sont respectés, on découvre les possibilités des nouveaux outils informatiques et de partage de document. Ça ne pourra jamais être aussi dynamique et intéressant qu’une classe », insiste celui qui compte 110 élèves de niveau collégial dans trois groupes différents.

« La réaction des élèves, leur regard, leur mine interrogative, leur étonnement, leurs questions et l’échange d’énergie rendent l’enseignement beaucoup plus intéressant et de meilleure qualité », assure Éric Arseneault, qui souligne l’excellent soutien de la direction du cégep, des conseillers pédagogiques et des services en informatique qui ont dû redoubler d’efforts.

« Tous, tant les professeurs que les élèves, n’étaient pas au même niveau de connaissance en informatique et des différents outils de communication », conclut le professeur.

Il faudra attendre au mois d’août pour savoir si la vie collégiale reprendra son cours normal ou si elle se poursuivra à distance.