L'entomologiste Robert Loiselle suggère en riant de prendre son verre de vin dans la maison et d'utiliser des sous-verre comme des dessus de verre pour éviter de les attirer autour de nous. «Les guêpes sont attirées par l'odeur de la bière et du vin et certains fruits comme le raisin», dit-il. Même nos guêpes ont hérité de notre esprit festif.

Tout doux avec les guêpes

CHRONIQUE / Mon beau-père, un homme d'une grande sagesse, nous disait en fin de semaine, à l'occasion d'un souper sur le patio derrière la maison, de ne pas chasser les guêpes en tentant de les tuer parce que si on la manque, elle, elle ne nous manquera pas.
Bien, du haut de ses 80 ans, il avait encore raison, mais en partie. « Si vous agressez une guêpe sociale tout près du nid, il est probable que les autres guêpes se sentent menacées aussi, mais c'est un mythe si vous agressez une guêpe sur votre patio. Ce mythe vient des abeilles africaines qui émettent des phéromones très fortes qui attirent le reste de la colonie », fait valoir Robert Loiselle, entomologiste retraité au Laboratoire de biosystématique de l'UQAC et maintenant biologiste-entomologiste chez Desjardins Environnement, grand spécialiste des guêpes depuis 40 ans.
« Ça prend plusieurs dizaines de piqûres (plus de 60) de guêpes pour causer la mort de quelqu'un, à moins d'être allergique. Une hypersensibilité ne se développe pas à la première piqûre. Lors d'une première piqûre, notre corps est sensibilisé au venin, à la protéine que la guêpe a injectée. C'est lors d'une deuxième piqûre, laquelle peut survenir plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard, que notre corps développe à ce moment une hypersensibilisation, un choc anaphylactique, une réaction de défense exagérée qui provoque divers troubles au niveau respiratoire, cardiaque et autre », explique le spécialiste. 
Désensibilisation
« Il y a eu un cas de décès, en fin de semaine, à cause de piqûres de guêpes. C'est horrible et triste. Il existe des programmes de désensibilisation (injection de vaccins) pour des gens qui ont une allergie connue aux insectes piqueurs comme les guêpes, les frelons et les abeilles. Les injections se font par des médecins à raison d'une fois par mois pour la première année et une fois aux cinq ou six semaines pour une durée de trois à cinq ans, et ça se fait à Québec seulement », explique le docteur Dany Harvey, pédiatre et responsable des tests d'allergie au CSSS du Lac-Saint-Jean.
Il faut un cas connu, une histoire d'allergie, pour passer des tests d'allergie aux insectes piqueurs. On ne peut pas arriver comme ça dans une clinique et demander un test pour savoir si nous sommes allergiques dans une démarche préventive. 
« Il faut avoir eu une réaction allergique pour passer des tests. Quand l'allergie est connue et que le patient entreprend une démarche de désensibilisation, la vaccination connaît des taux de succès de 95 % à 99 %, ce qui est énorme en médecine », fait-il valoir.
Auto-injecteur
On ne peut donc pas savoir si nous sommes allergiques sans avoir été piqués par des guêpes au préalable. Alors, je demande au Dr Harvey si je pourrais, par exemple, acheter des auto-injecteurs d'épinéphrine de type EpiPenMD pour les cas de réactions allergiques graves (choc anaphylactique) en guise de prévention. Si j'ai de la visite à la maison et qu'une guêpe pique un de mes convives ignorant qu'il est allergique, je pourrais alors lui venir en aide avant d'aller à l'hôpital et éviter le pire ?
« Ça, c'est une belle discussion de société. Un auto-injecteur doit être prescrit par un médecin aux gens qui ont une allergie connue. Certains médecins peuvent prendre la décision de le prescrire de manière préventive, à leur discrétion, mais en principe ça ne se fait pas », nuance le spécialiste.
« Est-ce qu'on pourrait libéraliser l'achat de ce produit pour éviter des cas de décès ? Il faut réfléchir à la question ; je crois que oui, c'est un débat qu'on devra faire », laisse tomber le médecin. 
La question a été soulevée par la dame qui est venue en aide à l'homme décédé par des piqûres de guêpes en fin de semaine à Shipshaw. « Devrait-on avoir systématiquement des auto-injecteurs dans les lieux publics ? »
J'irais même plus loin : devrait-on en avoir systématiquement dans toutes les maisons comme un détecteur de fumée ? Voilà une bonne question à poser au ministre Barrette en cette période de prolifération des guêpes.
Faut vivre avec
Sérieux, c'est vraiment incommodant ces guêpes qui nous virent au-dessus de la tête et se posent sur nous. Honnêtement, ça ne m'intéresse pas une seconde de me faire piquer par l'une d'elles. Pour avoir déjà goûté à leur médecine, non merci.
Le directeur commercial d'Environnement Desjardins, Jonathan Desjardins, m'informe que nous sommes dans la pire période de l'été pour l'abondance des guêpes. 
« De la mi-juillet à la fin août, c'est la période la plus active. Les nids sont à leur plein développement et il y a plus d'insectes qui quittent les ruches. »
« Il existe des pièges pour capturer les guêpes et il faut surtout éviter de s'attaquer nous-mêmes à un nid, il faut faire affaire à des spécialistes. Elles se montrent agressives autour de leur nid, elles sont attirées par les odeurs et apprécient particulièrement les substances sucrées », explique Jonathan Desjardins.
Le docteur Harvey en ajoute à ce sujet. 
« Ces bestioles mangent la même chose que les humains, elles ne fabriquent pas de miel comme les abeilles, elles travaillent pour nourrir la colonie et se font un malin plaisir à partager votre repas sur le patio et de s'abreuver dans votre sangria. Nous n'avons pas le choix de vivre avec, elles font partie de notre quotidien, surtout au mois d'août, tout comme les maringouins en juillet », fait-il remarquer.
Pour ne pas attirer la piqûre des derrières venimeux des femelles ouvrières, il faut éviter de les provoquer, de se tenir proche de leur nid, et de laisser la nourriture à découvert, ce qui est quand même très difficile quand on mange à l'extérieur. 
L'entomologiste Robert Loiselle suggère en riant de prendre son verre de vin dans la maison et d'utiliser des sous-verre comme des dessus de verre pour éviter de les attirer autour de nous. 
« Les guêpes sont attirées par l'odeur de la bière et du vin et certains fruits comme le raisin », dit-il. Même nos guêpes ont hérité de notre esprit festif.
« Si on constate des aller-retour de guêpes, c'est qu'il y a probablement un nid pas loin. Il faut regarder où l'on met les pieds et surtout ne pas tailler de haie aveuglément sans s'assurer qu'il n'y ait pas de nid d'abeilles », conseille l'entomologiste en terminant.