Le chef du conseil de bande de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique.

Tolérance zéro

CHRONIQUE / Le chef du Conseil de bande de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique, a dénoncé vendredi les propos haineux d'un individu sur la page Facebook du site de Chassomaniak, qui faisait la « promotion du meurtre et de la mise en pâture des chasseurs autochtones », relate-t-il par voix de communiqué.
Le chef Dominique s'est dit estomaqué de constater le niveau de haine et de violence de cet individu : « Nous dénonçons fortement ces propos et demandons à ce que toutes les mesures appropriées soient prises par les autorités policières et judiciaires pour que l'auteur de ces insanités soit traduit en justice rapidement (...)
 «Les questions de racisme et d'intolérance sont des questions qui touchent toute notre société. Il ne faut pas hésiter à dénoncer ce genre de propos extrêmes qui sont intolérables et qui menacent le vivre ensemble que nous devons promouvoir. »
Même le ministre de la Sécurité publique du Québec, Martin Coiteux, a déclaré ces propos inacceptables lundi matin. « S'il s'agit de menace de mort, ça ne relève pas de liberté d'expression, ça relève du Code criminel et il faut prendre ça très au sérieux », a-t-il répondu à la question d'une journaliste.
On les entend les propos haineux sur les Autochtones, ici, dans la région et même ailleurs en province. La haine et le racisme envers les Premières Nations existaient avant Facebook et Twitter. Les problèmes sociaux, les revendications territoriales, les prétendus avantages fiscaux, les droits de chasse et pêche, l'obligation de les consulter pour développer des projets, la crise d'Oka, chaque semaine amène son lot d'actualités sur les affaires autochtones et chaque fois, haine, racisme et préjugés refont surface.
« Ce n'est pas facile d'être autochtone dans toutes les villes du pays. La population en général manque d'information sur notre histoire, notre culture, notre mode de vie et les réalités quotidiennes », assure Marco Bacon, directeur du Centre des Premières Nations Nikanite de l'UQAC.
« Il y a un momentum présentement pour la sensibilisation et mieux faire connaître les Premières Nations. Nous constatons une migration de plus en plus active de la part d'individus issus des communautés autochtones vers les milieux urbains. Les gens de nos communautés sont de plus en plus présents dans l'espace public, dans les restaurants, dans la rue, lors d'événements et j'ai confiance que cette présence favorise des rapprochements », fait valoir Marco Bacon.
Le chef Dominique valide aussi cette fenêtre de visibilité. « Les Premières Nations sortent de plus en plus de leur communauté. C'est terminé l'époque où les gens voulaient rester enfermés sur leur territoire. Les gens sont plus articulés et plus affirmatifs à l'égard de leur culture et de leurs revendications. C'est en effet une période intéressante pour favoriser les rapprochements », exprime le chef de la première nation des Pekuakamiulnuatsh, qui compte 6626 membres.
« Les menaces de mort de cet individu sur Facebook, c'est du nouveau pour nous. J'ai vérifié auprès des gens de ma communauté et malgré les divergences d'opinions, on n'a jamais rien vu de tel. Nous avons dénoncé officiellement ces propos pour aussi provoquer une réflexion dans la région. Il faut que les gens connaissent nos modes de vie et nos façons différentes d'habiter le territoire », fait valoir Gilbert Dominique.
Pour Marco Bacon, il faut absolument continuer de dénoncer les propos haineux. « Pour nos communautés, c'est tolérance zéro, zéro, zéro », insiste celui qui a trois filles et un garçon qui évoluent dans le système scolaire de la région. « On le constate ici à l'université, notre présence nous permet de répondre aux différentes questions des Québécois qui commencent à s'intéresser à notre mode de vie au lieu de mettre en relief les différents préjugés. L'éducation doit aussi se faire en milieu scolaire, dès le secondaire, c'est notre défi de faire connaître nos modes de vie », précise-t-il.