Colette Doré, présidente régionale de l’AFEAS

Taxe rose et travail invisible

CHRONIQUE / Quand ma défunte mère était présidente de l’AFEAS (Association féminine d’éducation et d’action sociale) Saint-Joachim, elle participait aux congrès régionaux et elle revenait à la maison avec une pile de documents. Du haut de mes 12 ans, je l’écoutais m’expliquer les différentes résolutions qu’elles avaient débattues entre femmes lors de ces rencontres.

Je me souviens, entre autres, que le sujet de l’heure était de reconnaître le travail de la femme accompagnatrice sur la ferme. Elles voulaient que le travail de la femme à la maison soit reconnu autant que le travail de l’homme au champ et qu’on lui accorde la moitié de la valeur de la ferme, tout en accomplissant des tâches familiales. Leurs revendications ont trouvé écho auprès des gouvernements, et leur travail a été reconnu. Elles sont passées de femmes d’agriculteur à femmes accompagnatrices.

Je savais déjà tout jeune que les métiers à tisser et les ateliers d’artisanat étaient des services, voire un prétexte, pour attirer les femmes au local de l’AFEAS, mais qu’après ça, elles se laisseraient tenter d’émettre leur opinion lors des rencontres mensuelles pour débattre de la vie au quotidien, de la famille et de l’actualité.

« On a fait du chemin, mais l’égalité homme-femme n’est pas encore une réalité. Ça ne fait pas longtemps, seulement depuis 1979, que nous avons gagné le droit d’utiliser notre nom de fille sur la liste électorale. Avant, nous portions le nom de notre mari », fait remarquer Collette Doré, présidente régionale de l’AFEAS, que j’ai rencontrée dans le confort de sa maison samedi dernier à Chicoutimi.

Aujourd’hui, cela va de soi que la femme porte son nom de fille, mais il ne faut pas oublier que les femmes ont dû se battre pour ça et que ce ne serait pas arrivé sans les efforts de militantes pour la cause féministe, tout comme le droit de vote aux femmes dans les années 40.

Depuis 52 ans, les femmes de l’AFEAS ont milité pour de nombreuses causes, dont les congés parentaux, les services de garde d’enfants, les régimes de retraite, les pensions alimentaires, le statut des conjoints de fait, la violence, l’intimidation et la conciliation travail-famille, des sujets qui sont encore d’actualité.

« Depuis toujours, ce sont les femmes, majoritairement, qui ont sacrifié leur vie professionnelle pour s’occuper de la famille et de l’intendance de la maison au quotidien. Depuis quelques années, nous revendiquons pour faire reconnaître le travail invisible », explique Colette Doré.

« En plus des femmes, qui ont fait le choix de rester à la maison, il y a maintenant toutes ces femmes qui sont devenues, souvent malgré elles, des aidantes naturelles et qui prennent soin de gens malades, des proches la plupart du temps. Les étrangers qui jouent le rôle d’aidant sont mieux traités que les proches. C’est ce genre de dossier que nous faisons progresser », explique celle qui est originaire de Chicoutimi, mais qui a passé 40 années de sa vie à Roberval.

Ma collègue Mélyssa Gagnon signait un texte dans Le Quotidien de lundi sur l’engouement que connaît l’organisme depuis quelques années, alors que l’AFEAS Saint-Dominique de Jonquière avait recruté 14 nouvelles membres l’an dernier. 

« De nombreuses femmes qui ont passé leur vie sur le marché du travail se tournent vers l’AFEAS dans leur projet de retraite. Maintenant, elles ont le temps de s’impliquer et profitent des rencontres pour sociabiliser et débattre des enjeux sociaux. »

L’intimidation, la violence et l’aide médicale à mourir font partie des dossiers qui sont aussi très d’actualité. « Notre organisation est toujours de son temps. L’hiver dernier, une jeune fille de 15 ans est venue nous rencontrer pour nous parler de prostitution juvénile », met en relief la présidente régionale.

« On compte 50 cercles locaux d’AFEAS dans la région, pour un total de 2046 membres, et notre organisation a toujours une oreille attentive de la part des gouvernements. La fiscalité fera partie des thèmes abordés cette année pour conscientiser les femmes sur les impacts des différentes mesures fiscales qui les concernent », dit-elle.

« La taxe rose a fait partie de nos discussions l’an dernier, et nous continuerons à militer pour sensibiliser les industries qui vendent des produits ou services plus chers quand ils s’adressent aux femmes », fait valoir la dame qui donne l’exemple des rasoirs en plastique ou des produits cosmétiques.

En terminant, Colette Doré se réjouit de l’arrivée en politique de femmes comme Valérie Plante à Montréal et Josée Néron à Saguenay, mais elle sait très bien que la lutte pour l’égalité devra toujours être à l’agenda.