Une hache en pierre vieille de 5000 à 6000 ans trouvée sur le site de l'ancienne épicerie AXEP à Mashteuiatsh.

Sur les lieux d'une surprenante découverte

CHRONIQUE / Les démolisseurs du magasin AXEP sur la rue principale à Mashteuiatsh ont fait la découverte étonnante, jeudi dernier, d'une hache en pierre vieille d'au moins 5000 ans. J'étais debout sur le bord du site de démolition, maintenant devenue un site archéologique, et j'écoutais les gens de la communauté autochtone poser des questions à l'archéologue de l'UQAC Érik Langevin qui était à genoux dans le sable en montrant des traces d'écorce d'arbre qui datait d'au moins 5000 à 6000 ans.
Je regardais les Pekuakamiulnuatsh près du site et je me disais qu'ils avaient de la chance de vivre à l'endroit même où étaient leurs ancêtres il y a 6000 ans. Pour ressentir ce genre d'émotion, je devrais faire un voyage en Écosse pour retourner sur la terre de mes ancêtres sur le Vieux Continent.
Un coup de pelle révélateur
Ça faisait une douzaine d'années que le bâtiment de l'épicerie AXEP était abandonné. « On se doutait bien que ce terrain pouvait renfermer des vestiges. Le site n'avait jamais été excavé sauf pour les murs de soutènement en béton. Nous avions même demandé à l'entrepreneur d'utiliser une pelle mécanique plus petite pour mieux voir ce qu'il y avait dans la terre qu'on retirait. Si on creusait six pouces de plus la hache enfilait dans le camion sans qu'on la voie », m'a raconté Stéphane Germain, conseiller responsable du patrimoine et de la culture à Mashteuiatsh.
Érik Langevin, archéologue, sur le site de fouilles de Mashteuiatsh où une hache vieille de 5000 à 6000 ans a été trouvée.
Les Pekuakamiulnuatsh sont très fiers de la découverte d'une hache vieille d'entre 5000 et 6000 ans sur leur terre ancestrale.
Pour l'archéologue Érik Langevin, il s'agit d'une découverte surprenante. « On savait déjà qu'il y avait eu une occupation humaine tout autour du lac depuis 5000 à 6000 ans. Nous avions trouvé des pointes de flèches ou des pointes de lances sur le bord de l'eau, mais ces objets avaient été déplacés par la crue des eaux et on ne pouvait pas connaître leur origine exacte. Mais ici, c'est la première fois qu'on trouve un objet sur son site d'origine, qui a été déposé là par un être humain il y a plus de 5000 ans et qui est resté au même endroit tout ce temps, dans sa position initiale » raconte l'archéologue avec une lumière dans les yeux qui en dit aussi long que son sourire.
« Ça fait 30 ans que je fais de l'archéologie. Il y a plus de 300 sites dans la région et c'est la première fois qu'un entrepreneur me téléphone pour me dire qu'ils ont peut-être trouvé quelque chose d'important. Généralement, ils creusent et emportent la terre dans des camions sans trop se soucier, mais ici ils ont fait attention, et je pense que ça peut être un site très intéressant » estime Érik Langevin.
Autre chose ?
Les archéologues et les gens du milieu étaient vraiment excités par cette découverte. À l'origine, le bâtiment devait être démoli et le site recouvert de sable pour finalement le recouvrir d'asphalte. La découverte d'un outil de pierre de 5000 à 6000 ans d'histoire transforme donc l'ancien site de l'épicerie en un site de fouilles archéologiques.
« La question qui se pose maintenant, c'est : est-ce qu'il y a autre chose sous ce terrain de 50 par 100 pieds ? Nous avons fait des sondages et nous avons trouvé des objets, ça ressemble à un site de haut potentiel », prétend l'archéologue de 39 années d'expérience qui a présenté en 2015 sa thèse de doctorat sur la préhistoire amérindienne au Saguenay-Lac-Saint-Jean, partant de l'ensemble des travaux effectués par de très nombreux passionnés d'archéologie. 
« Cette découverte risque de remettre en question certains aspects de ma thèse de doctorat », dit-il avec humour et honnêteté.
Cet automne, une équipe d'archéologues, dont certains issus de Mashteuiatsh, travailleront pendant cinq à six semaines pour fouiller ce site et trouver d'autres objets qui pourront ensuite faire l'objet d'une exposition au musée de Mashteuiatsh. Le conseil de bande a l'intention de rendre le site accessible au public et aux touristes pendant les fouilles.
Pour la communauté de Mashteuiatsh, c'est une belle découverte qui vient témoigner que leurs ancêtres avaient choisi les rives du Pekuakami pour vivre leur quotidien il y a plus de 5000 ans et que leurs descendants sont encore sur les rives de ce même lac après tant d'années. Ça fait du bien à l'histoire et à la culture, un dossier à suivre cet automne.