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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
De nombreux intervenants du monde scolaire ont réagi favorablement au commentaire du professeur Dominique Labarre, qui souhaite éléminer l’évaluation des élèves par les notes, au primaire et au secondaire.
De nombreux intervenants du monde scolaire ont réagi favorablement au commentaire du professeur Dominique Labarre, qui souhaite éléminer l’évaluation des élèves par les notes, au primaire et au secondaire.

Savoir-être au lieu de savoir-faire

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CHRONIQUE / Un professeur de français de secondaire 3 de l’école Dominique-Racine à Chicoutimi, Dominique Labarre, a lancé une réflexion sur sa page Facebook il y a quelques semaines, et ce texte a été partagé plus de 2000 fois, en plus de générer près de 300 commentaires.

De toute évidence, l’école et l’enseignement doivent changer, ça ne peut plus continuer comme avant. L’éducation ne doit plus être comme dans l’ancien temps et la pandémie permet de réaliser bien des choses. « Plus ça va, plus je me dis qu’être prof peut être épuisant, oui, en particulier lorsqu’on tente d’enseigner comme il y a 60 ans et de vouloir faire comme ç’a toujours été parce que c’est comme ça, l’école », a écrit Dominique Labarre comme entrée en matière.

« Le primaire et le secondaire, ce n’est pas une finalité, mais un passage obligé, jusqu’à 16 ans. Faire de nos élèves des gens curieux, intéressés, polyvalents, humains et responsables est notre défi. Il faut qu’ils apprennent à se connaître, découvrent des passions et des intérêts, et ce, sans se soucier des notes. Les maudites notes ! », de mettre en relief l’enseignant qui a dû attendre 16 ans avant d’avoir un poste permanent dans l’enseignement.

Bye bye les notes

« Plus ça va et plus je crois que nous devrions cesser toute évaluation formelle chiffrée. (Le ministre) Roberge a retiré les examens du ministère : BRAVO ! Qu’il en profite donc pour ne plus jamais les ramener. Bye bye anxiété pour plusieurs ! … Et pour les autres qui vont me dire : « Ouais, mais moé là dans mon temps... » Désolé ! Là on est dans LEUR temps, pu dans le tien, et ce n’est pas mieux et pas pire, c’est juste... différent », a-t-il fait valoir.

« Ce n’est plus l’époque d’interdire les téléphones cellulaires dans les classes, c’est le temps de leur apprendre à s’en servir. Faites une recherche quand vous en avez besoin, utilisez les correcteurs d’orthographe, ce sont des outils extraordinaires. C’est le temps qu’on arrête d’acheter des dictionnaires en papier », a-t-il a jouté lors d’une entrevue téléphonique réalisée cette semaine.

« Les notes bloquent un trop grand nombre de jeunes dans leurs ambitions. L’élève qui a eu une note de 52 et qui obtient 58 à force de travail et de persévérance ne passera pas, car il n’a pas les 60 nécessaires, même s’il a montré de belles aptitudes », a-t-il enchaîné.

Habiletés sociales

Dans son message sur les réseaux sociaux, Dominique Labarre est allé encore plus loin : « Au lieu d’évaluer quelqu’un sur ses notes, on devrait bien plus l’évaluer sur l’effort, sur sa capacité de chercher des solutions, sur ses habiletés sociales, sur son savoir-être, son respect et sa politesse. Qu’on mise sur sa compréhension plutôt que sur ce qu’il a été capable de retenir par coeur dans trop souvent de cas. De faire d’eux de meilleures personnes donnera de meilleurs résultats. Ils seront en mesure de mieux se connaître et de savoir réellement qui ils sont et ce qu’ils aimeraient faire plus tard, au lieu de les enligner dans des profils où uniquement les notes sont préalables. »

« L’intérêt de la personne vaut beaucoup plus que ses notes du primaire et du secondaire. Au lieu de s’assurer que tu as au minimum eu 60 % au bulletin, on devrait créer de nouveaux critères : la cote R pour respectueux, V pour vouloir, M pour motivé, I pour intéressé, P pour poli, D pour débrouillard, C pour curieux... Ça aurait bien plus de signification pour diriger les élèves vers les bonnes professions que de simples notes obtenues avec comme première raison qu’il faut au moins 60 pour faire quelque chose plus tard ! ! ! », a-t-il dénoncé dans son message Facebook.

« Ainsi, bye bye décrochage scolaire ! L’échec ne sera plus un frein à ton futur. Encore une fois, bye bye anxiété et stress de performance. Ce n’est ni le temps ni la place : l’école, c’est fait pour aimer apprendre et apprendre, c’est agréable et valorisant. Primaire/secondaire : exploration, découvertes, expérimentation. Une fois qu’on a appris à lire, écrire et compter, il ne devrait plus y avoir de contraintes pour ton parcours scolaire. Découvre les maths, le français, les langues, les sciences... pas parce qu’il y a un examen qui s’en vient, mais vraiment pour apprendre. Apprends à aimer lire », a-t-il ajouté.

Le temps aux changements

Au téléphone, le prof de français m’a fait remarquer qu’en quatre mois, l’école a fait des changements qui n’ont pas été faits depuis 40 ans. « Quand j’étais jeune, j’apprenais le tape-touche alors que les ordinateurs n’existaient pas. Maintenant que tout le monde utilise un clavier, on n’enseigne plus le tape-touche dans les écoles, alors que ça devrait être enseigné dès le primaire », de marteler l’enseignant.

Peut-être que les réseaux sociaux seraient moins accablants s’ils avaient été enseignés dans les écoles dès le primaire. « L’école n’a pas suivi l’évolution de la société », maintient le prof. Dans le temps, les gauchers se faisaient taper sur les doigts pour qu’ils écrivent de la main droite. Dans mon temps, on nous enseignait à écrire en cursive, avant on écrivait des lettres manuscrites, maintenant on écrit des textos et on utilise des GIFs et des Emoji, le monde change, l’école doit suivre.

« C’est comme si, dans la vie, tu utilises des perceuses à batterie, des scies électriques, des bancs de scie et des pistolets à air pour bâtir des maisons et qu’à l’école, pour ton examen de menuiserie on te donne une égoïne, un marteau et un tournevis ; il faut être de son temps », de comparer le prof à la fin de la conversation.

Voilà une belle occasion, monsieur le Ministre de l’Éducation, de nous débarrasser pour toujours des examens du Ministère, une histoire révolue que se racontent des fonctionnaires loin de la réalité du terrain.